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de bois et de broussailles entlammées. Lorsque la braise eut suffisamment chauflé les pierres, ils nettovèrent cette rôtissoire d’un nouveau genre, et une fois le trou rendu propre comme l’est le four d'un boulanger, ils y jetèrent les viandes, qui, placées les unes sur les autres et recouvertes de cailloux rougis et de terre incandescente, se cuisaient doucement en conservant leur saveur et leur jus.
En attendant que le rôti fût prêt, les Sioux préludaient aux délices du festin en mangeant le « boudin » : c'est ainsi qu'on appelle, dans le désert américain, les entrailles à moitié nettoyées des bisons fraîchement tués. Mon attention et celle de mes camarades fut bientôt attirée par la gloutonnerie de deux Indiens qui s'étaient accroupis vis-à-vis l’un de l’autre, séparés seulement par un amas de boyaux quelque peu grillés sur les charbons et amoncelés sur une pierre : on eût dit la spirale d’un énorme serpent. Chacun s’était emparé des deux extrémités de ces entrailles, chaudes encore, et les avalait sans màcher, comme fait un Napolitain d'un plat de macaroni. Rien n'était plus curieux que la vue de ces sauvages se hâtant d’engloutir cette nourriture nauséabonde, la poussant avec les doigts dans leur gosier, et s'arrêtant à peine pour s'engager mutuellement à ne pas aller trop vite. Puis, lorsqu'ils s’aperccvaient que l’un ou l’autre avançait en besogne, on les voyait, par un mouvement de tête, arracher le bout du boudin, à moitié mäché, de la bouche du voisin. et se hàler d'en avaler autant, sans perdre un seul moment à expliquer cette brusquerie, à la fois risible et dégoûtante. [l'est vrai de dire que tous deux agissaient de même l’un envers l’autre, ce qui rendait les chances égales. Ce duel aux boyaux ne fut terminé que lorsque les deux Indiens se trouvèrent nez à nez, les dents serrées sur la dernière bouchée de cette tripaille. Alors un double coup de poing, suivi d’une secousse instantanée, trancha la difficulté et acheva cet entr’acte bouffon.
Le rôti était cuit à point, et notre maitre queux, le Canadien Duquesne, nous servit une bosse de bison priparée avec
art et succulente au dernier point, Après avoir dépécé l’enveloppe carbonisée qui recouvrait ce morceau de roi, nos couteaux et nos fourchettes plongèrent dans une chair entremêlée de gras et de maigre, ressemblant pour la forme à un énorme ris de veau d'une viande noire, et, pour le goût, à du chevreuil ou à du lièvre. Rien n’est nauséabond dans la chair dodue et graisseuse du bison, que l’on digère avec facilité; et, soit que les organes digestifs du chasseur des prairies tiennent de ceux de l’autruche, soit que l'air pur et vivifiant des déserts aide à faire passer aisément loute nourrilure, je dois constater, comme un fait certain, que l'on peut avaler avec impunilé d'énormes morceaux de viande, sans redouter aucune des suites fächeuses d'un trop grand appéll., Quant à la bosse du bison, ce mets exquis inconnu à Grimod de la Revynière et à Brillat-Savarin, je mets en fait que si ces gastronomes émérites avaient jamais eu à leur disposition un bis: : entier, bien gras, bien nourri et ressemblant en tout point à celui que Rahm-o-j-0r avait achevé de sa dizième flèche, 1ls eussent ajouté à leurs recettes sans pareilles un chapitre de plus dont le texte eût éclipsé tous ceux qui ont fait leur gloire dans l’art culinaire.
Le soir, lorsque le repas général fut achevé, quand l’eau de feu (fire water), dont la chair des bisons avait été arrosée, eut échaullé les têtes et chassé l'apathie inhérente à la nature de l'Indien, un spectacle nouveau s'offrit à nos yeux élonnés : de loutes parts, sur la montagne, des feux étaient allumés, et devant chaque foyer incandescent, hommes el femmes, nus et graissés comme s'ils s'élaient immergés dans un bain d'huile, se livraient à des gambhades fantastiques, contorsions inconnues qui nous rappelaient les bamboulas des nègres de la Louisiane. Aucun instrument n’excitait ces énergumènes à la danse; quelques voix rauques chantonnaient une mélodie saccadée qui servait de thème à des variations modulées ad libitum par l'un ou l’autre des coryphées, Une guilare résonnait seule devant notre tente, et quelque inhabilement pincées que fussent ses cordes, elle
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