LE VIEUX DE LA MONTAGNE
» chien! Si tu es un homme, sors, te dis-je! Viens à
La lion rugit encore une fois,
» nous !,..» Et, pour donner plus d'effet à mes paroles,
je lança, ainsi que quelques-uns de mes compagnons ,
des pierres dans l'endroit où nous pensions qu'il était » Oh! alors, mes enfants (et en disant cette phrase, El-Arbi oscillait sa tête de droite à gauche), si vo aviez vu cela! Le tonnerre se mit à parler par la bouche de ce lion, et comme un éclair il tomba devant npus. ON » Nos fusils partirent, mais il n'eut pas l'air de s’ en apercevoir. Il s'élança sur le groupe du milieu, qu'il prit dans ses pattes, et mit trois des nôtres sous lui, | mon cousin Ben-Meftah avec la tête fracassée, le fils de Ben-Smail avec la poitrine ouverte, et mon oncle Rabah, qui, par la protection du Prophète, n'avait pas de blessures graves, mais qui, se voyant sous le lion, nous criait : « O mes frères, délivrez-moil! Par la figure » de Dieu le Très-Haut, sauvez-moi de ce périll» : » Presque tout le monde avait fui en voyant ce que le lion avait fait des hommes; mais les femmes no firent honte, surtout celles qui avaient un parent parmi les trois qu'il avait couchés sous lui. Ma cousine Aïcha, qui devait être ma femme, pleurait et s’arrachait les cheveux en voyant son père Rabah dans cette position: Elle me criait : «El-Arbi, délivre-le! délivre-le, ou jamai » je ne te regarderai! — Je suis à toi!» m'écriai-je; et je m'avancai sur le lion pour le brûler avec mon fusi ne voulant pas le tirer de trop loin, dans la crainte de blesser les hommes qu'il tenait. II me laissa approch de trois pas; mais au moment où je l'ajustais à la têt il se redressa, et, d’un coup de patte, m’arracha mo fusil, dont il fit une faucille (*). Me trouvant ainsi désarmé, je me reculai d'un saut en arrière et me mis àM fuir ; mais l’affreux hoûche était sur mes pas. Je sentis
{*} Qu'il tordit en forme de fanc:lle.
qui avait été abattu et gisait sur le sol, je me jetai dessous juste au moment où le lion, pensant me joindre, avait levé ses deux pattes pour me saisir. M'étant brusquement dérobé sous l'arbre, il s'abattit sur celui-ci, en le mordant et le déchirant de ses griffes, comme si c'eût ete Ok =
» Vous voyez ma position, mes enfants! elle n'avait rien de bon. Mes parents, mes amis et les femmes s'égratignaient les joues en signe de deuil. On me croyait écharpé; j'entendais les lamentations que l’on faisait
mnt
» Pendant ce temps, le lion était en travers de l'arbre a moi dessous. Ses deux pattes de devant pendaient
| d'un côté, celles de derrière touchaient terre de l'autre. Îl sortait de sa gueule des grondements effroyables, . de l'écume et une odeur infecte. Il était haletant, j'en-
tendais soufller sa poitrine comme si elle eût contenu
la tempête.
» Comment cela finira-t-il? Voilà, mes seigneurs, ce que je pensais. Il n'y avait pas à compter sur le secours des hommes, ils avaient été terrifiés par ce qu'ils avaient
vu faire au lion. J'invoquai le Prophète {sur lui soit le
à salut!) et le grand saint de Dieu Sidi-Abd-el-Kader-el- . Djilani (). Ils eurent pitié de moi. Une inspiration
k me vint....J'avais entendu dire que le lion comprenait
Ja parole de l'homme et se laissait quelquefois atten- * drir. Je m 'adressai à lui de cette façon : « O sultan des
Eee 01 Sidi-Ab-el-Kader-el-Dilani est le plus grand saint de l'islam : les musulmans en
danger l'invoquent , et leur conviction sur l'efficacité ét la
| romptitde de sr apbenase el gr qu'il est toujours
peine le croyant a-1-il dit : « la Sidi-Abd-el-Kader! « ‘que celui-ci est Mt l'aide, el empêche le mal d'arriver, quand Dieu le
æL
» animaux! tu es le plus fort, sois généreux contre ton » ennemi vaincu. Si tu me laisses la vie, je prends Dieu » à témoin que jamais plus je ne m'attaquerai à toi, ni » à ceux de ta race. »
» Le lion, comme s’il m’eût compris et accepté le pacte, rugit encore une fois, puis quitta sa position de dessus l'arbre, et se retira lentement vers la forêt, en jetant de temps à autre un regard de mon côté.
Le lion.
» J'étais bien joyeux, comme vous pensez, de voir le lion s'éloigner, mais je n'osais sortir de dessous mon arbre pendant qu'il était en vue.
» Ce n’est que lorsqu'il fut rentré dans le bois et que je l'entendis dire par mes compagnons, que je me relevai et:me mis à courir vers eux, Comme si j'avais eu des ailes.
» Je fus accueilli par tous avec des cris d’étonnement et de joie.
de proposai d'aller relever les trois hommes qu ni avait: d'abord abattus. Quel spectacle, 6 envoyé de Dieu!.… Ben-Meftah était mort. sa tête était en fromage (‘)! — Ben-Smaïl vivait encore, mais il avait la poitrine | ouverte et devait mourir dans la journée; — enfin, mon oncle n'avait que des contusions, mais il avait été foulé par la poitrine du lion et se trouvait évanoui. » Nous dûmes les rapporter tous les trois à nos tentes, où les Jlamentations du deuil durèrent huit jours. » Voilà, mes enfants, ce qui est arrivé de moi avec le lion.
» J'ai eu bien de la peine d'avoir été cause de la mort de deux hommes : aussi, depuis ce jour, j'ai tenu parole... et jamais, quoiqu'il m'ait mangé bien des bœufs et des brebis, je n'ai songé à me battre de nouveau avec lui. C'était convenu, — on ne doit avoir qu'une seule parole. »
« Je sais bien, ajouta El-Arbi en manière de péroraison, qu'il y a des hommes qui tuent le lion comme si ce n'était qu'un chien, mais c'est par la permission de Dieu que cela arrive. C'est alors un don qui leur . est fait, ils ne peuvent en tirer vanité, parce que si Dieu ne s'en mélait, jamais ils ne vaincraient le lion. »
Cette histoire, dont le souvenir était resté dans la . mémoire des gens du pays, nous avait fortement inté- Nous en fimes compliment à El-Arbi-el-Hayäni, qui, sentencieux comme tous les vieillards, termina le récit et la réunion par cette maxime :
(") Je traduis exactement l'expression dont se servit E1-Arbi. Quoique un peu triviale en pareil cas, elle peint d'un mot ce que peut faire le lion d'un coup de patte.
«Il n’y a, mes enfants, de force et de puissance qu'avec l'aide de Dieu : tout passe en ce monde, lui seul est éternel!
» Allez avec le salut! »
CHASSE AU PAUCON
a chasse au faucon, en Algérie, est restée l'apanage ë " grandes familles du pays.
C'est un des principaux reliefs de la véritable aristocratie arabe. # Quelques parvenus ont essayé de se le donner; mais quand on les voit à l'œuvre avec le faucon, on s'aperçoit bien vite que ce noble oiseau ne leur est pas fami- … lier, et qu'il est déplacé entre leurs mains. C'est qu'en effet on ne s'improvise pas maitre en fauconnerie; c'est une science qu'il faut avoir longtemps étudiée ou posséder de tradition.
Les grandes familles de la province d'Alger qui se servent du faucon, et que les indigènes appellent Hell ekthiour, gens d'oiseaux, sont les suivantes :
Les Oulad-Mokhtar : : ÿ | Leurs meilleurs fauconniers sont : Mahiddine, og <: | Dis, Lakhdar.
Les Oulad-Chaïd :
Leurs meilleurs fauconniers sont les fils de Djédid.
Les Oulad-Nayls :
Leurs meilleurs fauconniers sont : Kouider-ben- Legbèche, Telli-ben-Lekhal.
Les Bou-Aïche :
Leurs meilleurs fauconniers sont : Slimen, Abd-el- Selam, Rahmoun.
Les Oulad-Aïssa :
Leurs meilleurs fauconniers sont : Si-Djelloul, Siben-Salem.
Les membres de ces familles djouades (*) chassent de père en fils; ils ont, pour les aider dans le service des faucons, des facons d’écuyers-fauconniers, plus particulièrement chargés de prendre les oiseaux de race, de faire leur éducation, de les nourrir, de les porter et d'aider à leur rappel quand on vole le lièvre ou l’outarde.
Il y a parmi ces gens, que l’on appelle bidzes, oiseleurs, des types d’une grande originalité; le fond de leur caractère est un amour-propre démesuré à l’endroit de leur science en fauconnerie.
Il y a deux sortes de faucons :
Les étrangers,
Les indigènes.
Les premiers sont préférés, ils sont très courageux et chassent aussi facilement la plume que le poil. Les fauconniers du moyen âge les appelaient sors; ils viennent le plus souvent de la Suède, de la Norvège et de Ja Finlande.
Ce sont des faucons de haut vol, genre gerfaut, avec lesquels on attaquait, au moyen âge, le héron, la grue, l'oie sauvage; etc.
(!) Djouades, noblesse militaire.
Le faucon indigène de l'Algérie est celui désigné en histoire naturelle sous le nom de lanier. Il est aussi très brave, et de haut vol; l'éducation développe ses qualités naturelles.
Pour prendre les faucons, les biâzes se servent de perdrix, de pigeons et de gangas.
Is enfeloppent ces volatiles d'un réseau de lacs et les mettent en vue en plein champ, ou les placent près des endroits où se remisent les oiseaux qu'ils veulent prendre.
Le faucon, en se précipitant sur ce qu'il croit être une proie, se prend les serres dans les lacs disposés à cet effet; il en détermine l'action en cherchant à emporter l'appät qui est attaché à une ficelle fixée à une pierre assez lourde pour ne pas étre enlevée,
Le biâze, qui est resté à l'affût, s'approche alors
avec précaution, s'empare du faucon, qu'il coiffe tout d'abord d’un chaperon pour lui ôter toute défense.
Il lui met ensuite de petites manchettes en cuir, auxquelles il attache des lanières de six à huit pieds de longueur, rattachées par leur autre extrémité au gant en cuir à la crispin que porte tout fauconnier lorsqu'il a son oiseau sur le poing.
Le dressage de l'oiseau de race se fait à peu près de la même manière qu'il est indiqué dans les anciens « Déduicts de fauconnerie » du roi Modus ou de Gaston Phœbus.
Trente ou quarante jours suffisent ordinairement pour amener le faucon à fondre, au milieu des gens et des chevaux, sur les lièvres et les outardes, à les prendre à pleine serre, à les tuer à à coups de bec, à obéir au cri de rappel, et enfin à venir se poser sur le leurre quand la proie a été manquée.
Chaque fauconnier élève plusieurs faucons, Ke lesquels il fait un choix des meilleurs.
Pendant la période d'éducation des oiseaux, des renseignements sont pris par les fauconniers sur le nombre et le degré de perfection des faucons de tel ou tel djouad. Une grande émulation, des rivalités, s'emparent de leur esprit. Souvent ces rivalités s’établissent entre les membres d’une même famille, il en résulte des défis et des paris sur le plus de force ou de sagacité qui sera déployé par tel ou tel oiseau.
On donne aux faucons des noms qui sont presque toujours ceux de leurs maitres, ou de personnages connus par leur bravoure et leurs prouesses.
La saison de chasse une fois terminée, la liberté leur
est rendue.
On leur met préalablement, quand ils ont du mérite, une marque à laquelle on puisse les reconnaitre plus tard; soit un anneau d’or ou d'argent autour d'une serre, avec un chiffre, ou des pointes de feu à la naissance du bec:
Faucons encapuchonnés,
Les faucons indigènes ne s'écartent guère des parages où ils naissent; on les retrouve et on ies reprend quelquefois plusieurs années de suite dans les mêmes endroits.
Quand un fauconnier capture un oiseau de race marqué d’un signe autre que le sien, il est tenu de le rendre à son propriétaire, s'il le connait.
Quelquefois néanmoins, et par exception, des fauconniers gardent d’une année à l’autre des oiseaux tout à fait hors ligne, auxquels ils se sont attachés.
La chasse se fait de la fin de novembre à la fin de février. |
Pendant ces trois mois d'hiver, l'oiseau de race a toute sa vigueur, ses plumes ont acquis tout leur développement; son appétit, qui est considérable, le stimuleëéncore.
Mais, vers le mois de mars, arrive la saison des amours, qui lui fait abandonner la chasse et son maitre , si, à ce moment, on ne lui rend sa liberté.
Quand les oiseaux de race sont dressés, et que le moment de s'en servir est venu, les djouades s'avancent, avec leurs familles, leurs clients, leurs serviteurs et leurs troupeaux, vers le Sahra.
C’est alors une grande joie pour tous, car cette région possède un attrait puissant qui agit sur toutes les organisations et sur tous les âges.
Vieillards, adultes, femmes, enfants, considèrent comme un jour de fête celui où 1ls quittent les pentes pluvieuses du Tell pour s’enfoncer dans le pays du soleil.
Les animaux eux-mêmessontaccessibles aux charmes de cette transhumance hivernale, qui leur promet un climat plus doux et des pâturages plus précoces.
Quand donc les campements sont établis en plein Sahra, que différentes régions ont été explorées, on commence la chasse, qui s'exerce uniquement sur les lièvres et les outardes.
On ne peut bien chasser au faucon que dans un pays découvert où le gibier, une fois lancé, peut presque toujours se voir, et où le faucon, en fondant sur sa proie, ne court aucun risque de se blesser.
ne Sn dt Sd à dis us AÙ
| gétation d'alfa ” d'armoise qui ne forme pas cÈns
stacles, sont essentiellement propices pour le vol. C'est vers, deux heures de l'après-midi que se fait ordinairement le départ de la chasse, parce que la
faim, qui est le principal stimulant des oiseaux de ‘race, ne se prononce que vers ce moment, quand ils
ont été repus la veille.
Les réunions pour le vol au faucon se COMpOREE presque toujours :
Des djouades ayant leur faucon favori sur le poing;
Des biâzes avec trois ou quatre faucons qu'il portent, un sur le poing gauche, un sur la tête et un sur chaque épaule ;
Des parents, étrangers ou invités ;
Enfin, d'un plus ou moins grand nombre de cavaliers et de serviteurs pour traquer et porter le gibier.
Le départ est plein d’entrain. L'Arabe, toujours grave dans tous les actes de sa vie, laisse voir dans ce moment-là une partie de la passion qui l'entraine.
Il est gai, il rit volontiers, ses gestes sont animés. I! fait caracoler son cheval devant les tentes du douar, où il sait que des yeux le regardent avec des sentiments qui ne sont pas ceux de l'indifférence ; il parle
à son faucon, lui demande s'il se comportera digne- . ment, s'il y a de lui, aujourd'hui.
Enfin tous se mettent en marche en invoquant le
nom de Dieu.
Quand on est arrivé sur le terrain où l'on compte trouver le gibier, on se forme sur une ligne un peu concave, les fauconniers au centre. Tous les assistants
sont répartis aux ailes et distancés entre eux de quel-
ques pas,
Au signal du chef qui dirige la chasse, la traque commence.
On marche au pas, on fait du bruit en frappant de l'éperon contre l’étrier et en criant de temps à autre à pleins poumons : kaou/ haou!
Les traqueurs agitent les pans de leurs burnous .
comme s'ils chassaient vivement des mouches. Ces gestes effrayent et font lever les lièvres.
On dirige les chevaux sur les touffes les plus épaisses d'alfa ou de chihh; on fouille celles-ci avec de grands bâtons à l'extrémité desquels est une petite fourche, pour prendre les lièvres au gîte ou les relancer quand ils s'arrêtent effrayés au milieu des traqueurs.
Enfin, chacun fait c: qu'il peut pour faire lever ces pauvres lièvres, qu'une sorte d’instinct semble prévenir des dangers qu'ils vont courir, et qui ne débusquent qu'à leur corps défendant.
Les faucons sont débarrassés des lanières qui retiennent leurs manchettes en cuir.
Ils sont portés sur le poing à la hauteur de l'épaule.
On leur laisse la tête couverte du chaperon; il n’est fait d'exception à cette règle que pour les vieux faucons, bien dressés, qui chassent de l’œil sur le poing de leur maitre.
Il y a avantage, dans ce cas, à déchaperonner l’oiseau, parce que sa vue est tellement percante qu'il découvre, bien avant l’homme, le gibier levé. Il fait alors des tentatives pour prendre son vol et attire l’attention du chasseur vers le point où 1l regarde.
Voilà à peu près tous les préliminaires du vol au faucon; je les ai amenés au point où l'action va commencer.
Comme j'ai beaucoup pratiqué cette chasse, je vais
prendre, dans mes souvenirs, une de celles qui ont été heureuses, et en faire le récit. Elle donnera une idée de cet exercice si particulièrement gai et plein de mouvement.
Pendant que je commandais le cercle de Laghouat, je Chassais au faucon tous les hivers.
Faucon,
Ce pays, dont j'ai parlé dans la chasse à l'autruche, est par excellence celui qui convient aussi pour le vol au faucon, parce qu'il s'y trouve beaucoup de lièvres et d'outardes,
On a le choix entre des plaines très dénudées et d'autres plus couvertes, où les difficultés sont plus grandes.
Ces dernières sont quelquefois préférées parce que le gibier s’y défend mieux et qu'il faut être cavalien
consommé pour suivre les oiseaux et le lièvre dans un
péle-méle de cavaliers entraînés par des mouvements rapides, des crochets brusques, avec des obstacles à franchir ou à éviter.
En 1857, j'avais pour agha des Oulad-D'hia, | dine-ben-Dhilis, neveu du fameux Ben-Aouda des Ou-: lad-Mokhtar, que j'ai déjà cité comme un des meilleurs fauconniers de l'Algérie. |
Connaissant sa passion pour le vol au faucon, je : l'avais mis en rivalité avec un caïd des Oulad-Nayls,— Kouider-ben-Legbèche, qui prétend n'avoir pas de second dans l’art de la fauconnerie.
Il avait été convenu, six mois à l'avance, que nous … ferions l'hiver suivant de grandes chasses avec les oi- ” seaux de race. L
Il m'avait en outre été proposé d'être juge pour décider qui aurait les meilleurs faucons, de Mahiddine ou de Kouider, et saurait le mieux s’en servir.
Comme cette proposition était grandement dans mes goûts, j'acceptai l'arbitrage.
Pour être plus sûr de l'exercer, j'avais eu soin de stimuler les deux biâzes rivaux au moment de la prise \ des faucons.
L'amour-propre, ce levier si puissant sur le caractère arabe, avait été mis en jeu. —.Je faisais savoir par intervalles, à l’un, que l'autre avait capturé plus M de faucons, faisait de plus grands progrès dans leur dressage , etc. ù “4
Il n'était pas besoin d'employer à outrance ce stimulant, car mes fauconniers, d'eux-mêmes, faisaient merveil.e. x
LA CHASSE AU FAUCON. 145 Mahiddine, campé près des Sebâa-Rouss, la montagne aux Sept-Têtes, qui borne au nord le pavs des
1à # ds à w: € L / e : À .
ile nu faucor
Chasse de ln Kaz
Oulad-Nayls, et à laquelle ce nom a été donné à cause de sa configuration, — avait pris, avec l'aide de son
116 LES CHASSES DE L'ALGÉRIE, fameux biâze, Mokhtar-el-Meguenni, huit faucons de la plus belle espèce du pays; deux, parmi ceux-ci, avaient ‘léjà chassé avec Mahiddine l’année précédente, et poraient sa marque. .
Kouider-ben-Legbèche, de son côté, avait pris six faucons dans le pays des daïas, entre Laghouat et le Mzab; — deux étaient des faucons sors, c’est-à-dire pèlerins ou voyageurs.
Inutile de dire que, dans l'éducation de ces oiseaux, rien n'avait été négligé par nos djouades; ils y avaient mis toute leur science.
Je fus prévenu à peu près en même temps par tous deux que les oiseaux étaient dressés et ne demandaient qu'à chasser.
J'indiquai aussitôt un point de réunion, en avant de
Laghouat, et, au jour fixé, nous nous rencontrâmes
sur le terrain de chasse.
Ce terrain, légèrement ondulé de dunes de sable, « couvert de drine (!) par endroits et dans d'autres très w plat, avec une végétation d'armoise, était peuplé de.
lièvres et d’outardes.
Notre réunion était nombreuse.
Le défi que s'étaient porté Mahiddine et Kouider était connu, on savait que je devais être juge du mé-" rite de chacun. — Bon nombre de chefs et de cavaliers” d'élite des Oulad-Nayls et des Larbas avaient denares à
à RM à la grande épreuve.
Les biâzes, de leur côté, avaient une suite respece | È
(,} Sorte de grand chiendent dont les chameaux et L is font leur <
nourriture.
tés sie à
HASSE au F AUGON.
Fa table ; d'aides, d'amis et de serviteurs; fort désireux de
jouir du triomphe de leurs patrons. :
Nous étions plus de soixante cavaliers bien montés
et pleins d’ardeur pour la chasse. — Nous avions nos. bagages et des provisions pour quinze jours. à
Le soir de notre réunion il y eut un grand conseil
pour adopter le plan de nos opérations ultérieures.
Il fut convenu d'abord que l'on ferait séjour le len-
demain, que tous les cavaliers et serviteurs de la suite | se mettraient, dans la matinée, à la recherche de quelques lièvres, qu'ils tâcheraient de prendre vivants au gite, afin d'achever l'éducation de trois ou quatre oiseaux qui n'avaient pas encore été lâchés sur Le vif.
Je remarquai que cette décision, prise sur la de-
mande simultanée des deux chefs, était une manière de se tâter réciproquement sur la force de leurs faucons et la manière dont ils avaient été dressés, Ils voulaient de cette première épreuve augurer des + ; réciproques de leurs succès à venir.
Dans cette occasion, j'eus toutes les peines du monde | à empêcher leurs fauconniers de se prendre à la gorge. — | Ce sont deux types qui méritent une mention partieu- | lière.
| L'un se nomme, comme je l'ai dit, El-Mokhtar-ben- . el-Meguenni. C'est un homme dont la réputation est fort connue dans le Sud, non-seulement comme biâze, mais comme voleur audacieux.
| On sait que cette qualité chez les Arabes, quand elle s'exerce dans certaines conditions de difficultésetde … périls, contre l'ennemi ou gens hostiles, n'est pas une cause de réprobation ; bien au contraire, c'est un que l'on fait d'un individu quand on dit de lui : « Un. tel! — c'est un homme; il vole au milieu des camps ,