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* Et les vedettes de dégringoler comme elles nd de leur perchoir, en laissant aux aspérités des ln beaux de leurs vêtements!
Grimpés sur nos selles ou debout sur nos étriers, | nous apercevons bientôt nous-mêmes les autruches un 3 viennent droit à nous! |
Impossible de peindre l'émotion qui nous saisit dans
ce moment! nos figures s'illuminent, nos yeux lancent.
des éclairs, nos membres sont agités de mouvements nerveux dont se ressentent nos chevaux, qui se cabrent et bondissent !.…
Chacun veut donner un conseil :
— Partons! — sus aux autruches! — C'est le moment !
— Non, pas encore! — Attendez! — Rabattons-les à gauche! — Non, à droite! — Attendez! attendez!!!!
= Mais, recommandation vaine ! le démon du mouvement l'emporte; et au premier pas en avant fait par un chasseur, toute la bande s'envole comme une nuée de sauterelles et court droit aux autruches.
Celles-ci nous aperçoivent aussitôt et font un à droite !… Nous les avions alors à cinq cents mètres de nous |
-Ce magnifique oiseau , surtout quand ilest en troupe, attire et fascine tellement, que toute autre idée que celle de courir après et de l'atteindre quand même ne saurait entrer dans la tête de celui qui le chasse!
Toute préoccupation de conservation personnelle et de celle du cheval disparait.
La possibilité de s'égarer, chose assurément fort
grave dans ces solitudes, ne touche point.
On n'a plus qu'un unique objectif !.. ce grand échassier, aux plumes onduleuses et chatoyantes, qui fuit à tire de jambes. et que l’on veut atteindre à tout prix!
— « L'autruche tire le cœur et l'œil », dit-on dans le Sahra.
Sous l'empire de cette irrésistible attraction, nous courions avec frénésie ! — Des gens calmes qui nous auraient vus passer dans ce moment nous auraient certainement pris pour des possédés, faisant une de ces chasses fantastiques des légendes d'autrefois !..
Les autruches avaient encore augmenté leur allure à notre vue, de sorte que nous ne pümes gagner sur elles. — Au bout de- deux ou trois minutes, nous perdimes même du terrain, à notre grand crève-cœur, el force nous fut de redonner l’haleine à nos chevaux en modérant leur vitesse. .
Je profitai de ce moment pour jeter un coup d'œil sur mes compagnons. |
J'étais dans le premier tiers des coureurs les plus avancés, celui des enthousiastes !
Le second tiers, qui venait après nous, était, comme je le reconnus ensuite, celui des rusés , qui ménageaient prudemment le fond de leurs chevaux.
Venaient enfin ceux dont les montures ne pouvaient
faire mieux. Parmi ces derniers je vis M. Philebert, qui s'escrimait des jambes, de la bride et de la hous-
sine, pour faire rattraper à son cheval la distance À perdue ; mais il me parut que ses efforts seraient en M
pure perte.
Nous reprimes bientôt la même allure qu'au départ ; il ne fallait pas perdre de vue les autruches. Nous ga-
L'autruche noire.
gnâmes sur elles. Puis, l'extrême vitesse de nos chevaux se ralentissant , elles reprirent leur avantage, Le courre se compose ainsi, — à cause de l'obliga
tion de redonner de l'haleine aux chevaux et de main-
tenir leur fond, — d’alternatives qui rapprochent et qui éloignent, jusqu'au moment où, étant forcée, l'autruche s'arrête d'elle-même, souvent à la distance d'un kilomètre du chasseur (!).
Tant que les autruches courent réunies, les asus ne forment qu'un groupe; mais lorsqu'elles sentent qu'elles seront bientôt forcées, un suprême instinct les porte à se disperser, afin d'augmenter leurs chances de salut.
Chacun prend, à ce moment, la piste de la sienne.
On suit pour ce choix l’ordre dans lequel on est placé, c’est-à-dire que les autruches qui se détachent à droite sont suivies par les coureurs de droite; celles qui vont à gauche, par Ceux qui se trouvent à gauche, et toujours ainsi en se fractionnant individuellement.
Nos autruches ne se séparèrent que quarante minutes environ après notre relancer; ae se dispersèrent en éventail.
Cest alors que je vis les coureurs du second tiers ”
nous rejoindre, nous dépasser, etchacun d'eux prendre la direction de l’autruche qu'il avait devant lui.
Nous fimes tous de même, — je parle de ceux qui étaient restés les premiers en ligne, car presque tout ”
le dernier tiers ne put rejoindre.
Nous continuâmes ainsi à suivre nos autruches, qui étaient alors à huit cents mètres à peu près de nous. J'en avais une fort belle devant moi, qui me paraissait être un mâle, tant elle était noire.
(*) Si l’autruche, comme la gazelle et bien d’autres animaux, reprenait haleine dans sa course quand elle est poursuivie, on ne parviendrait pas, je crois , à la f rcer avec les moyens employés ; mais du moment où elle est « Jancée j jusqu’à celui où elle succombe, elle fournit sa traite avec la même -
raideur et se crève positivement elle - même
Mn Sn ds dr
Le te à re +: 1.
chance de succès.
| Après quelques minutes de grande allure, je gagnai . sensiblement sur mon autruche. — Ses ailes commen-
cérent à pendre le long de ses cuisses, ce qui est un indice de fatigue; ses pieds soulevaient la poussière en
J'étais dans un ravissement à nulautre pareil. J'excitai mon cheval, qui se ranimait de lui-même en voyant se
rapprocher la distance qui le séparait de notre bête. Je . le caressai en lui faisant de beaux compliments. — Je poussai des cris impossibles et entonnai, je ne sais sur quel air, ni avec quelles paroles. un chant de triomphe! Quiconque se rappellera le plaisir qu'il a éprouvé en
un perdreau, comprendra — par comparaison — la joie qui m'inondait lorsque j'atteignis mon autruche. —= . Je ne puis la décrire, il faut l'éprouver.
- La pauvre bête s'était arrétée à mon approche: elle » ne pouvait plus avancer, elle avait le bec grand ouvert et vacillait sur ses pattes.
. Je m'élançai à terre pour la prendre par le cou. — - Je voulais l'étreindre dans mes bras pour en bien L. prendre possession. Au moment où je la saisissais,
. qu'un qui me criait :
| tètel »
« Je me retournai sans lâcher ma proie, et je vis Bel- 4 Abbès qui accourait; il n'avait pas voulu prendre part
à bientôt mes compagnons de vue pour pr plus m'occuper que de ma chasse. — Je n'avais pas : trop surmené on cheval, je vis bientôt que j'avais
luant, pour la première fois, à la chasse, un lièvre où .
j'entendis derrière moi le galop d'un cheval et quel- :
« Prends garde aux coups de pieds, frappe à la
84 LES CHASSES DE L'ALGÉRIE. s
à la chasse et m'avait suivi dans la crainte de me voir m'égarer.
C'était une précaution superflue ce jour-là, mais dont je lui sus bon gré néanmoins.
Il mit pied à terre, et, après avoir abattu l’autruche d’un coup de baguette sur la tête, il se mit à la saigner ().
Pendant qu’il se livrait à cette opération, je prenais ma peau de bouc, je rafraichissais avec son contenu la bouche, les naseaux et le ventre de mon cheval.
Ce bon animal se prêtait avec une grande satisfaction à cette attention, que les Mekhalifs ne négligent jamais; puis je bus un peu moi-même pour ramener la salivation que la rapidité de la course et la grande chaleur avaient arrêtée en me desséchant la bouche et le gosier.
J'aidai ensuite Bel-Abbès à dépouiller l'autruche, — ce qui se fait en coupant la peau au-dessus des cuisses, région où cessent les plumes; on enlève seulement ainsi la peau du dos, des ailes et du cou.
Je fus un pou désappointé de ne retrouver dans mon autruche qu’une belle femelle, au lieu d’un mâle que j'avais espéré et cru reconnaître de loin. Nous la retournâmes sur le dos, les pieds en l'air.
Après l'avoir entourée d’arbustes et lui avoir mis quelques plumes blanches sous les ongles pour effrayer les carnassiers, nous reprimes le chemin du bivouac, d'où nous devions envoyer des chameaux pour recueillir les victimes et les rapporter le soir même.
(*) On sait que les musulmans ne mangent que la chair des animaux qu'ils ont saignés en les tournant vers la Mecque et en prononçant la formule de « Au nom de Dieu, Dieu seul est grand. » Cet usage rituel est en commémoration du sacrifice d'Abraham.
À ce moment nous fûmes rejoints par M. Philebert, qui, malgré le peu de vitesse de son cheval, n'avait pas voulu abandonner la partie.
Il avait suivi nos traces en subissant en partie k réalité de mon rêve de la nuit précédente. —I1 stimulait toujours sa monture avec le même acharnement, mais sans en tirer autre chose qu'un lourd galop sur place.
Il était exaspéré de sa mésaventure, il jurait comme un paien après son quidar (*) et contre celui qui le lui avait vendu pour un coureur de fond.
Je comprenais, je ne dirai point son désappointement , car ce mot ne rendrait pas la situation dans laquelle il se trouvait ; elle approchait du désespoir.
Nos condoléances le touchaient d'autant moins, qu'à chaque instant nous trouvions sur notre parcours nos Compagnons les Mekhalifs qui revenaient avec des dépouilles.
Les seize autruches avaient succombé !…
A notre arrivée au bivouac, nous fûmes acclamés par Lous ceux qui n'avaient pas pris part à la chassé du jour. — Ils nous dirent : « Dieu vous donne la santé et vous conserve vos prises ! »
{*) Nom que donnent les Arabes aux mauvais chevaux, équivalant à celui de rosse
. Des chameliers furent immédiatement expédiés avec
des indications suffisantes pour retrouver les autruches.
On étala leurs dépouilles à l'ombre et, après les avoir nettoyées, on les couvrit de sel.
Nos chevaux furent l’objet de tous nos soins; on les fit boire à leur soif, on leur laissa brouter l'herbe de la daïa, et peu après on leur donna l'orge (1).
En attendant nos autruches, nous nous mimes à examiner leurs belles peaux; il y en avait six de mâles et dix de femelles.
Après le plaisir de chasser, voir son gibier est le complément de satisfaction le plus agréable.
Les Mekhalifs, qui pensent de même, faisaient en connaisseurs l'éloge de telle ou telle dépouille : l'une était remarquable par la beauté des plumes blanches des ailes; l’autre, par les plumes d’un noir de jais du dos et du col; une autre enfin, réunissant la beauté des deux coùleurs, était parfaite et n'avait pas de prix.
Et, à chaque éloge, ils répétaient : «Que Dieu bénisse et préserve du mauvais œil (?) ! »
Chaque chasseur se mit ensuite à raconter les ép sodes de sa chasse particulière : — celui-ci avait été jusqu'a tel endroit, les sangles de sa selle s'étaient rompues, il avait dû les renouer tout en courant.
Le cheval de tel autre avait buté dans une ville de rats (*) et avait fait panache sur lui; il était remonté malgré cela et avait forcé son autruche, etc.
(‘) On attache une grande importance à ce que le cheval qui a couru urine et se secoue dans les deux heures qui suivent le courre; plus tôt accomplit cette fonction et mieux cela vaut. Aussi est-ce la question préa-lable entre chasseurs qui s’abordent après le courre. Si la réponse «st affirmative on se réjouit, parce qu'il n’y a pas de mauvaises suites à redouter.
(2). Voir la note de la page 16 de la chasse au lion.
(8) Medinet-el-firan. Ce sont des gerboises et des rats zébrés qui, pour
Re ee M A DOS pe CN Eu LA CHASSE A L'AUTRUCHE.' 87
Ceux qui n'avaient pas été heureux se taisaient et regardaient les autres d'un œil d'envie, ou, mettant leur insuccès sur le compte de leurs chevaux, ils se promettaient de les faire jeûner encore pour les rendre plus agiles.
Vers le soir leschamelier: apportérent les autruches.
Le campement.
Nous allumämes de grands feux, et une cuisine gargantuélique s'organisa.
Les uns découpèrent la chair par morceaux, les autres la graisse (!}; on jeta le tout avec du sel dans des marmites en cuivre placées autour des feux.
la plupart, creusent ces ga'eries souterraines. Elles sont nombreuses dans les plateaux du Sud: elles occasionnent des chutes dangt reuses quand on n'y prend pas garde, les pieds des chevaux y entrent jusqu aux famous
("} L'autruche, quand elle est en bon état, a autant de graisse que de chair.
Bientôt ces vastes récipients chantèrent, en bouillonnant à la ronde, une mélodie qui n’était pas sans charmes pour les estomacs des Mekhalifs, — et pourquoi ne dirions-nous pas des nôtres? — Le déjeuner avait été
insignifiant, la chasse et le succès avaient aiguisé chez
nous l'appétit proverbial du chasseur.
Nous fimes donc confectionner, en attendant la cuisson du hammoum (‘), des carbonnades avec un räble
d’autruche : — cette préparation si simple, assaisonnée
de sel et de poivre, fut trouvée excellente.
La chair de l’autruche a la plus grande analogie avec celle du bœuf.
Pendant toute la durée de la chasse, nous avons ré- | pété les expériences sous forme de consommés, daubes, . biftecks , et toujours il nous a semblé manger de bon
bœuf.
Une réminiscence de la grande époque gastronomique romaine nous fit songer à consommer, pour la rareté .
du fait, un plat de cervelles d’autruche.
Les Mekhalifs nous offrirent gracieusement en hom- |
mage toutes celles des leurs.
Notre cuisinier, les ayant réunies, en fit un ragoût avec de la moelle des tibias et force épices. — Ge mets rare, tant par son mérite réel que par les souvenirs qu'il «
rappelait, nous sembla délicieux.
(*) Le hammoum est la chair de l’autruche coupée en menus morceaux et cuits dans la graisse de celle-ci. Cette préparation est savoureuse et très »
nourrissante.
Les Mekhalifs disent que la chair de l’autruche tient longtemps au ventre, ”
et lui en font un mérite de plus.
Ils ajoutent que l'on peut en manger beaucoup impunément, qu’elle main- * tient le corps en bon état et la bouche fraîche ; qu’on ne peut en dire autant | de la chair de gazelle qui, plus succulente, échauffe davantage et rend la
bouche amère.
Je laisse la responsabilité de cette opinion à ses auteurs.
- Pa art d'heure, nous nous donnâmes des alures “ Mg d'Apicius. M Seize cervelles d’autruche et le désert pour salleär manger!.…. N'était-ce pas là du faste et de la magnificence ? Les Mekhalifs conservent avec soin la graisse de l'auruche, qu'ils perment dans la peau des cuisses et du FAN cou.
les maladies intefnes et externes.
Ils ne se font faute de l'employer et affirment s'en trouver bien.
La chair qui n'est pas convertie en hammoum est : découpée en lanières et séchée au soleil. Traitée ainsi, | elle se conserve des mois entiers. | Tout est bon, tout sert dans l’autruche : les plumes se vendent, la chair se mange, la peau sert de récipients à la graisse, qui guérit tous les maux; la plante des pieds sert à faire des semelles de brodequins pour les : piétons; les nerfs, plus ou moins dédoublés, donnent un fil très résistant, propre à coudre le euir.
Aussi les Mekhalifs ont l'habitude de dire, quand ils “font une affaire très avantageuse : « C'est comme l'au- “truche, plumes et graisse. »
. Notre repos après cette heureuse journée fut parfait, excepté peut-être celui de M. Philebert , qui ne se con- “solait guère de l'insuccès de son début. Mais je me hâte
“de dire que nous n'eûmes pas à nous apiloyer longtemps sur son échec; pendant le reste de la chasse, il fut un
des plus heureux : il prit avec son autre cheval quatre beaux mâles, dont les plumes firent notre admiration.
. Le lendemain, nous fimes marcher et trotter devant nous les chevaux qui avaient couru, pour voir dans quel L'ils se trouvaient
Pour eux, c'est un spécifique propre à guérir . ie
Deux étaient boiteux pour longtemps, trois l’étaient | moins et pouvaient continuer la chasse, un enfin était | fourbu. |
Ce sont là des accidents presque inévitables, vu les conditions dans lesquelles on est obligé de courir.
Le sol est très rocailleux dans certaines parties; l'autruche semble faire exprès de choisir celles-ci, quoiqu’elle soit la première à en pâtir et à user ses pieds au . contact des cailloux tranchants, — en quoi elle me parait bien mériter la réputation de bêtise qui lui est gé-. néralement dévolue.
Aussi proclame-t-on trois fois heureux ceux dont les chevaux se maintiennent sans accident et peuvent fournir les sept ou huit courres de la saison.
Les chasses qui suivirent celle que je viens de raconter y ressemblent tellement que, pour ne pas me répéter, je ne citerai que le nombre des autruches forcées dans chacune d'elles.
Après chaque courre, nous changions de campement, parcourant les plus belles daïas de notre Sahra.
Nous vagabondâmes ainsi, en pleine liberté, environ trois semaines, chassant, en dehors de l'autruche, pour assurer notre subsistance quotidienne, des gazelles, outardes, lièvres, perdrix gangas; en un mot, tout ce qui nous tentait.
Pour varier encore nos plaisirs, nous entremélions ces chasses de petites fêtes, dans lesquelles nous organisions des tirs à la cible, des courses à pied et des courses à dromadaires pour nos chameliers.
Le jeu de balle surtout était notre récréation favorite.
Les Mekhalifs prenaient part à tous ces jeux avec une expansion que j'ai rarement retrouvée chez les autres Arabes.
CHASSE A L'AUTRUCHE. 3 De ot. vie journalière en commun s'était dégagée une sorte d'émulation qui nous entrainait tous à imiter ce que nous trouvions de bien les uns chez les autres. Ainsi, nous tenions tête aux Mekhalifs dans leurs plus rudes exercices à cheval et à pied; par contre, ceux-ci
voulaient en faire autant dans la gymnastique et sur-
tout dans le tir, où ils avaient des prétentions. Un jour, pour bfên trancher cette question d'adresse
au tir à balle de pied ferme sur un but fixe, — car ils
reconnaissaient notre supériorité pour le tir de vitesse à pied ou à cheval, — nous fimes un concours dans les conditions suivantes.
Il s'agissait de casser un œuf de poule, suspendu à un filcontre le tronc d’un betoum, à la distance de cent pas.
Pour faire la partie plus égale, nous avions dit aux Mekhalifs :
« Vous êtes vingt tireurs, nous sommes deux : tirez chacun cinq balles sur le but, nous en ferons autant, et le parti qui touchera davantage aura gagné. »
Ils devaient tirer cent balles contre nous dix; mais nos armes nous semblaient meilleures.
L'enjeu était un peau d'autruche pour nous, si nous.
gagnions, ou sa valeur pour les Mekhalifs, si nous per- dions.
Les choses ainsi convenues, le tir commença.
__ Nous en fimes les honneurs aux Mekhalifs, qui paraissaient ne pas douter du succés.
Ils tirèrent successivement leurs cinq balles chacun, mais en vain : aucun n'atteignit l'œuf, qui, je dois l'a- vouer, se voyait à peine. — J'avais ainsi choisi ce but à cause de la jactance de leurs meilleurs tireurs, qui prétendaient ne tuer le gibier qu'en lui mettant la balle . dans l'œil.
Quand ce fut ist tour, à M. Philebert et à moi, de : rer, l'attention de tous redoubla. Nos premiers Coups, | sans toucher, portèrent beaucoup plus près du but, ce « qui fut franchement reconnu. À ma quatrième balle, « l'œuf vola en éclats. À
L'effet fut d'autant plus grand que la conviction de 4 tous, après expérience, était qu’on ne pouvait l’atteindre. «
«Tu as gagné la peau d'autruche, me dirent less Mekhalifs, et de plus, nous reconnaissons que vous « êtes nos maîtres, même dans le tir posé.»
J'eus, quelques jours après, l’occasion de les confir- « mer encore dans cette idée par un de ces hasards qui w font sensation quand ils se produisent. 4
Nous changions de campement et marchions en goum vers notre nouveau bivouac, quand nous découvrimes dans le lointain un troupeau de gazelles ® une soixantaine de têtes. 1
Les Mekhalifs, auxquels j'avais parlé de la longue portée de ma carabine de Lancastre dont ils connais- “ saient déjà la précision, me dirent : 2
«Certes, ton fusil ne porterait pas ses balles à ce | troupeau. » 1
Je trouvai effectivement que la distance était considérable; mais comme il y avait un semblant de défi dans leurs paroles, je voulus le braver, et je répondis « que je n'en doutais pas. Il y eut sur leurs lèvres un « sourire qui protestait mentalement contre cette asser- M tion. Pour le faire cesser, j'arrétai mon cheval, j'ajustai le troupeau, en visant au-dessus de la hausse, qui portait déjà mille mêtres, et, convaincu du reste que ma balle ne s’écarterait pas beaucoup du point visé, je fis S feu. On sait qu'une balle de carabine met trois ou
mes gens ouvrir la bois pour ee qu elle ; ne parviendrait pas, lorsqu'elle frappa au milieu du «
troupeau en soulevant un petit nuage de poussière.
Ce fut d'abord de la stupeur et de l'ébahissement, qui se traduisirent ensuite par les nn les plus variées.
Le troupeau de gazelles avait pris la fuite pie fi
balle avait frappé, mais j'ignorais s’il y avait eu une bête d'atteinte. J'envoyai deux cavaliers s'en assurer.
Ceux-ci partirent au petit trot sans le moindre espoir ;
mais quand ils furent aux trois quarts du chemin, nous les vimes prendre le galop en agitant leurs burnous, peu après mettre pied à terre et se baisser comme pour ramasser quelque chose.
C'était, pour comble de l'étonnement, — auquel je pris part moi-même cette fois, — une gazelle qui avait recu ma balle dans la poitrine et avait été tuée raide.
Ce coup fut trouvé merveilleux par les Mekhalifs. Ils voulurent séance tenante en perpétuer le souvenir.
Pour cela, ils rassemblèrent une grande quantité de
* pierres dont ils bâtirent un redjam (‘), puis ils allèrent
en établir un autre pareil à l'endroit où ma balle avait
frappé la gazelle.
Je fus curieux de mesurer la distance qui séparait
ces deux points.
Il y avait onze cents mètres!
Les Arabes appellent aujourd'hui ces deux tumulus,
{‘} Redjem , jeter des pierres, — Témoin, tumulus de forme coniqne de deux à trois mètres d'élévation. On en rencontre beaucoup dans le Sud. Quelques-uns sont des tombeaux très anciens ; d'autres sont des monuments commémoratifs de faits remarquables, ou indiquent le lieu où des guerriers
> en renom ont été lués.
qui se trouvent près de l’oued Nil : Redjam-el-Ghezal, — témoins de la gazelle.
[2 j Quels bons souvenirs j'évoque là! Je m'y complais peut-être un peu; mais qui n’en ferait autant à ma place ?
Quelques orages qui eurent lieu vers le 45 juillet :
nous-rendirent cette existence facile par la grande quantité d’eau qu'ils amenèrent dans les r'dirs de 2 région où nous chassions.
Sans cette bonne fortune, peu ordinaire dans cette saison, nous aurions dû faire venir notre eau, soit de
Laghouat ou du Mzab, ce qui aurait obligé nos chameaux à un trajet de quarante lieues, aller et retour. :
Voici le résultat exact des chasses de la première année :
4 courré à Daïa El-Beugra 16 autruches, dont 6 mäles. 2e — à Daït Chelif 12 — 4 — 3 — à Daït Ghers-ou-Diba 11 — 5 — 4 — id. 4 — 3 — 5 — à Dait Bellil T — 3 — 6 — à Daït Guerg 13 — 4 — 7e — à Daït El- - Niague 4 — 2 — 8e — id. 5 — 3 — Total. . . 72 prises, dont 30 màles.
Toutes nos chasses ne furent pas sans quelques déceptions.
Ainsi nous fimes trois fois le pied de grue au gàd: la première, parce que les autruches parvinrent à se dérober aux rabatteurs; les deux autres, parce que ceux-ci n’en trouvèrent pas, et que, selon leur expres sion, «il n’en était pas poussé dans le pays. »
EP tes DR Sd on es dur in éondié 45h de
de RE SP TT NN PSE EN À
Un jour aussi qu'il faisait froid, comparativement, nous courûmes vainement une bande de dix-neuf au-
Carellios.
truches, qui nous avait été lancée de trop près par les rabatteurs.
Nous nous étions promis, en allant nous poster el en nous apercevant que la journée n'était pas assez chaude, de ne pas relancer; mais à peine les vedettes nous eurent-elles crié que les autruches venaient,
Eu .
qu'oubliant nos bonnes résolutions, nous nous mimes +
en chasse, plus forcenés que jamais.
Après deux heures de la course habituelle, la bande | ne s'était pas encore séparée ; elle avait rencontré dans
sa fuite une compagnie de vingt-deux autruches: Ces dernières, étant toutes fraiches et reposées, emmenèrent les autres en leur communiquant une nouvelle vigueur.
Le dépit de voir un si grand troupeau nous échapper | sans nous laisser la moindre plume nous fit continuer
notre poursuite contre toute prudence.
Mais, après une course insensée, nos chevaux étant à bout de souffle et de jambes, force fut d'arrêter. —
Nous avions parcouru un trajet de douze à quatorze lieues! Nous n'étions plus que deux, paid Toumi
et moi.
M. Philebert, qui avait appuyé à: droite, était de son côté resté avec deux Mekhalifs. Tous les autres, soit
que leurs chevaux n’eussent pu suivre, soit que, mieux
avisés que nous, ils se fussent arrêtés à temps, avaient
rejoint le bivouac en reconnaissant l’inutilité de pause ser plus loin. nr Le hasard avait dirigé ce jour-là notre course dans
une région sans daïas, sans accident de terrain recon-.
naissable, en un mot, sans le moindre repère pour nous guider au retour.
Nous pouvions nous égarer et errer pendant le reste du jour et de la nuit, sans une goutte d’eau pour humecter nos gosiers desséchés. Nous avions vidé nos peaux de bouc pendant la course pour rafraichir la bouche de nos chevaux. — La situation était critique.
Nous essayâmes d'accélérer notre retour au bivouac . en nous guidant sur le soleil, qui était encore sur l'ho- …
Er Cle à
De PU TS
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rizon ; mais nos chevaux refusérent de prendre une
autre allure que le pas, encore nous fallut-il mettre pied à terre pour les faire marcher.
Quand la nuit vint nous prendre, il nous restait en-
core plusieurs lieues àtheminer péniblement, en trai-
nant nos chevaux par la bride.
La soif que nous supportions depuis quelques heures
Chasse de la gazelle au galop,
s'était accrue par la fatigue de la marche et nous faisait cruellement souffrir.
Le caïd Toumi était fort inquiet ; je le rassurai en lui disant que j'étais aussi bon piéton que lui, que je restérais facilement jusqu'au lendemain sans boire, s'il le fallait.
Par amour-propre, je me vantais sans doute un peu dans cé moment, mais à quoi m'aurait servi de me
. plaindre? Je ne voulais pas me montrer inférieur à
mon compagnon d'infortune lorsqu'il s'agissait de supporter une dure privation et une grande fatigue. choses dans lesquelles les Arabes n’ont que trop de tendance à se croire supérieurs aux Européens.
Nous continuâmes donc à avancer en faisant marcher nos chevaux devant nous, après leur avoir Ôté la bride pour les soulager encore.
L’émoi, pendant ce temps, s'était emparé de tous les Mekhalifs qui étaient restés au bivouac, et de ceux qui l’avaient rejoint après nous avoir quittés.
Ceux-ci furent questionnés pour savoir la direction que nous avions suivie, — si nous étions loin, — si nous avions de l’eau, etc.
Mais lorsque, vers huit heures du soir, il n'y eut pas apparence de notre retour, l'inquiétude de tous fut à son comble.
Le caïd Bel-Abbès, qui redoutait un accident grave, s’arrachait la barbe. — « Que. dira-t-on de nous, s’écriait-il, si le commandant et l'officier s’égarent et meurent de soif, eux et leurs chevaux, lorsqu'ils se sont confiés à nous? Allons, tout le monde à cheval avec-des outres pleines d’eau ! — Dispersons-nous dans la direction du sud-ouest qui est celle qu’ils ont prise. — Que personne ne revienne avant de les avoir retrouvés ! — C'est ce chien de Toumi qui est cause de tout ceci: il a entrainé la chasse au lieu de la rompre, comme il aurait dû le faire, puisque la journée était froide. » {
Ce pauvre Toumi ne méritait pas seul ces reproches, nous étions au moins aussi coupables que lui.
Ce fut le caïd Bel-Abbès, accompagné de deux des siens, qui nous rencontra le premier. Nous avions enfin entendu son appel, qu'il lançait de temps à autre dans