‹ Chasses de l'Algérie et notes sur les Arabes du SudChapitre 13 sur 31 · FE · texte numérisé non relu

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as pen de quelques lièvres et perdreaux me we. | saison.

L Mnie doisi: une longue digression qu'il est temps æ Er re nous chase. :

| Malgré les conditions favorables où je me trouvais |

pour me livrer au repos, j'eus, comme à la veille d'une ouverture de chasse, un sommeil agité. Je songeai que lous mes compagnons, montés sur des chevaux rapides comme le vent, prenaient des autruches à volonté, tan- dis que moi je n’en pouvais joindre aucune. Mon cheval pouwait à peine galoper ou s’abattait des quatre pieds, quand, à force de le talonner, il prenait un train plus accéléré. C'était là un affreux cauchemar, que le réveil vint heureusement dissiper.

Nous fûümes sur pied dès l'aube, quoiqu'il dût s écouler encore bien des heures avant d'aller prendre position au lieu désigné.

Nous étions dans une agitation fébrile que rien ne uvait calmer, nous allions souvent caresser nos cheux, nous ajustions leurs harnais, qu'à l'exemple des Mekhalifs nous rendions très légers, ainsi que notre propre accoutrement.

Cette distraction épuisée, nous coupâmes des de guettes de jujubier sauvage pour stimuler nos chevaux ‘au besoin, et pour en assener un coup sur la nuque des autruches que nous espérions joindre.

Nous donnâmes ensuite un soin minutieux à la peau de bouc pleine d'eau , qui devait étre notre compagne

inséparable pendant la durée du courre. — Gette précaution est obligatoire, sous peine de souffrir toutes les tortures d'une soif ardente, que la rapidité de la course et le soleil déterminent.

Le déjeuner nous fit encore gagner quelques instants, mais on mange peu au mois de juillet, et il est plus sage de ne pas se charger l'estomac au moment de courir l’autruche.

Nous étions à bout de patience, quand Bel-Abbès et Toumi vinrent nous dire que l'heure approchait, qu'il fallait abreuver nos chevaux. Chacun de nous s’empressa de faire boire cinq ou six litres d’eau à sa mon-" ture, contrairement encore aux idées admises en Europe. Ici l'expérience a démontré l'efficacité du procédé ; les chevaux, du reste, sont à jeûn depuis la veille; on les fait boire pour la soif à venir, sans redouter de troubler leur digestion.

A onze heures et demie nous étions à cheval.

Les Mekhalifs, qui composaient le premier peloton de coureurs, vinrent nous prendre en cérémonie.

Ils formaient un groupe que Callot eût été heureux de rencontrer.

Vêtus de pittoresques haillons, n'ayant, afin d'être plus légers, que l’arçon nu et un feutre pour selle, une ficelle pour têtière de bride, ils avaient au suprêmé degré l'apparence de vrais gueux.

Ils me prièrent de commencer la marche. C'est un honneur qu’ils rendent au chef ou à celui qu'ils croient le plus heureux.

Un homme heureux, selon leur croyance, mène à bien l’entreprise de ceux qu'il précède. Un homme qui a du guignon le communique à qui le suit. Je fis

mentalement des vœux pour être l'homme heureux, et nous nous mimes en marche eh prononçant tous les mots sacramentels en usage, PJesm-Allah, — au nom de Dieu!

Nous avions préalablement fait rentrer tous nos chameaux et rüdeurs dans notre bivouac, afin de ne pas effarouchér les autruches dont la vue est extrêmement percante.

Nous allämes prendre position à deux kilomètres de notre campement.

Nous mimes pied à terre sous de grands beloums du haut desquels on dominait le pays.

C'était là notre gâd, indiqué aux rabatteurs. Deux Mekhalifs montèrent sur les plus hautes branches de l'arbre le plus élevé, afin de voir venir de loin.

Les rabatteurs ne lancent Autruche.

jamais les autruches avant l'heure où ils savent les coureurs à leur poste.

Ils reconnaissent cette heure quand le soleil est perpendiculairement sur leurs têtes et que l'ombre tombe d'aplomb. Ils mesarent ce moment avec leur baguette de sedra qu'ils tiennent verticale, — Quand elle ne projette plus d'ombre, l'heure est arrivée, cest celle de midi.

Nous devions attendre au moins une demi-heure encore avant l'arrivée possible des autruches. Notre surexcitation était au comble, les Mekhalifs eux-mêmes,

malgré leur gravité habituelle, avaient comme nous la fièvre de l'attente.

Chacun parlait, gesticulait, invoquait son marabout de prédilection, récapitulait les chances favorables.

Le chhili (‘), par bonne fortune, embrasait l’atmosphère ; de fréquentes recommandations étaient adressées aux vedettes.

— Ouvrez les yeux, fils de juifs (?)! leur criait de temps à autre le caïd Bel-Abbès. — Ne vous laissez pas tromper par les autruches! Découvrez-vous bien le pays?

— Oui, n’aie aucune crainte, il est dans notre œil !

comme dans un miroir ; mais cela fatigue de regarder fixement , et nos pieds cuisent sur les branches,

— Posez vos yeux à terre chacun votre tour, cela vous reposera, — patientez. Ne nous jaunissez pas la figure, — il s’agit de votre réputation de chouâfs (°).

Un Mekhalif, vieux chasseur, dans le but de tromper l'attente générale, proposa de consulter les gorads pour savoir si l'autruche mourrait.

Cette bizarre expérience consiste à prendre des go-

rads, sorte de poux-de-bois que l’on trouve sur les

(‘) Vent très chaud du sud-ouest. — Siroco en Algérie, simoun en Égypte.

() On sait le dédain et la haine traditionnelle des Arabes pour les juifs . cette expression fils de juifs est souvent employée par eux quand ils s’exeitent à la guerre, à la chasse ou même dans les jeux.

Elle a pour but sans doute de réveiller l'énergie, car elle est jetée à la face comme un souflet. Celui qu’elle atteint doit alors montrer, par plus de vigueur, qu'il ne Ja mérite pas.

Une autre version plus favorable à la gent israélite est celle-ci. Les fils

d'Israël sont tellement délurés et aptes à la réalisation d’un but lucratif,

qu'ils montrent pour y parvenir des qualités tout à fait exceptionnelles. C'est alors à ces qualités qu’il serait fait allusion dans celte qualification de « fils de juifs. »

(*) De chouf, voir. — Chouâf, qui voit très loin.

te » A Ca à RETENIR ET

PYAUX |! gnés (ceux des Mekhalifs, étaient abond ment pourvus ). ie | + On les expose au soleil, sur la terre, au milieu d'un . cercle de la dimension de cinquante centimètres de diamètre. va | gilles gorads sont euits avant d'atteindre la circon- … férence du cercle, c'est signe, disent naivement les Mekhalifs, qu'il fait chaud et que la température est propice à la mort des autruches.

| Si, au contraire, le gorad atteint le bord du cercle sans avoir été rôti, il fait froid et les chevaux auront trop à faire pour forcer l'autruche.

On‘apporta une douzaine de ces petites bêtes à celui qui avait proposé l'épreuve. ji Le bonhomme, avec la conviction et la gravité que lui paraissait comporter la circonstance, aplanit le sol avec le pan de son burnous, traça un cercle de la dimension voulue et mit les gorads au centre.

| Nous suivimes tous cette expérience avec une attention extrême. D'abord les gorads, stimulés par le soleil, se mirent en mouvement avec vivacité, et parcoururent rapidement la moitié du trajet du centre à la circonférence, mais ensuite ils ralentirent leur marche, se tordirent, se renversèrent sur le dos, puis restèrent immobiles. Ils étaient littéralement grillés ("). Ni fait chaud! —il fait chaud! —l'autruche mourra! … dirent comme un seul homme les Mekhalifs. | — Oui, l'autruche mourra! reprit le caïd Bel-Abbès; | mais je vais, mes enfants, vous faire une recomman-

— Le commandant et l'officier sont nos hôtes, il faut qu'ils prennent des autruches. — Ceux d'entre vous

qui arriveront les premiers sur les dolmânes (!) les rabattront sur eux afin qu'ils pure les joindre et les prendre.

Je l’interrompis et lui dis : — Les prendre, c’est bien ainsi que nous comptons faire, l'officier et moi, mais nous voulons forcer nous-mêmes, sans le secours d'aucun de vous! — Je ne vous demande qu'une chose, c'est de ne pas nous faire concurrence lorsque nous aurons fait choix des autruches que nous courrons! Cela fut convenu ainsi.

Nous terminions à peine cette convention, lorsque les vedettes nous crièrent cette phrase, qui nous fit bondir comme si nous eussions été touchés par une pile électrique !

— O mes seigneurs, prenez vos chevaux! l'autruche vient!!!

En un clin d'œil nous fûmes à cheval, accablant de questions nos vedettes qui voulaient descendre de leur arbre pour monter aussi leurs chevaux.

— Combien y en a-t-il?

— De quel côté viennent-elles?

— Sont-elles séparées ou en masse?

— Sont-elles près ou loin?

— Y a-t-il beaucoup de mâles?

— Viennent-elles droit sur nous?...

— Ne descendez pas, fils de Satan! renseignez-nous bien, nous ne partirons pas sans vous.

Les vedettes, peu rassurées sur ce dernier point, et pour cause, trépignaient sur leurs branches en répon-

(*) Pluriel de dolime, mâle de l’autruche.

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