‹ Chasses de l'Algérie et notes sur les Arabes du SudChapitre 18 sur 31 · A SR PT ET PCT · texte numérisé non relu

A SR PT ET PCT

Le maréchal Hugeaud

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| , EL une naïveté d'enfant, une ns, frs ‘Son hospitalité était prodigue : on disait qu'on ne savait qui l'emportait chez lui de l'homme de pe Mt ou de l'homme de tam ("). :

Je l'avais en affection pour ses bonnes qualités et sa . franchise de conduite vis-à-vis de notre domination, qu'il avait reconnue et adoptée sans arrière-pensée. 1

Souvent je prenais plaisir à lui faire raconter ses

avec les tribus hostiles, Blal, Beni-Chaïb, Oulad-Bessam , Beni-Lassen. Il leur avait tué dix-sept guerriers !

En revanche, il avait, comme souvenir d'elles, quatorze blessures graves, dont les cicatrices lui couvraient le corps.

Il ne lui restait que deux doigts mutilés de la main . gauche, mais il trouvait encore moyen de s'en servir comme d'une fourche, pour soutenir son fusil et viser, * Ek-Arbi était petit de taille, un peu voûté par l'âge; il avait un front proéminent et large, des yeux gris très vifs, enfoncés sous l'arcade sourcilière, le menton . en saillie et un grand nez qui cherchait à s’en rap- procher.

Ce qui frappait dans cette physionomie, c'était un . mélange d'énergie et de bonhomie qui rendait l'homme sympathique.

- Le Vieux de la Montagne, comme nous le nommions, . ne manquait jamais, quand des étrangers ou des personnages de distinction allaient visiter la forêt des …— cédres et déjeuner au rond-point, d'apporter un sente” F

… {"} Tadm, aliment, par extension kouskous. Le plus grand Le où l'on puisse faire de quelqu'un chez les Arabes, c'est de dire de lui EAN moula tadm, maître du tadm , hospitalier ; où moule berneé, maire ès la DER nn,

qu’il faisait rôtir et qu'il offrait avec la meilleure bonne . gràce. Ni Il était surtout ravi quand il y avait des dames. Il dépecait alors lui-même l'agneau avec ses doigts, selon la coutume arabe, et leur offrait les meilleurs morceaux, sans trop se préoccuper du peu d’orthodoxie du procédé. Il croyait au contraire se montrer très galant. C'est en adoucissant sa voix qu'il leur disait :, « Mangez ceci, mes filles ! le vieux El-Arbi a bien de la joie à vous recevoir. C’est peu de chose ce qu'il vous offre, mais c’est de bon cœur. » Et il y avait tant de simplicité dans ses manières, que les dames accep- . taient gracieusement, et s’arrangeaient de facon à lui __ faire croire qu’elles mangeaient de grand cœur ce qu'il leur offrait.

Si j'ai parlé un peu longuement du vieux El-Arbi, c’est que je voulais le faire connaître avant de raconter son aventure avec un lion.

Pendant les deux jours que j'étais resté chez lui, il y avait eu de grandes causeries, deshistoires dutemps passé.

Il y avait toujours cercle autour du bonhomme, dont la mémoire était richement pourvue et qui contait bien.

- Je savais son aventure, mais je voulais me la faire redire par lui.

A un moment donc où l'auditoire était nombreux et composé en partie d'hôtes étrangers à sa tribu, je lui dis : « O El-Arbi! comment se fait-il qu'un si vaillant homme que toi, si maître de son fusil, n'ait jamais chassé le lion ni cherché à se venger d’un animal qui lui enlève tous les jours des bœufs et des moutons ? »

Tu sais bien air yaun pacte entre mof et les Ms: que je ne puis ni ne dois les combattre, de quelque facon que ce soit !.… ”

» — Non! fis-je, je ne savais pas cela, et tu me feras grand plaisir de me le dire. Tes hôtes aussi en seront bien contents. » — Il n'y eut qu'une voix pour l’aflirmative.

El-Arbi, évidemment ravi d'avoir une pareille occa- 4

sion de placer son histoire favorite, se recueillit re

ques instants, puis entama le récit que l'on va bref

« Il y a bien des années de cela, mes enfants était du temps du bey Mohammed-el-Kebir. J'étais jeune alors, c'est à peine si le poil était levé sur ma figure. — Quoique l'on ne doive pas parler de soi et se vanter, je dois néanmoins vous dire que j'étais alors cité pour un

bon cavalier. — J'avais échangé des balles avec nos voi-

sins les Khobbazas et les Bethyas, ils savaient déjà que les miennes ne s'égaraient pas ; eux, de leur côté, m'avaient troué la peau, — voyez cette blessure à la jambe gauche et cette autre au cou. — J'avais reçu la première à la journée des Silos-des-Amandiers, et la seconde dans notre tombée (*) sur les troupeaux des Beni- Mahrez au Col-du-Dimanche (*); enfin je savais ce que c'était que le danger, mais je n'en avais nul souci : mes meilleurs jours étaient ceux où je faisais parler la poudre.

(‘) Teiha, TC Le subiles qu'ils font pour enlever les troupeaux de l'ennemi. La feihe ot. mouns importante que la r'asia. « €:

() Coi-du- Dimanche, traduction de Téniet -el -Häd.

» Une année, nous avions établi notre campement d'hiver à la Colline-des-Glands, sous Kef-el-Siga.

» C'était bien près de la forêt et des repaires du hoûche (!); mais nous étions alors en guerre ouverte avec les Beni-Chaïbet les gens du Ouarsenis, il n'aurait pas été prudent de rester en plaine en butte à leurs attaques; mieux valait être exposés à perdre quelque bétail par le fait des bêtes, que d'être M 4 raziés par nos ennemis.

» Ce que nous avions prévu toutefois arriva.

» Nous n'étions pas dans notre mécheta depuis deux semaines, que déjà nous avions eu trois bœufs de cassés et cinq ou six brebis enlevées par le lion, du milieu de notre douar, malgré les grands abatis d'arbres dont nous étions entourés.

» Mon père et mes oncles, que Dieu leur fasse miséricorde ! étaient très peinés de ces pertes; de plus, le sommeil avait quitté nos yeux; nous passions toutes nos nuits debout pour crier et éloigner l'ennemi, mais sans profit.

» Un matin, après avoir veillé, crié, lancé des tisons enflammés, et, malgré cela, avoir vu notre enceinte franchie, une nouvelle brebis enlevée, je sentis le sang bouillir en moi, et je me dis dans mon âme que nous ne pouvions vivre ainsi.

» J'excitai mon père, mes oncles et mes cousins.

(*) Hoüche, nom donné au lion par les Arabes de cette contrée ; il vient de haïcha, bête. Ils le désignent encore sous le nom de metelouf, égaré. J'ai remarqué que les Arabes qui avaient à redouter l’agression du lion ne l’appelaient jamais de son vrai nem, Sbd.

Ils ont la croyance que celui-ci comprend son nom de Shä et répond par sa présence, toujours fâcheuse, à ceux qui l’évoquent de cette manière.

Notre proverbe populaire : « Quand on parle du loup, on en voit la queue », a quelque analogie avec cette croyance. |

» mais nous pouvons espérer qu'avec linterventiohs os » Sidi - Boutouchent, nous parviendrons à le tuer ou u à » be de nous. »

: eus de la peine d'abord à décider mon père et mes | . — ils n'avaient jamais voulu s'attaquer aux | lions, dans la crainte de s'attirer leur inimitié. — Mais que pouvait-elle de plus? Je ne l’imaginais pas encore, et je pensais qu'il n'existait aucune raison pour les épargner à l'avenir.

» Je'fus appuyé dans mon idée par les femmes. — « Notre existence est devenue amère, dirent-elles; nos » petits-enfants maigrissent de peur. Ou chassez le » lion , où quittons ce campement de malheur. » » Quand les femmes eurent parlé, les idées furent retournées: tout le monde fut alors d'avis de charger le lion.

» L'aïat (') se fit entendre comme pour exciter au com- - bat. Les hommes se ceignirent et prirent leurs armes. Il nous en vint des douars voisins, qui étaient de nos parents et amis, et qui, apprenant notre résolution, voulurent se joindre à nous.

» Quand nous fûmes réunis, nous comptions vingtsix hommes, tous avec des fusils. Les femmes les plus alertes voulurent nous suivre pour assister au combat el nous encourager au besoin.

> » Nous nous mimes donc en marche, en invoquant Je marabout Sidi- Boutouchent; — pour mon compte, je

{*) Voir un des chapitres ci-après.

lui vouai une ouâda (‘) de mon plus beau bélier et de six djefnas de kouskous, si nous réussissions. +» Le lion qui avait mangé nos bestiaux dormait dans ES le fourré des Fernanes (?), — leur repaire de prédilection quand ils viennent dans le Kef-el-Siga. : :

» C'est là qu'il fallait aller le trouver. eee

» Notre plan était de nous mettre sur deux rangs, d'approcher à vingt pas du fourré, après avoir préalablement laissé les femmes sur un rocher en arrière, et de défier le lion pour le faire sortir; une fois en vue, de faire sur lui une décharge générale qui ne POUR manquer de le tuer raide.

» Tout cela bien convenu, nous approchâmes du ddr toir du lion, excités par les tzagr'itz (*) de nos femmes.

» Au premier rang étaient les hommes les plus valides

et les meilleurs tireurs. On s'arrêta comme il a été dit; à

les fusils furent armés et la crosse mise à l'épaule, M » J'appelai alors le lion et lui dis: « O0 mangeur de » bœufs, sors de ton repaire! Viens voir en face, ce | » hommes! C'est aujourd’hui le j joues du payement. » I ne répondit pas. 4 » Vous savez, mes seigneurs, qu'il en est quelquefois ‘4

ainsi, et qu'il faut répéter l'invitation pour faire sortir M

le lion. Je.la répétai donc en ajoutant : « Ne fais pas le 5: 4

() Ouäda, vœu. — Les Arabes en font souvent à leurs marabouts de

prédilection, quand ils entreprennent dés aventures difficiles ou quand ils 4

véulént la réalisation de choses qu'ils ont grandement à cœur. |

Le mouton immolé pour la ouâda et les plats de kouskous qui l'accompagnent sont mangés par les indigents, qui sont prévenus à l'avance du jour et du lieu où elle sera servie. — La djefna peut rassasier dix hommes.

() Fernanes, chênes-lièges.

(5) Tragr'itz, — sorte de cri aigu et modulé, prolongé jusqu’à ce que la voix vienne à manquer. — Ges cris excitatifs sont poussés par les femmes arabes dans les fêtes et dans les combats, ou bien encore devant un grand personnage, pour lui faire honneur,

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