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lac, et près desquels rien de combustible ne croissait, l'in cendie nous gagnait, et ce ne fut pas sans rendre grâces à la Providence que nous parvinmes de l'autre côté des eaux protectrices qui délivraient ainsi toute une tribu de la mort la plus terrible que Dieu ait jamais inventée dans sa
colère. Etre dévoré vif par le feu! quel horrible supplice !
Peu à peu, à mesure que les flammes ne trouvaient plus rien à dévorer, les lueurs s’éteignirent, Nous pûmes alors nous compter; aucun de nous n'était resté en arrière.
Lorsque le jour vint éclairer le paysage qui nous entourait, l'horreur de la mort à laquelle nous venions d’échapper s’offrit à nos yeux dans son effrayante réalité. Aussi loin que la vue pouvait s'égarer sur la route que nous avions suivie depuis huit jours, mes camarades de chasse et moi, on apercevait un sol calciné, noir comme du charbon, et par-ci par-là, autour d'un tronc d'arbre qui avait résisté plus que l’herbe de la prairie, des flammes s’enroulant en spirales , et des monceaux de cendres encore fumantes.
Le long d’un cours d’eau qui venait se perdre dans le lac, le feu dévastateur s'était arrêté, et le chef de la tribu nous lit comprendre que cela était fort heureux pour nos projets, car de l’autre côté du ruisseau se trouvait le pays où nous allions entrer en chasse. Cependant Rahm-0-j-or fut d'avis qu'il était prudent d'attendre encore un jour sur la montagne où nous nous trouvions, afin de donner à l'incendie le temps de s’éteindre tout à fait. Nous dûmes suivre son conseil.
Sur un sol rocailleux et à peine couvert d’une herbe courte et dure, les Sioux dressèrent leurs tentes: et pendant que Duquesne, Bonnet et (iemmel s'occupaient du détail de notre ménage, MM. Simonton, Sears et moi nous résolûmes d'aller visiter les confins de l’île escarpée où le feu nous avail fait chercher un asile. Du côté de la prairie, la montagne n'élait séparée du rivage que par un chenal trèsétroit et peu profond, celui par lequel nous avions passé à gué; mais, en s’avançant vers le nord-ouest, le lac étendait ses eaux à une lieue de distance, et l'on apercevait sur sa
surface, unie comme un miroir, des oiseaux aquatiques en si grand nombre, que la lumière en était quelquefois obscurcie,
Tout en avançant le long de la rive, nous arrivämes, mes camarades el moi, en suivant un chemin fort peu praticable, au pied d’une falaise escarpée, baignée par les eaux du lac. Spectacle étonnant ! de toutes les anfractuosités de ce rocher s'échappaient des nuées de pingouins et de mouettes dont les poitrines blanches et les ailes noires élincelaient au soseil, Ces oiscaux ouvraient leurs becs effilés, et poussaient des cris semblables à des sanglots.
Des hérons avaient aussi fait élection de domicile sur cette roche granitique, dans les interstices de laquelle des branches mortes ressemblaient à des bâtons plantés dans le sol. Une couche d'argile et de mousse les recouvrait, et sur cet appui glissant se tenaient les nobles oiseaux, près d'un nid fait de branches ténues, où les jeunes hérons recevaient du bec de leurs parents ailés leur nourriture accoutumée. Nous en complämes soixante-douze, pressés les uns contre les aulres, se saluant mutuellement, comme autant de inandarins chinois, avec une gravité inallérable, Rien n'était plus comique que la solennité et la lenteur mécanique avec lesquelles s’accomplissait chaque révérence. Mes amis et moi, cachés derrière un bloc de roche, nous contemplions ce spectacle avec le plus grand intérêt. De temps à autre, quelques hérons accouraient s’abattre sur les branches, d’où ils précipitaient en désordre ceux qui étaient tranquillement juchés. Des croassements aigus témoignaient de l'indignation publique soulevée par la conduite des intrus qui s’emparaient ainsi de la place oceupée.
Au milieu de cette troupe d'oiseaux, les mouettes fendaient l'air autour de nous avec une familiarité vraiment inouie : elles nous efileuraient de leurs ailes et s’arrêtaient à quelques pieds de distance, poussant des gémissements doux et plaintifs, et nous regardant de l'air le plus étonné du monde.
ÉRERNES