‹ Chasses de l'Algérie et notes sur les Arabes du SudChapitre 12 sur 31 · L : Aux daïas de Ras-el-Chäab, nous n'étions qu'à moi · texte numérisé non relu

L : Aux daïas de Ras-el-Chäab, nous n'étions qu'à moi

* tié chemin du lieu où nous devions faire notre premiére

j station.

| = Nous nous mimes en route le lendemain, dès l'au- rore, pour gagner la daïa El-Beugra (‘), distante de Laghouat de dix-huit lieues.

É Les éclaireurs avaient reconnu près d'elle un r'dir dont l’eau pouvait nous abreuver trois jours.

Rien de plus pittoresque que l'installation d’un biyouac dans une belle daïa.

» Les chasseurs se dispersent par groupes sous les plus beaux betoums à l'ombrage touffu.

Les chameaux déchargés sc mettent à paitre au milieu du camp, on les voit allonger leur long cou pour tondre les plus basses branches des arbres. Fe . Les chevaux sont attachés à la corde, leur ferrure … est visitée et assujettie; il y a à cela grande impor- … On allume des feux, on prépare le repas.

= Ces dispositions sont souvent interrompues par des lièvres qui se lèvent et mettent, en se jetant au milieu É des gens et des bêtes, le camp en émoi. — Chacun leur … lance qui une pierre, un maillet, un bâton, un coup de pied. Le pauvre animal y reste quelquefois, et finale- . ment va cuire dans la marmite qu'il avait quelquefois … renversée l'instant d'avant,

1 a) Et Beugre, la vache Chaque daïa a un nom et sert ans de point

ORDER En: 8

Enfin on fait son lit, et, après tous les soins accomplis, les longues causeries du soir terminées, chacun se couche quand vient le sommeil.

L'opération est simple pour les Mekhalifs, le sol est leur duvet habituel.

Nous avions, nous, des hamacs que nous suspendions aux branches des betoums; le moment venu, nous nous y glissions avec la certitude d'y pouvoir dormir sans être dévorés des moustiques, comme à Laghouat.

Il y a deux manières de forcer l’autruche, selon que l'on court le bedou ou le gàd (1).

Dans le bedou, le chasseur doit prendre l’autruche avec le même cheval, sans relai ni rabatteur; c’est la chasse la plus difficile, celle qui demande le plus de science du courre et les meilleurs chevaux. Elle ne se fait qu'isolément.

Quand les chasseurs sont en nombre, on chasse toujours au gâd. Cette manière, comme le nom l’indique, consiste à se poster à un endroit convenu, près d'un point culminant, d’un arbre élevé, d'où on puisse voir de loin les autruches, que des rabatteurs vont lancer.

Ce qui rend le gâd possible, c'est que les autruches

suivent presque toujours la direction qui leur est don-

née au moment du lancer. Les rabatteurs qui connaissent la position de l'embuscade se basent sur elle; mais l'opération de diriger ce rapide échassier n’en est pas moins fort difficile et fatigante.

Il faut d'abord explorer le pays, dans un rayon d'un

(*) Bedou ; de beda, a commencé. — Güd, posté, embusqué.

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+ À CHASSE A L'AUTRUGUE.

| d'horizoh à quatre ou cinq leneb/dit di:

vouae, pour découvrir les autruches; puis, après les avoir lancées dans la direction voulue, il faut les y maintenir par une foule de rubriques. — Il faut tenir enfin la poursuite raide pour les fatiguer le plus possible. Aussi ne choisit-on que des chasseurs émérites pour - rabattre; et il est d'usage chez les Mekhalifs, dans leurs … règles sur la chasse à l'autruche, de leur accorder la moitié des dépouillés conquises.

Nous nous trouvions dans les conditions voulues | pour chasser au gâd.

Il fut convenu que nous formerions deux pelotons, des quarante coureurs que nous étions; que chaque . peloton courrait un jour sur quatre, afin que les chevaux eussent le temps de se reposer.

M. Philebert et moi avions chacun deux chevaux, cela nous permettait de courir tous les deux jours; . mais dans notre impatience de jouir de cette chasse, … nous trouvions que c'était trop peu encore.

Les Arabes, toujours fidèles aux traditions du Re

. ne manquent jamais, quand ils sont en campagne pour la guerre ou la chasse, de se réunir après la prière ” äsr (‘) et de tenir conseil.

Les événements du jour y sont racontés et sa, és, les fortes tétes y décident des opérations du lensin, après avoir recueilli les avis, renseignements et indices de tous ceux qui ont à en fournir.

Ces réunions du soir, où chacun peut communiquer pensées, ses espérances, se consoler même de ses

mésaventures, même en les faisant partager à l'audi-

(') Quatre heures de l'après - midi. 1

toire, sont les plus intéressantes. — Les plus jeunes, en écoutant le récit des anciens, dont l'expérience et la sagesse sont reconnues, peuvent mettre à profit les lecons de ceux qui ont vu plus qu'eux et fait davantage.

Notre conseil du premier soir fut très animé; on connaissait des autruches sur plusieurs points; chaeun voulut émettre son avis, sa préférence, en déduire le pourquoi et le comment.

Enfin la question importante, celle du lieu d'exploration, ayant été déterminée, il fallut désigner les rabatteurs.

Le choix unanime tomba sur de vrais Mohicans pour la sagacité, Guettaf et Naïmi, dont les prouesses nous étaient connues.

Malgré le profit qui attend les rabatteurs lorsque la chasse est bonne, ceux-ci se font beaucoup prier; car en dehors des difficultés déjà citées, leurs chevaux, trop surmenés, se trouvent souvent indisponibles pour les chasses suivantes.

Les autruches font aussi quelquefois défaut ; ou bien, effrayées par une caravane, ou Loute autre cause, elles échappent aux rabatteurs. Quand ce contre-temps arrive, c'est une grande mésaventure pour ces infortunés qui rentrent au camp tout marris. Les plaisanteries et les reproches ne leur sont pas ménagés; leur susceptible amour-propre subit un tel assaut, qu'ils jurent par Sidi-Abdallah qu’ils ne feront jamais plus cet ingrat métier.

Il nous fallut donc prodiguer les meilleures amitiés, les flatteries les plus nuancées à Guettaf et Naïmi, pour

les décider.

| | LA CHASSE À L'AUTRUCHE. L | Ftoé étes des guerdjoumas (*), leur dit le caïd Bel-

| Abbès, vous avez du bonheur, nous faisons choix de

vous pour que notre début soit heureux. » Et chacun . de renchérir :

« — Vous avez d'excellents chevaux! »

« — Personne n'a l'œil de Naïmi, qui voit à une | journée de marche ! »

«— Guettaf est notre maitre à tous pour lancer et É savoir maintenir l’autruche dans la bonne voie. — Il , court comme une gazelle ! » Et on nous raconta com- | ment Guettaf, un jour, courant une autruche qu'il ne Ê pue espérer atteindre avec son cheval trop fatigué, mit pied à terre et re de la forcer avec ses propres

Aun pareil concours d'éloges nos futurs rabatteurs ne * tinrent point : ils nous promirent de faire pour le mieux. Changeant alors leur attitude modeste et incertaine . en celle de gens résolus et sûrs d'eux-mêmes, ils nous dirent :

- «Il faudra, par Dieu, qu'il ne soit pas poussé d'au- - truches dans le pays pour que demain nous ne vous les amenions dans les jambes. Tenez bien vos âmes! … abaissez vos yeux sur la terre, du côté du sud-ouest. C'est par là que nous viendrons. »

Sur cette assurance on se sépara, chacun fut se préparer par le repos ou la réverie au courre du lende-

Habituellement on dort bien dans les daias, beaucoup mieux que dans les maisons des oasis, qui gardent, Ja nuit, la chaleur qu'elles ont recueillie le jour.

< {*) Guerdjouma, gorge; par extension , gurgés, chançards.

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Les nuits des daïas sont fraiches et parfumées par les plantes odoriférantes. Elles peuvent être comparées aux nuits du nouveau monde, si poétiquement décrites par Chateaubriand; car elles en ont le charme, le merveilleux, les beaux clairs de lune et le silence.

Ce n’est pas le seul rapprochement que l’on puisse faire de cette région de l'Algérie avec les savanes de l'Amérique.

Bien des fois, dans le cours de mes chasses dans le Sahra, je me suis figuré être un personnage de Cooper

et vivre en compagnie des Peaux-Rouges. Le pays, les :

gens qui m'entouraient, les scènes auxquelles j'assistais et prenais part, étaient celles de la Prairie, moins le vieux trappeur, moins aussi la possibilité d'être scalpé.

Quel est le chasseur qui n’aimerait se trouver un jour dans un immense territoire de chasse, affranchi de toute entrave, libre de se mouvoir en tous sens, avec droit de vie et de mort sur cette si grande et si belle variété de gibier, sans que personne songe à le lui contester; libre enfin de pouvoir oublier le souci

des affaires pour savourer alternativement la chasse

émouvante et la douce flänerie!.. Voilà un beau rêve! eh bien, ce rêve devient une réalité dans le Sahra…

En Europe, on ne saurait éprouver ces sensations intenses. La chasse y est soumise à des lois restrictives, à des contraintes sans nombre, à des formalités fastidieuses.… Elle est bornée à des territoires très limités; peu d'imprévu, peu de péripéties, — et enfin, rien de cette poésie, de ce vague grandiose que les grandes solitudes seules révèlent au cœur de l'homme.

Loin de moi l'idée dc déprécier les chasses de France, auxquelles tant de confrères prennent plaisir; elles sont ce qu'une société très agglomérée a pu les faire.

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