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Tout à £ouüp deux points noirs se montrèrent à l'horizon : c'étaent deux grands aigles qui volaient à tire-d’aile dans notre direction. L’instiret de conservation fit découvrir leur venue à toute cette république emplumée : les mères battaient de l’aile, et les pères ouvraient leurs becs pointus, arme terrible quand elle atteint un ennemi.
Tout fut inutile : saisissant un moment favorable , les deux oiseaux de proie s’'emparèrent chacun d’un jeune héron, en le broyant dans leurs serres formidables: puis, sans s'occuper des clameurs des vieux Nestors de cette troupe ailée, ils s’'élancèrent hors de portée et disparurent à nos regards. ,
Cette scène s'était passée avec la rapidité de la foudre. Mes amis et moi, nous eussions désiré abattre l’un et l'autre de ces brigands empennés ; mais, hélas! ils étaient hors de portée, et, pour ne point troubler davantage les oiseaux de ce rocher miraculeux, nous crûmes devoir nous abstenir. Bien nous en prit; car, nous glissant doucement le long du rocher, nous parvenions à une bonne distance des hérons, et, tirant tous les trois à la fois nos six coups de fusil sur eux, nous eùmes le plaisir de voir tomber et de ramasser onze oiseaux éiormes, Landis que ceux qui avaient survécu à celte décharge inattendue prenaient leur vol et disparaissaient dans les airs, abandonnant même, tant leur fraveur élait grande, les aids qui contenaient leurs jeunes nourrissons.
Les mouettes sules semblaient mépriser le danger, et les pingouins , dispersés au milieu d'elles, voltigeaient sur les ondes , sans trop s'éloigner du rivage.
En continuant notre excursion autour du rocher, nous arrivames bientôt en vue du camp, dont les tentes, que n'is avions laissées debout deux heures auparavant , étaient à bas, pliées et prêtes à être emportées: les chevaux hennissaient, les chiens aboyaient ; les Peaux-Rouges, hommes el femmes, s’agitaient dans toutes les directions. Cet état de choses nous alarme tellement, que nous hâtämes le pas pour savoir la cause de ce remue-ménage.
Dès qu’on nous aperçut, descendant les rochers pelés qui conduisaient sur les rives du chenal dont j'ai parlé, on nous fit signe de nous dépêcher, et MM. Mead et Delmot, qui étaient restés au camp, par paresse ou par fatigue , s'élancèrent à notre rencontre, l'œil enflammé, la figure rayonnante, s’écriant :
« Venez donc! arrivez! on n'attend plus que vous.
— Qu'est-ce? criâmes-nous tous trois.
— Les bisons! voyez là-bas à l'horizon, de l’autre côté du chenal, cette masse noire et compacte qui semble s'avancer comme un nuage rempli d'eau autour duquel gravitent les éclairs et la foudre : ce sont les bisons. »
En effet, aussi loin que la vue pouvait s'étendre vers la ligne nord de l'horizon, l’on apercevait ces animaux broutant paisiblement l'herbe frisée de la prairie et tondant parfois du bout de leur langue les grappes verdoyantes des cotonniers.
Pour nous, Européens, qui n'avions jamais aperçu de bœufs qu’à l'état domestique et par petits troupeaux de cent ou trois cents têtes au plus, la vue de tous ces animaux qui devaient, au juger, être au nombre de cinq à six mille, nous faisait éprouver une joie qui tenait de l'ébahissement. Partir sur-le-champ et aller attaquer les bisons, tel était notre plus ardent désir; il ne fallut rien moins que la parole grave et sentencieuse de Rahm-0-j-or, traduite par Duquesne, notre interprète juré, pour arrêter notre impétuosité.
« Les Visages-Pâles sont trop prompts à s’emporter, disaitil; ils doivent apprendre la patience, qui fait réussir, et les ruses que leurs frères du grand désert sauront leur faire connaître pour atteindre le bison. Voici ce que j'ai résolu : notre troupe va se mettre en marche, séparée en deux. Les uns s'avanceront vers 1’ouest, les autres se dirigeront vers le nord, le long du ruisseau, pour surprendre les quadrupèdes contre le vent, et les entourer ensuite. C'est là le seul moyen de réussir dans notre chasse; et les Visages-Pâles auront, avant deux heures, le plaisir de se trouver face à face avec les bisons. »
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