‹ Chasses de l'Algérie et notes sur les Arabes du SudChapitre 11 sur 31 · A PERS PR OR FES UE OR NERO · texte numérisé non relu

A PERS PR OR FES UE OR NERO

Ce qui précède donne une légère teinte du pays et des gens qui aident à le parcourir; disons à présent un. mot de l'outillage nécessaire pour passer un mois à lan chasse de l’autruche. k

Le chameau est l’auxiliaire indispensable; sans cet excellent animal, qui possède la faculté de rester en été. sept ou huit jours sans boire, on ne pourrait vivre danel ce pays, si judicieusement nommé le paus de la soif. .

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| LA CHASSE A L'AUTRUCIE. 59 Il faut done, selon le temps que l'on prévoit devoir passer sans trouver d'eau, se procurer trois ou quatre chameaux par chasseur. Il faut les charger au départ de tonnelets pleins d'eau, d'orge et de quelques vivres. ‘On se munit, en outre, de fers et de clous pour entretenir la ferrure des chevaux, de sel pour saler les dépouilles des autruches forcées.

Inutile d'emporter des tent s: le feuillage . des betoums est un we abri bien préférable à » tout autre dans cette » saison.

» Chaque chasseur prend avec son fusil ” une quantité sulli- sante de poudre, balles, plomb, pour assurer Ja nourriture > quotidienne.

…. Les chevaux destinés à courir l'autruche doivent être entrainés pendant

…. quinze jours ou trois semaines.

à La méthode des Mekhalifs consiste à priver le cheval de fourrages, a lui diminuer la ration d'orge, et à lui … faire faire progressivement, en plein midi, des courses « de deux à quatre lieues ().

» Il n'est pas indifférent d'être bien renseigné sur la

… (')} Ce mode d'entratnement est rationnel pour courir dans le désert à n l'heure la plus chaude des plus chaudes journées de l'annce.

Des congestions imminentes seraient le résultat d'un entralnement avec augmentation de nourriture et surabondance de sang.

région qui recèle le plus d’autruches, quand on veut commencer la chasse.

Aussi, quelques jours avant Le départ, est-il opportun de faire explorer le pays par des éclaireurs expérimentés, montés sur des mabris ({).

Ces éclaireurs recherchent en même temps les r'dirs qui auraient conservé de l’eau.

Cette dernière découverte est très importante, parce, qu'elle permet de renouveler la provision sans obliger à parcourir de trop grandes distances, et parce que l'on est sûr de trouver dans le voisinage du r’dir des autruches qui ont pris l'habitude de venir s'y désaltérer.

Je savais, en allant prendre le commandement du cercle de Laghouat, que j'aurais l’occasion de faire des chasses tout à fait nouvelles, entre autres celle à l’autruche; et Dieu sait combien mon imagination, longtemps à l'avance, avait brodé et caressé cette perspective !

J'eus bientôt fait la connaissance de deux caïds des Mekhalifs, Bel-Abbès et Toumi, personnages que je considérais beaucoup, tant à cause de leur cachet particulier d'originalité que de leur qualité de grands chasseurs d’autruches, et, il faut bien le dire, de mes projets futurs.

Après avoir souvent causé avec eux et recueilli de leurs récits tout ce qui pouvait m'intéresser, je leur avais fait connaître mon désir de me joindre à eux pour les prochaines chasses à l’autruche.

Ils avaient gracieusement accueilli ma requête, à la

suite de laquelle il avait été convenu que je serais dé-

(‘) Mahris, chameaux de course qui possèdent une grande puissance de loccmotion. Ils sont aux chameaux ordinaires ce qu'est le cheval de pur Sang au cheval de trait.

Été dada

sormais des leurs, initié à tous leurs préparatifs et informé du’ jour où commencerait la chasse.

J'étais donc bien préparé physiquement et morale-

- ment, lorsque arriva enfin ce jour bienheureux !

Dès la veille, j'avais été rallié par M. le lieutenant Philebert, commandant le poste de Djelfa, qui m'avait demandé à se joindre à moi ; passionné chasseur, il était

Le repos du chameau.

aussi très impatient de se voir aux prises avec les au- truches.

Ce fut le 4er juillet 1855 que, bien montés et outillés, nôtre caravane abondamment pourvue d'eau, nous pri-

mes la direction du sud-est,

J'avais donné rendez-vous aux Mekhalifs à mi-chemin de notre première étape. Nous les trouvâmes avec leur Caravane aux daïas de Bel-Aroug.

Ils étaient trente chasseurs, y compris leurs deux chefs.

Nous avions de plus à notre suite quelques cavaliers des Larba et des Oulad-Nayls, qui voulaient courir avec nous.

| Le premier abord entre chasseurs est nécessairement consacré à l’intéressante question du gibier que l’on va poursuivre; on y mélange des vœux pour les succès futurs, des souvenirs des chasses précédentes, etc. Après done que les Mekhalifs nous eurent salués et souhaité la bienvenue, j'échangeai quelques mots avec les éclaireurs :

— Eh bien, mes enfants, y a-t-il de la chasse, cette année? (1)

— Oui, il y en a le bien du bon Dieu.

— Prendrons-nous beaucoup d'autruches?

— Invoquez Dieu et les jambes de vos chevaux.

— Où les avez-vous trouvées?

— Après avoir bien exploré, c'est à Safel (?) que nous en avons vu beaucoup; elles y sont en troupeaux; le dernier orage les y a fait venir.

A cette alléchante nouvelle, les yeux de tous brillèrent, un tressaillement de joie anima nos cœurs.

— Il y ena beaucoup de grandes, ajouta notre éclaireur en voyant le bon effet qu'il produisait; — je l'ai reconnu aux traces ; — les mâles aussi sont en nombre, et, si Dieu veut, la chasse sera fortunée. Nous aurons grand plaisir et profit.

(*) Inutile de dire que je cherche, en traduisant nos conversations avec ies Mekhalifs, à conserver l'expression et la tournure des phrases employées.

@) Grande dépression du plateau entre Laghouat et le Mzab.

Ce bas-fond, à ia moindre pluie, se couvre de végétation herbacée, et, à cause de cela, il est très affectionné des autruches.

Personne ne songea à mettre en doute ce lumineux augure.

Alors, joyeux et passionnés comme des chasseurs qui vont courir l'autruche, car cela ne se compare à rien, nous reprimes notre marche, nous examinant les uns les autres, cherchant à reconnaitre les mieux montés,

Chevaux arabes.

par conséquent ceux qui avaient les meilleures chances de réussite.

Cet examen serait difficile pour quiconque ne connail pas les montures des Mekhalifs.

Leurs chevaux et juments ressemblaient à des coursiers squelettes ranimés après dissection, Lant ils étaient maigres par suite de l'entrainement.

Mes chevaux et ceux de M. Philebert, quoique ayant été soumis au régime préalable du jeûne et des courses, étaient, paraît-il, tron en chair: aussi celle re-

ci LES CHASSES DE L'ALGÉRIE.

marque nous était souvent adressée pendant la route :

— Vos chevaux sont trop gras!

— Ils ne pourront courir assez!

— Ils crèveront de fourbure !

Comme cette perspective n'avait rien de rassurant, je proposai à mon Compagnon de courir chemin faisant, pour mieux préparer nos chevaux, quelques troupeaux de gazelles que nous apercevions devant nous.

Cette proposition fut acceptée avec enthousiasme.

Le soir, en arrivant à notre bivouac des daïas de Rasel-Châab, nous rapportions chacun deux gazelles que nous avions tuées; elles servirent amplement à notre diner et à celui de notre suite.

Cette chasse à la gazelle, comme on la fait dans le sud, est très attrayante. Voici comment on s'y prend :

Lorsqu'un troupeau est en vue, le chasseur tâche de le gagner au vent; il s’en rapproche ensuite à une peüte allure; puis, quand il est à six ou sept cents mètres, il lance sur lui son cheval à fond de train et l'approche en une minute ou deux à la distance de soixante à quatrevingts pas... C’est alors que, sans ralentir l'allure, le chasseur tire dans le principal groupe ses deux coups de fusil chargés à balle ou à chevrotines.

Dans cette chasse, on a le double plasir du courre et du tir; quand un bon chasseur en possède l'habitude, il est rare qu'il ne tue-pas une ou deux gazelles dans le troupeau couru.

Il y a certainement difficulté, pour nous Européens, à tirer à cheval au galop; cela tient à ce que nous y sommes bien moins exercés que les Arabes, et à nos selles, qui ne nous isolent pas, comme les leurs, des réactions aux allures vives. Mais aussi quelle satisfaction quand on réussit!

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? les Mekhalfsaugurérent de nos succès venir para rés | … site du début : « La chair appelle la chair, disaient-ils en . dépecant nos gazelles; l'autruche mourra cette année! »

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