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Rahm-0o-j-or avait à peine fini de parler, qu'il s’élança sur le dos de son cheval noir, noble bête dont l’obéissance était si grande, qu’un mot de son cavalier avait plus d'effet sur son vouloir que les mors et les éperons.
A voir ce chef guerrier, les épaules à peine couvertes par une peau de panthère, les jambes enveloppées de leggings el de mocassins, la tête ombragée de longs cheveux incultes et hérissés, armé seulement d’un carquois plein de flèches et d’un arc court et flexible, on l’aurait pris pour Nemrod lui-même, tel que le dépeint la Genèse.
Il nous donna le signal du départ, après avoir recommandé d'observer le plus grand silence; et, nous étant placés au milieu des Sioux désignés pour la chasse, nous avancâmes en bon ordre, à la suite de Rahm-0-j-or, qui nous avait assigné le poste d'honneur à ses côtés. D’un geste il montra à ceux qui devaient marcher vers l’ouest la route sur laquelle ils avaient à s’espacer; et soudain, se jetant en avant, il entraîna avec lui tous les chasseurs, animés, à son exemple, d'une ardeur modérée par la connaissance des lieux, la science de la chasse et l'habitude acquise des mœurs des bisons.
Ilest bon d'apprendre ici à mes lecteurs que les innombrables troupeaux qui paissent sur les pelouses verdoyantes des prairies américaines sont toujours sur le qui-vive. Les Indiens leur font une chasse si fréquente ; les covotes, sorte de loups-cerviers hardis et redoutables, les attaquent si souvent, que chaque animal devine le danger avec un instinet tout particulier ; le nez au vent, les oreilles dressées, les bisons qui se trouvent autour du gros de la harde let ce sont presque toujours les plus vieux et les plus expérimentés) ressemblent à autant de sentinelles avancées prêtes à donner l'alarme à la moindre apparence d'un ennemi.
Grâce aux sinuosités du terrain, dont Rahm-0-j-0or connaissait tous les méandres, nous parvinmes bientôt à deux portées de fusil du bison le plus proche, énorme bête, à la bosse poilue, aux pieds légers et flexibles comme de l'acier,
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qui, tout en ayant les veux tournés de notre côté, paraissait ne point se douter encore de notre approche. La nature du terrain sur lequel nos chevaux avançaient élait peu sonore, et le vent soufflait si violemment, en nous frappant à la ficure, qu’il était impossible à cette vigie à quatre pettes d'entendre notre venue et de sentir l'émanation de l'homme.
Tout à coup un bruit terrible se fit entendre, l'innombrable troupeau s'était ébranlé. Nous étions parvenus presque à portée de ces nobles animaux sans être découverts; mais les Peaux-Rouges, qui avaient pris le dessus du vent, avaient été vus et flairés de loin, et, par une chance heureuse, « la retraite des six mille » s’opérait de ce côté. Jamais le fameux vers du cygne de Mantoue :
Quadrupedante putrem sonitu quatit ungula campun.
n'avait produit sur moi une euphonie si remplie de réalité. Le bruit fait par les bisons qui foulaient le sol au petit trot régulier, comme celui d’une armée en marche, se répercutait dans les airs et vibrait à nos oreilles.
Rahm-0o-j-or avait bandé son are. Dans sa main droite il tenait une flèche à la pointe acérée, faite d’un clou de fer, et nous, nous avions visité nos fusils et renouvelé nos capsules.
« Attention! fit le chef à demi-voix; le moment est arrivé. »
Et à peine avait-il prononcé ces mots que toute la masse s’ébranla avec un bruit pareil à l'éclat d’un tonnerre épouvantable.
L'instant était critique ; il fallait se montrer afin de forcer les bisons à retourner sur leurs pas. Nous suivimes les mouvements du chef sioux, et nous nous élançämes en avant de manière à nous trouver en vue du troupeau.
O vous tous, mes frères en saint Hubert, que votre saint patron vous favorise, avant de mourir, d’un coup d'œil semblable à celui que j’eus, une fois parvenu sur la cime de la colline le long de laquelle nous nous étions jusqu'alors avan-
LE BISON sa :4 ait la cés! Jamais de ma vie je n'oublierai ce que j'ai vu le 27 oc- | du À tobre 1845! Devant moi passait un torrent formé d'animaux u | re , 4 énormes, beuglant avec une énergie inconnue et galopant à fl F plus vite qu'un cheval lancé à perdre haleine. j tag 1 € Mort! tue! whoop! » hurlaient les Sioux dans leur lun- 11 me. k gage expressif; et cependant seul, parmi cette fraction de sa | | 1ble à tribu, Rahm-0-j-or avait forcé son cheval à pénétrer au mi- 1e à ! lieu de ce troupeau. Son œil d’aigle avait découvert le vlus 4 les énorme animal, et ses bras agiles criblaient les flancs de la : À ient 4 bête d’une nuée de flèches décochées avec une rapidité qui | +. à tenait du prodige. Lancé à sa suile, j'avais déchargé sur ce 4 eux 4 bison royal les deux coups de mon fusil; les balles avaient ; 4 4 pénétré dans les chairs, mais il n'était point frappé à mort. * 4 à Tout d’un coup, la dixième flèche de Rahm-0-j-0or passant . 1 à travers la carotide de l'animal, arrèta sa course vagabonde, À | 4 et il tomba lourdement sur ie sol, comme un rocher détaché : À lité. L des flancs d’une montagne, avec un bruit semblable à celui É trot 4 de l’avalanche. NE | rCu- Pendant que Ralhim-0o-j-or tranchait ainsi, d’un seul coup, ; 4 la vie du gigantesque bison, ses sujets accomplissaient, au Un : ite il milieu du troupeau effrayé, en se ruant dans toutes les di- ;, À r, et rections, une boucherie que rien ne semblait devoir arrêter. ‘À ules. La vue du sang qui coulait sur les flancs de tous les animaux ‘ l. L'ar- 4 semblait redoubler leur ardeur, et l’on entendait de tous à côtés une fusillade qui se mêlait au sifflement des myriades 4 nasse à de flèches tirées par ceux d’entre les Sioux qui n'avaient : 1 pou à point de carabine à leur disposition. S'il eût été possible d’as- À | . sister avec calme à cet entrainement général et d'en étudier ‘| orcer e les détails avec soin, rien n’eût offert à un peintre ou à un : ou= romancier un sujet plus admirable à décrire; mais, lancé . nt-dé É au milieu de ce tourbillon composé d'hommes et de bêtes, un | je ne pouvais qu’entrevoir, — aussi rapide qu'un éclair, — {ll gaint L un fait passé à quelques pas de moi, applaudir à un coup || ser : d'adresse, ou bien brûler ma poudre comme mes autres ca- | de la ‘. marades de chasse. La rage universelle qui s'était emparée x
van- de nous tous aveuglait nos yeux et nous rendait à moitié fous.
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Cetle course, qui dura près d'une demi-heure, était à peine finie, que des cris frénétiques s’élevèrent de tous côtés! « The cows! — les vaches! les vaches! » hurlèrent les Sioux. Et les chevaux, lancés de nouveau dans une autre direction. tombaient au milieu d'une autre harde composée de plus de cinq à six mille bisons qui n'avaient point pris la fuite au bruit de notre première escarmouche.
En effet, dans les hardes de bisons, les vaches sont toujours séparées des bœufs; ceux-ci forment un corps d'armée à part, tandis que les autres sont la réserve. Pour les atteindre, il faut traverser la phalange formée par les bœufs, et c'est là qu'est le péril. En voici un exemple : l’un des Indiens, désarçonné par son cheval, qui avait été éventré par un bison blessé et rendu furieux, était piétiné par l’animal, qui jouait au bilboquet avec son corps presque inanimé, Il ne fallut rien moins que la décharge simultanée de trois carabines pour mettre un terme à cette double agonie.
La rapidité avec laquelle les Indiens déchargeaient leurs fusils tenait vraiment du prodige. Leur manière de charger leurs armes n’était pas moins élonnante, Le premier coup était seulement bourré; pour les autres, les Sioux se contentaient de verser la poudre, puis, ayant dans la bouche trois ou quatre balles, ils les insinuaient avec les lèvres dans le canon; et le plomb, en tombant humecté de salive, adhérait suffisamment à l: poudre.
Le second steeple-.chase à la poursuite des vaches dura environ vingt minutes. On sonna bientôt le rappel au moyen d'une trompe de bois embouchée par un jeune Sioux qui frappait trois notes distinctes à coups de langue séparés, et les répétait rapidement après cette première émission. Ce héraut primitif obéissait aux ordres de Rahm-0-j-or, et bientôt toute la troupe se trouva réunie au centre du champ de bataille, où l’on se mit à compter les morts. Tous les bisons n'étaient point tombés à la même place; leurs cadavres élaient espacés sur la ligne suivie dans sa fuite par le trou-
a peau qui disparaissail avec rapidité dans les profondeurs de | ‘OU. l'horizon. | tion, Le rapport officiel donné au chef sioux marquait cent qua- | 1s de rante-neuf bisons gisants sur le sol et prêts à être dépecés. | te au sont | corps i | Pour | ar les à aple : | “| it été 1 ‘| iétiné 1 | 2sque : | tanée 4 À ouble k ï leurs 4 i] arger A ï coup hi con— {| Juche 4 dans | adhé- | WA dura || 1oyen À x qui = À és, el À | n. Ce Î .
bien- | Dans ce nombre, il y avait cent dix-sept mâles et trente-deux 4 np de | femelles; ces dernières, comme manger, étaient, en tout "| isons point, bien préférables aux premiers, dont la chair est habi- | avres j tuellement maigre, coriace et musquée. La chair des vaches | | trou- est, au contraire, aussi grasse que la plus belle viande de 4 boucherie, et quand les animaux sont dépouillés de leur robe, À !
on trouve sous le couteau une graisse épaisse d'environ deux pouces.
Mes amis, MM. Sears, Simonton et Delmot, avaient chacun tué leur bison; M. Mead et moi seul ne pouvions prétendre qu'à des parts de chasse. Quant à Bonnet, Duquesne et Gemmel, nos Canadiens, ils avaient, à eux trois, tué une vache superbe, qu'ils contemplaient avec délices et qu'ils s’occupaient à dépouiller lorsque nous arrivämes auprès d'eux.
La première opération à laquelle se livrèrent les Indiens, apres avoir soigneusement déshabillé les animaux de leur robe, fut de retirer les intestins et de les mettre à part comme un morceau de choix. Ils procédèrent ensuite au détachement de la bosse, partie charnue et entremêlée d'une graisse dure dont la réputation est sans rivale parmi les gourmets de tout pays; puis ils coupèrent les filets et quelques autres parties appréciées et bonnes à être séchées, pour parer à une disette imprévue.
Lorsque tous ces préparatifs furent achevés, on songea sérieusement au repas, ou plutôt à l'orgie qui suit toujours, dans les prairies américaines, toute chasse couronnée de succès. Pendant que les Sioux avaient procédé au dépècement de leurs prises, les femmes, jusqu'alors restées dans le camp, étaient arrivées sur le lieu de nos exploits. Lorsque les bisons eurent été taillés, elles ramassèrent dans les peaux les morceaux choisis par les chasseurs, et les portèrent au wigwam, précédant les vainqueurs, qui fermaient la marche, montés sur leurs chevaux hennissants, et répondant ainsi aux #hoops gutturaux de leurs cavaliers.
Sur un tapis de verdure.
Le couvert fut bientôt mis.
Et, tandis que les Indiennes lavaient les entrailles des bisons dans les eaux du lac, les hommes creusaient la terre, plaçaient dans ces trous un lit de pierres, qu'ils recouvraient
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