‹ Chasses de l'Algérie et notes sur les Arabes du SudChapitre 15 sur 31 · PER CR ON PTT · texte numérisé non relu

PER CR ON PTT

Sn LE né 7 Sd EE hd © 5

an-desats de u tête loutre pleine d'eau fraiche qu'il ! inous apportait; il pensait avec raison que cette vue nous ranimerait. — C'est avec 1m empressement dont

je fus très touché que ce brave Bel-Abbès se jeta à bas

de son cheval et me tendit la peau de bouc dontilavait déjà ouvert le goulot. « Tiens, bois! » me dit-il. s Celte phrase toute lacédémonienne valait mieux qu'un

long discours en ce moment; mais, assuré que j'étais d'arriver bientôt à nos tentes, je tins à me montrer stoïque jusqu'au bout : je le remerciai en lui disant que je pouvais encore m'abstenir de boire, de passer l'eau à Toumi. Celui-ci n'y fit point tant de façons, et, tout en me regardant d'un air étonné, il accola vigoureu- | sement la bienvenue peau de bouc, dont il vida là moitié d'un trait. Le reste fut versé dans sa calotte, à nos chevaux. .

Ce rafraichissement, si minime qu'il fût, leur rendit | un peu de vigueur et nous permit d'arriver deux heures après à notre campement, à la grande joie de tous, et particulièrement à la nôtre, | Tout considéré, je trouve que ces incidents relèvent 1 la saveur de ces chasses à émotions, et ajoutent encore * à leur piquant. — Je suis de l'avis de ceux qui pensent > que les contrastes assaisonnent et varient l'existence. » Sans notre échec de la journée, nous n'aurions pas . connu le vif intérêt que nous portaient ces bons Me- khalifs; nous n'aurions pas éprouvé la grande satisfaction de nous voir atteindre sains et saufs notre bivouac, et enfin l'indicible jouissance de boire longtemps | pour apaiser notre soif.

je *C

Tout a un terme en ce monde, surtout les meilleures choses.

{1 nous fallut rejoindre nos postes, mais non sans jeter un regard de regret à la région où nous avions passé de si heureux jours.

Dans notre réunion des adieux, les Mekhalifs nous donnèrent rendez-vous pour recommencer la chasse l’année prochaine. « Nous aurons plus de chasseurs que cette année, nous dirent-ils; les plumes se vendent cher, c’est le cas d'en faire de bonnes récoltes. »

Effectivement, jamais ils n'avaient vendu les leurs un aussi grand prix.

Des indigènes, des juifs d'Alger, de Tunis et de Tripoli, étaient en nombre dans le Mzab, à attendre les dépouilles que les chasseurs y apportent tous les ans.

Ils achetèrent les peaux des mâles à raison de 170 fr. chaque, avec l'obligation de prendre en même temps deux peaux de femelle pour une de mâle.

Le nombre des peaux de mâle fut augmenté par une petite supercherie que les Mekhalifs ne se font aucun scrupule de pratiquer vis-à-vis des juifs peu connaisseurs.

Il y avait dans le nombre des peaux de femelle dont les plumes étaient presque noires (t), il les déguisèrent facilement en dépouilles de mâle par l’adjonction de quelques belles plumes de ceux-ci. « C'est une bonne plaisanterie, racontait le Mekhalif qui avait réalisé cette opération; Dieu a aveuglé ce chien de juif, qui non seulement n'a pas chicané pour les peaux, mais qui de plus m'a donné un cadeau pour que je lui accorde la préférence. »

(*) Celles des femelles sont grises ordinairement.

à celle deÿannées précédeiien. À ME y ; ious emportämes, M. Philebert et moi, chacun quatre dépouilles des autruches que nous avions for- cées. Les rabatteurs furent, bien entendu, convenable- à ment rémunérés. F « Vous nous avez porté bonheur, nous dirent Bel- Abbès et Toumi en prenant congé de nous; l'an prochain, si Dieu veut et si nous sommes en vie, nous . recommencerons. Vous ne pouvez vous dispenser dorénavant dé chasser l’autruche avec nous; vous êtes devenus de vrais Mekhalifs, aussi aptes qu'eux à la vie du désert. »

Ces braves gens avaient l'intention de nous faire un compliment, de plus nous étions de leur avis; aussi leur répondis-je avec conviction : « A l'an prochain! Que Dieu nous garde jusque-là ! » .

Est-il besoin d'ajouter que l’année suivante nous tinmes religieusement parole, et que nous eûmes encore de belles chasses, dont le résultat fut trente-deux autruches forcées.

La troisième année nous fümes moins heureux : . malgré une exploration consciencieuse de notre Sahra, . nous ne primes que douze autruches.

M. Philebert, qui avait été nommé chef du bureau . arabe de Miliana, n'en vint pas moins chasser tous les ans avéc nous.

Son successeur à Djelfa, M. le capitaine Thomassin,

Grand amateur de chasse et de chevauchades , il com-

| … pléta le trio.

- Ce fut avec lui que nous accomplimes une course de soixante-douze lieues, qui ne fut interrompue que par

DE des nôtres à la saison de la troisième année. =

une nuit de bal que nous vinmes passer à Laghouat.

Jamais je n'ai vu de joie pareille à celle qu'éprouva le capitaine Thomassin quand il prit sa première autruche : cela tenait du délire et se traduisait par des danses et des chants de la plus haute fantaisie. — Comme il nous paraissait vrai alors ce proverbe des Mekhalifs : « Chasser l’autruche rajeunit! » surtout quand on la prend, cela va sans dire.

Il avait été convenu qu'il serait fait un tableau commémoratif de ce joyeux événement, avec notes, commentaires et musique d'une danse intitwée Le Pas de l’autruche.

Je ne sais si ce tabléau a jamais été mis sur le chevalet; mais ce dont je ne doute pas, c'est qu'il existe dans la mémoire de notre ami Thomassin, avec les personnages, le mouvement et la couleur qu'il avait à l'époque de sa conception. Ÿ

A cette troisième saison cssistèrent aussi quelques chefs indigènes de ma connaissance, de la subdivision de Miliana. 5

Un entre autres, Si-el-Habid, agha des Braz, vigoureux chasseur s’il en fut, était habitué à forcer le sanglier dans les courts espaces du Tell.

Il s'était imaginé, malgré nos conseils, qu'il fallait lancer son cheval à fond de train et lui donner de l'éperon sans trêve ni répit pour prendre les. autruches de haute lutte.

Si-el-Habib avait amené trois bons chevaux pour pouvoir courir à souhait; au troisième courre, il ne lui en restait plus : il les avait mis sur le flanc par suite de boiterie, d'effort de tendons et de fourbures.

Son serviteur, un de ces vieux domestiques affectionnés, à la parole libre, comme il en reste encore

Les ces tes DD à à di Cote ds

LA CHASSE À L'AUTRUCHE: | 105 dans les grandes familles arabes, en le voyant revenir à pied pour la troisièma fois, lui dit : « O seigneur Habib, tu as encore crevé ton dernier cheval ! Eh bien,

Le sanglier du Tell.

monte sur un chameau maintenant: c'est ainsi que je te raméènerai à tes femmes! »

Le bonhomme était très en colère; il ne comprenait pas que l'on pôt ainsi, de gaieté de cœur, sacrifier

PS Er PSE

trois chevaux de prix pour courir après de grosses v lailles, comme il appelait les autruches. #

Tout en regrettant la mésaventure de son maitre, nous ne nous attristions pas trop de ses jérémiades, nous comprenions, pour l'avoir éprouvée, la passion que Si-el-Habib avait pu mettre, comme hardi mais peu prudent cavalier, à courir ces trop intéressantes autruches.

Voir Naples et mourir! disait-on autrefois. Ce dicton est bien vieux et a fait son temps. — J'en propose un. pour notre époque, avec une variante de circonstance : chasser l’autruche et... vivre longtemps. pourrecommencer!!! Pourquoi mourir, quand on a mieux à faire ?.…

Page 1