‹ Chasses de l'Algérie et notes sur les Arabes du SudChapitre 20 sur 31 · RUE SECTE · texte numérisé non relu

RUE SECTE

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des armées, — il vole les chevaux, les chameaux, etc. »

Effectivement, il faut une singulière audace pour accomplir des rapts au milieu de gens armés, sur leurs gardes, et risquer vingt fois sa vie pour enlever un cheval ou des chameaux.

Le coup de maitre d’El-Mokhtar est Paulr, dans une nuit, volé (!) aux réguliers de l’émir Abd-el- Kader, lorsque ce dernier vint, en 1845, r’azier les Oulad-Chaïb, — ONZE CHEVAUX, — et tué trois cavaliers rouges qui s'étaient mis à sa poursuite.

El-Mokhtar a quarante ans, sa taille est moyenne mais bien charpentée, les os et les muscles y dominent. Il est très brun, avec des yeux expressifs. Ses traits seraient réguliers si une chute ne lui avait déprimé le nez.

Il monte à cheval de facon à réaliser la fiction du centaure. Quand il est lancé en chasse à toute vitesse, avec ses faucons aux ailes éployées sur le poing et sur la tête, il passe comme une évocation bizarre dont le tableau de Fromentin rend à peu près l'effet.

Une fois ses faucons lancés sur le lièvre ou l'outarde, El-Mokhtar devient ivre d'action, il encourage ou blâme ses oiseaux en termes énergiques, il oublie toute retenue, et, sans considération pour les personnages avec lesquels il se trouve, il débite un vocabulaire de mots impossibles.

Pour achever d’esquisser l’écuyer de Mahiddine, je vais rapporter un fait qui caractérise sa fanatique passion pour les oiseaux de race.

Un jour, étant à la recherche de faucons à prendre,

4*) Je conserve ici le mot arabe avec l’acception qu’il doit avoir selon eux, car c’est enlevé qu’il faudrait dire en qualifiant l'acte de ce moderne Spartiate,

de fractuosité d'un rocher taillé dc: à huit de ou dix mètres du sol.

1 fallait, pour prendre ce faucon, tendre les NS près de l'endroit où il passait la nuit. — Cela était extréape difficile, mais à force de volonté El- -Mokhtar y parvint.

Son opération toutefois n'avait été achevée que trés tard, et ce ne fut que le lendemain matin que l'oiseau * se prit, en se jetant à son réveil sur le pigeon appât.

Notre biâze, qui avait passé la nuit près de cet endroit et guettait l'événement, ne vit pas plus tôt Poiseau se débattre, qu'il s'élanca pour le prendre; mais il le fit avec tant de précipitation qu'il perdit tout point d'appui en le saisissant et tomba de la hauteur de l'aire du faucon.

La chute fut malencontreuse, il se cassa la clavicule et le bras gauche en deux endroits. “

Toutefois il ne perdit point la tête pour si peu, — CR conserva son oiseau intact. C'est ce qu'il voulait, même au détriment de ses membres.

Mais il fallait se tirer de là et retourner aux tentes.

El-Mokhtar se mit en marche, son bras gauche bak lant, t&ënant de la main droite son cher faucon. 3

Îl n'arriva chez lui qu'après avoir souffert une véritable torture, — moitié mort de douleur et de fatigue.

. On lui fit un premier pansement, on le coucha sur

une natte, et on envoya chercher le rebouteur de la

à tribu pour lui remettre ses fractures sa Pendant tout ce temps, il ne voulait pas abesdobalt

son Pnau: il prescrivit à sa femme de lui conne les

(} Femelle du lanier grande espèce.

manchettes, de lui mettre un chaperon et de lui attacher les lanières, — Cela fait, il lui dit : «O femme,

mets mon oiseau sur mon épaule malade, — c'est le:

véritable baume pour ma blessure!... — Vois comme il est fort et de belle prestance! — Je n’en ai jamais dressé de pareil. »

Il fallut faire sa volonté, et pendant tout le temps de son traitement El-Mokhtar donna son épaule pour perchoir au faucon, qui effectivement devint un véritable phénix dont il se servit pendant plusieurs années.

Aujourd'hui encore, il ne parle de son drem qu'avec attendrissement.

L'écuyer de Kouider-ben-Legbèche était loin d’avoir la vigueur physique de celui de Mahiddine. Abd-el-Kader-

* ben-Sahraoui, âgé au moins de soixante-dix ans, parlait le moins possible et presque toujours par monosyllabes. — C'était par gestes et par accident qu'il com-

. muniquait avec la gent humaine.

Ses faucons l’absorbaient entièrement.

A force de vivre en leur compagnie, il s'était identifié à eux, et comprenait, je crois, leur langage.

Sa physionomie était devenue celle d’un oiseau de proie : — nez proéminent et recourbé comme un bec

* d'aigle, yeux gros et saillants, d’un regard fixe et lointain. Les membres du vieillard s'étaient raidis dans la forme de perchoirs ambulants, asile ordinaire de ses oiseaux; ce qu'attestait encore la couleur de son burnous, illustré par de nombreuses maculations (°).

Abd-el-Kader, ancien serviteur des Legbèche, voyait dans son patron, Kouider, le représentant de la troi-

(‘) Les fauconniers arabes se font honneur de ces traces visibles du port de leurs oiseaux de race.

r grand art de: fauconnerie.

Pendant la discussion il s'abstint, tr %, son habi-

dude, de parler; — mais à la facon dont il regardait

les faucons ses élèves, et à un petit rire silencieux

comme celui du vieux trappeur de Cooper, — quiveæ nait parfois desserrer ses lèvres et montrer que sa

bouche était veuve de ses dents, — on voyait qu'il avait foi dans sa vieille expérience.

Ce fut El-Mokhtar qui, avec son humeur tant soit peu vantarde, commença l'escarmouche: il se voyait encouragé par nous, et se croyait sûr d'éclipser son rival. |

Ilcommenca d’un ton goguenard le dialogue suivant : Ez-Morurar. — O vieillard! on dit que tu es savant sur les oiseaux de race. Je ne suis qu'un enfant près de toi pour cette science, — je vais te faire des questions pour apprendre Asb-EL-KADER. — Parle.

Er-Mokurar. — Combien y a-t-il de sortes d'oiseaux de race?

Anb-EL-KapEn. — Question d'enfant ! Ec-Mokuran. — Dis toujours, je veux savoir, Apv-ELc-Kaper. — Cinq. El-Terchoun, El-Meguernéss, El-Arém, El-Kreloui, El-Bahri.

» Er-Moknran. — Vicillard, tu oublies les Terakell? - Ann-Ec-KapEn. — O ignorant! le Terakell ou l'Arèm, ce n'est qu'un.

Es-Mokuran. — Tu dis vrai. Quels sont les meilleurs? Auv-e1-Kanen. — Le Meguernèss pour le lièvre, l'A- -rèm pour l'outarde, et le Bahri pour les oiseaux de inarais.

Er-Moxurar. — Quels sont les meilleurs faucons? — ceux qui fondent de haut vol sur la proie, — ou la

suivent et la happent au passage ?

ABp-EL-KADER. — Question d'âne! — On ne parle que des oiseaux qui tombent du ciel sur la chasse, et non de ceux qui la suivent comme des chiens.

Ec-Moxnrar. — Avec quelle chair nourris-tu tes oiseaux ?

ABb-EL-KADER. — Avec du lièvre autant que possible, la chair donnée froide au début du dressage, et chaude à la fin.

Ez-Morurar. — Combien, à vieillard! te faut-il de temps pour dresser tes faucons? | 4

Abd-el-Kader, qui commence à être fatigué de tant … causer, du ton et du peu de portée des questions, répond d'un air de dédain : « Ma femme suffirait pour répondre à de pareilles niaiseries. — [l faut quarante … jours pour dresser les oiseaux, quarante-cinq au plus: « Voilà tout ce que tu sauras de moi. » 4

El-Mokhtar, froissé de la manière dont le traite le « vieillard, et croyant l'avoir pris en défaut parce qu'il a une autre méthode à lui, se met à rire aux éclats en ù s'écriant : « Ha! ha! ha! le vieux s'égare! — Quarante- « cinq jours pour dresser des oiseaux de race! quelle M plaisante histoire! C'était du temps de notre père Adam A que l'on fajsait ainsi. Vous venez de l'entendre, mes « seigneurs, le vieux radote, ou bien, malgré son âge, il 4 n'est qu'un apprenti, car il est bien prouvé qu'il nc « me faut, à moi, que huit jours pour dresser n'importe » quel oiseau de race. — Perdu le vieux ! il ne sait pas!.,. Aussi, je vous le demande par la figure du Prophète, « quelle prétention à ce vieux pâtre de vouloir tenir tête 4 à nous, gens d'oiseaux de père en grand-père? Cela, À

en vérité, ne se peut supporter et fait venir le rire. Hi hi hi! » Et El-Mokhtar de se tenir les côtes. Abd-el-Kader, se levant furieux et bégayant de colère : « Vous! Tellias (!)! vous n'êtes que des enfants pour les oiseaux, nos femmes en savent plus que vous! — Mes faucons reviennent toujours sur le leurre; les nôtres s'échappent comme des chiens qui ont volé un

> ru ‘ e 2” — : È ok. ».

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L'hallali,

os: je n'en fais pas plus de cas que cela! » Et le bon hommé fit le simulacre de toucher une de ses dents absentes avec l'ongle du pouce de la main droite, EL-Moxurar. — Ah! mes faucons sont des chiens! vieux tison de feu! Tu insultes mes enfants! — Vois! (‘y Tellias, gens du Tell, terme de mépris que donnent les Arabes no-

mades du Sahra à ceux de la région des céréales bien moins mobiles qu'eux, et, selon leurs appréciations, moins heureux.

si ce n'était à cause de ta barbe blanche et la présence de ces seigneurs, je rendrais vide la tente de ton père!

Arrivés à ce point d'exaspération, nos deux biâzes

se seraient fait un mauvais parti, si nous n’étions in-

tervenus.

« Assez! leur dis-je. Ce n'est pas sur des paroles qu'on peut juger de votre savoir et du mérite de vos méthodes, mais à l’œuvre. — A demain donc, et faites la paix avant de vous séparer. »

Je n'obtins qu'avec peine un semblant de réconciliation. Chaque parti, après cette scène, rejoignit ses tentes.

J'entendis El-Mokhtar monologuer en s’en allant : « Ah! vieux berger, je n'ai que des chiens! Tu verras demain, je couvrirai ta figure de confusion. »

De son côté, le vieux biâze murmurait : « Cet âne du Tell enfle son âme comme une outre; — certes, je le dégonflerai demain, par la bénédiction de cheikh Abdel-Kader ! »

J'ai raconté cette scène pour donner une idée de l'importance que les fauconniers mettent dans tout ce qui touche à leur art ou à leurs oiseaux.

Le lendemain, comme cela avait été convenu, nos gens se mirent en quête de lièvres.

Ils en rapportèrent trois, qu'ils prirent vivants au gite, avec le bâton fourchu.

Vers quatre heures de l'après-midi, je convoquai Mahiddine et Kouider. Ils arrivèrent avec chacun deux faucons, qui avaient besoin de la dernière épreuve du ‘ek’relia (1).

&) De k’ralli, laisser, — laisser aller sur le vif, sur le gibier qui fuit.

SE à AU FAUCON.

Les oiseaux | portés par El-Mokhtar et " vieil

, qui se firent de gros yeux en s'abordant.

Nous hits une petite plaine bien nette, près de tre bivouac, pour cette expérience, à laquelle tout monde voulut assister.

- Les deux biâzes furent placés sur la même ligne, un on sur le poing et l’autre sur l'épaule.

» Trois piétons, tenant chacun un lièvre vivant, se lacèrent à quelques pas en avant, ayant devant eux out * parcours de la petite plaine.

| Lesassistants furent rangés en demi-cercle en arrière. . Ces dispositions prises, je prévins les deux biäzes qu'ils lâcheraient alternativement leurs faucons, et seulement sur mon indication.

- Cela convenu, je fis signe à un des piétons de lâcher on lièvre.

… Lorsque celui-ci eut vingt pas d'avance, je dis à Abd- 1-Kader de lancer un de ses faucons, ce qu'il fit aussitôt, après l'avoir déchaperonné.

… Le vieux rusé, qui avait son idée , avait jugé à propos d » ne donner le vol qu'au moins bon. Cet oiseau était igre et maladif, il fit quelques passes de haut en sur le lièvre, mais sans le toucher. — Comme je s que ce dernier gagnait du terrain, je criai à Elokhtar de laisser aller son faucon.

* 11 n'attendait que mon signal. — Son oiseau déchapéronné à l'avance avait la vue du lièvre; il partit somme une flèche, s'éleva de 60 pieds en l'air, et fondil sur le malheureux quadrupède, auquel il fendit l'oeille d’un coup d'ongle en passant sur sa tête, l'ccait un assez joli début; le lièvre effaré revint sur 1 s. Toute l'assistance poussa un eik4/ de satisfnc-

n et d'encouragement.

Le faucon de El-Mokhtar s’éleva de nouveau dan! l'air et descendit, comme la première fois, sur le lièv qui venait chercher un refuge au milieu de nous, €

Cr

qu'il manqua à cause de cela ; mais à la troisième passe: il l’accrocha par la tête et roula avec lui dans l'arène.

Ce n'était pas mal pour un coup d'essai. On is fort.

El-Mokhtar, tout joyeux, vint l’arracher de dessus sa victime, qu'il saigna. Il fit boire de sang tout chaud à l’ seau, et lui donn

chair palpitante, que celui-ci absorba ave une gloutonnerie d bon augure.

Cela fait, El-Mokh tar lui remit le chape Luëvre. ron, et revint commt

un triomphateu

prendre sa place près d'Abd-el-Kader, dont le faucot avait failli et disparu, aux bruyantes huées des parti sans de Mähiddine. s Le vieux semblait leur donner gain de cause, parc qu'il n'avait fait aucun effort pour le rappeler. La première émotion calmée, je fis lancer le secon lièvre et signe un peu après à El-Mokhtar de lâche son autre oiseau. À Celui-ci, moins bon, ou moins avancé en éducatioi que le premier, vola mollement sur le lièvre, qu'il ef fleura à peine dans plusieurs passes.

Il était temps de lui envoyer du renfort, car le liè

1er me ent son oiseau. Celui-ci resta trois ou quatre seconde: à examiner la situation, puis, voyant le lièvre, il s'énvola dans sa direction en le gagnant au vent. Nous étions tous indécis sur ce qu'il allait faire, car il ne paraissait pas prendre ardeur à la chasse.

” Nous ne fûmes pas longtemps dans le doute. Ce noble oiseau, ayant apparemment assez gagné à l'a- ‘vant, se retourna en l'air et fondit comme un trait sur Je crâne de la paume de sa serre droite.

Ce coup fut merveilleux.

Le lièvre resta foudroyé sur place, la tête brisée, dis que l'oiseau, après l'avoir touché, s'était de nouveau élevé dans l'air, comme une balle élastique qui aurait violemment frappé la terre.

Voyant le lièvre sans mouvement, il s'abattit sur lui et se mit en devoir de lui manger les veux, — comme | fait toujours un faucon bien appris.

A cette vue, il y eut enthousiasme général, — l'oi- | seau fut vanté par tous, sans exception.

- Kouider rayonnait. — Plus ingambe que son vieil écuyer, il courut reprendre le faucon. Pendant ce temps, le bonhomme tâchait de conserver une apparence calme; mais son rire silencieux et ses yeux bril- ‘ ants de satisfaction en disaient plus que des paroles. Restait un lièvre, très vivace et très gros.

Je prévins El-Mokhtar et Abd-el-Kader qu'on allait Je lancer, que celte fois on ne lui ferait aucune lé- L on (*), que tous les faucons seraient déchaperonnés

À (*) On avait un peu tordu une patte aux deux premiers afin de leur ôter | de leur vitesse, ainsi que cela se lait quand on lèche pour la première fois à oiseaux sur le vif,

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et lachés en même temps sur lui quand il aurait gagné quarante pas au large.

L’attention redoubla à cette dernière épreuve, qui était décisive.

Le lièvre fut donc lancé, et les oiseaux aussi lorsqu'il eut suffisamment d'avance.

Les deux faucons d’'El-Mokhtar volèrent à sa poursuite; mais, n'ayant pas assez d'expérience, ils suivirent le lièvre en rasant terre et essayèrent de le prendre à la nuque avec leurs serres. Ce dernier se défendait en faisant des crochets très brusques qui les déroutait.

Ils n’eurent pas, du reste, à faire de nombreuses: tentatives; le faucon d’Abd-el-Kader s'éleva au vent, comme il avait déjà fait la première fois, et, sûr dd lui, il fondit de très haut sur le lièvre en venant à sa rencontre. Cette fois le choc fut tellement rude et peu mesuré, que les deux combattants roulèrent dans le sable : le lièvre tué raide d’un côté, et l'oiseau, de l’autre, évanoui par la force du coup. ï

I n'y eut qu'un cri et qu'un mouvement spontané parmi tous les assistants. — Nous courûmes vers les deux adversaires, qui ne donnaient plus signe de vies

Kouider-ben-Legbèche, qui nous devançait, s'arra= chait la barbe &e désespoir : «O mon oiseau! disait-ils je porterai ton deuil. — Qu'est-ce que j'ai fait à Dieu, pour qu'il m'envoie cette épreuve ! » É

Heureusement le faucon n'était qu'étourdi. Dès que son maître l’eut repris dans ses mains, il rouvril led] yeux et revint à lui; quelques minutes après, il n'y Ne raissait plus.

Kouider et son vieil écuyer en pleuraient presque de joie. Le premier me dit : « Je n'ai pas encore donné de

et

Fe

ent son nom.

Ce dénouement avait, selon l'expression du vieux

Je relevai le moral de ceux-ci en leur rappelant que nous n'avions pas encore commencé la chasse sérieuse, que l'avenir leur réservait des compensations , que le lendemain surtout devait être un grand jour.

Ce lendemain désiré par tous arriva enfin. A deux heures de l'après-midi nous étions à cheval.

Je répartis notre monde en deux bandes de vingt-

des conditions également avantageuses pour les deux Les fauconniers furent placés au centre comme d'haude, Mahiddine avec cinq faucons et Kouider avec quatre. — Chaque oiseau était porté individuellement jour-là par les maitres, les biâzes et les aides-fauconniers, afin de pouvoir les mettre tous en action si- -multanément si on le jugeait à propos.

… Nous nous mimes en marche, après avoir pris des

AD ae un DO T mare ; le jaune est la

quelqu'un, c'est le couvrir de

tion, le rouge est la couleur de l'honneur, des beaux sentila figure de quelqu'un, c'est l'honorer, le distinguer et le

à ce Cest un bahri (), il vient, comme a ts de l'autre côté de la mer; je vais l'appeler, enton honneur, 18 Cowmanpanr, — et tu vois qu'il portera

FE

Je répondis que j'étais très flatté, que désotmais je ke “ rivrais avec intérêt les prouesses de mon homonyme.

biâze, jauni (?) les figures d'El-Mokhtar et de ceux des Ra

inq cavaliers, afin que la traque pôt s'effectuer dans '

points de direction et être convenus du pays que nous allions parcourir.

La traque en ligne par des cavaliers ayant le faucon sur le poing et montés sur de beaux chevaux que I: chasse anime à un grand cachet d'originalité, qui constitue déjà un spectacle intéressant.

Les interpellations, les cris des chasseurs, les apostrophes adressées aux lièvres qui gardent le gite, maintiennent hommes, chevaux et oiseaux dans un éveil surexcité.

« Hé! un tel, fouille ces touffes à ta gauche. — Mohammed , retiens ton cheval. — Avance-toi, Lakhdar ! — Il n’y à donc plus de lièvres! — Par Sidi-Aïssa, le Saint de Dieu, je n’ai jamais vu un pays aussi vide! — Où se cachent-ls? — Haou, haou! — Brr! Brr! — Hé! fils du péché, levez-vous! — Votre jour est arrivé!... — Vous devez finir entre les sabots de nos chevaux et les serres de nos oiseaux. »

Nous marchions ainsi depuis un quart d'heure, battant l’alfa, le drine et le chihh, lorsque deux lièvres débusquèrent en avant des fauconniers.

Aux cris de : Le voilà! lèvre! lièvre! les biàzes déchaperonnèrent d'abord deux, —quatre, —puis six faucons.

C'était un magnifique lancer. L’alfa était assez fourni pour offrir des refuges momentanés aux lièvres et dérouter les faucons. Ces braves oiseaux faisaient merveille, excités par les cris de leur maitre et une ‘ardeur longtemps contenue. Ils s’élevaient dans le ciel avec la rapidité d'une flèche, puis fondaient, comme des aigles, sur les lièvres qui, ayant perdu la tête, couraient en tous sens, cherchant à percer le cerele mouvant qui les entourait et à se dérober à la poursuite acharnée des oiseaux.

LA CHASSE AU FAUCON. © 161 Il faut voir l'animation d’un pareil courre, ou mieux d'un pareil vol. ÿ

Cavaliers, lièvres, oiseaux, se croisent, se coupent, se heurtent à toute allure, à toute vitesse; — c'est un tourbillon, une course échevelée, accomplie par des

possédés qui hurlent, crient, gesticulent , appellent sur

tous les tons.

PPS TOR ET |

Chasse du lièvre au faucon,

Dans ce brouhaha domine le rappel aigu des fauconniers, pour les oiseaux qui s'égarent : « Ouihh! — Ouihh ! » et les exclamations de joie quand ils frappent bien :

«Oui! — Oui! — Force! — Vigueur ! à mon oiseau, — mon oiseau bleu! Tu es mon fils chéri! — En voilà un beau coup ! — C'est le mien qui l'a frappé !— Non, tu mens, c'est le mien! — Si! — Non! — C'est

Mahiddine (*), te dis-je. — C'est Kouider, le rouge! — Non, c'est LE COMMANDANT; c’est l'oiseau marin que rien n'effraye ! — Hein! comme il pleut sur le lièvre, dont la destinée est accomplie ! — El-Mokhtar, rappelle donc tes chiens qui s'égarent. — Tu mens! ce sont les tiens quisont aveugles et ont besoin que Lu aboiïes pour

leur annoncer la curée ! — Ici, mes fils, — c’est le jour de la vérité! — Que les braves se montrent! — Ouibh! ouihh! — Haou!..… haou!... — Vous n'êtes

donc plus mes enfants !... Ah! si, par Dieu! je vous reconnais à ce coup! Haou !... haou! —Il l’a pris, il l'a pris, mon oiseau! c'est mon oiseau! — Tu ris? c'est le mien qui l’a assommé ! — Non! c’est Mahiddine qui le tient par la tête! — Menteur! — Chien! au large, au large!» Et les biàäzes et les aides-fauconniers se gourment entre eux pour se convaincre réciproquement.

Nos deux lièvres s'étaient fait chasser six ou huit minutes; — ils vinrent plusieurs fois chercher refuge contre les faucons jusque sous le ventre de nos chevaux.

Nous étions alors obligés de les pousser du bâton pour les relancer, car l’effroi qu'ils ont des oiseaux est plus grand que celui de l’homme et des autres animaux.

Ils furent pris presque au même moment, — un par les faucons de Mahiddine, et l'autre par ceux de Kouider.

Le plaisir est d'autant plus grand que les oiseaux chassent longtemps.

C'est un spectacle qui exalte au possible, que celui de plusieurs faucons qui fondent en cascade, l’un après l'autre, sur le lièvre.

{*) L'oiseau qui porte le nom de son maïtre.

Quelquefois A dl ast tué da premier coup, Le plus otro! après plusieurs passes de haut en bas.

Il arrive aussi que le lièvre est pris de bas vol par un faucon qui rase terre et qui, s'accrochant de la serre à la tête, boule avec lui par la force d'impulsion,

EC cramponnent à la malheureuse bête, qui pousse des cris plaintifs; ils forment avec elle une pelote mouvante dans laquelle on ne distingue plus qu'un fouillis d'ailes, de pattes, de plumes et de poil. — Puis arri- vent les fauconniers qui séparent les combattants, car les faucons, animés par la poursuite, s'attaquent sou- vent entre eux et se déchirent à coups de bec et à étreintes de serres. — Chacun alors reprend le sien et ‘ Je chaperonne.

Le faucon qui a tué ou pris le lièvre obtient une petite curée, c'est-à-dire qu'on lui donne une ou déux becquées de chair chaude et saignante, pour le récompenser el le tenir en haleine.

Quand, ce qui est rare, le lièvre parvient à s'échapper, on rappelle les faucons par les cris prolongés et aigus de : ouihh/ ouihh! et en leur montrant ou en leur jetant le leurre, sur lequel ils viennent presque

toujours se poser quand ils sont bien dressés.

= Pendant la chasse, si un aigle apparait, quelque - éloigné qu'il soit du théâtre de l'action, on rappelle les ” faucons et on les chaperonne, parce que l'effroi qu'ils . ont de l'aigle les fait fuir et les rend sourds, la plupart du temps, aux cris de rappel.

Aussi l'aigle est-il l'ennemi intime de tous les fau- | conniers. Combien de fois ceux-ci m'ont-ils prié de Lirer sur ceux qui venaient à portée de fusil! — Quand j'en tuais un, il était mangé avec avidité par les biñzes,

Les autres faucons arrivent alors à la rescousse, se à

qui l'injuriaient encore après sa mort : « Voleur, fils du péché! tu voulais manger mes enfants! — c’est moi qui te mangerai grillé sur le feu ! »

Après la réussite de notre première capture, nous continuâmes notre chasse, qui fut très heureuse et très animée. — Vers quatre heures et demie du soir, nous comptions dix-huit lièvres de pris.

Toutes ces prises n'avaient pas eu lieu sans contestation : — à propos d’un lièvre tué par deux faucons appartenant, un à El- Mokhtar et l'autre à Abd-el-Kader, ces deux rivaux faillirent en venir aux mains. Ils avaient simultanément saisi l'animal par une palte, et, à force de tirer chacun dans son sens, ils l'avaient lacéré et s'en jetaient les morceaux à la tête.

Quand je vins les séparer, je leur fis honte de leur emportement et parvins, à force de compliments répartis le plus consciencieusement possible, à calmer leur susceptible antagonisme.

Comme nous avions assez de lièvres, je proposai de retourner vers nos tentes et de chasser, chemin faisant, quelques outardes que nous avions apercues pendant la chasse, mais sur lesquelles nous n'avions pas voulu lancer nos oiseaux.

RE ei ASSE Au FAUCON. Rate i $ ‘C'est un NE que les fauconniers entreprennet “ mais sans appréhension. #4 = Tous les faucons ne sont pas aptes k prendre l'ou- l'ou- tarde, qui se défend à terre et qui, par son vol puis. sant, les entraine et les perd souvent. FETE . Mahiddine et Kouider, qui, en gens bien élevés,

étaient restés en bons termes, malgré l'animosité réci-

proque de leurs écuyers, se grattèrent l'oreille à ma proposition. — Mais comme, en résumé, le vol à l'outarde entrait dans notre programme, il fut convenu qu'on déchaperonnerait pour celui-ci deux faucons seulement, — à la grâce de Dieu! Nous fûmes servis à souhait : à moitié chemin de notre bivouac, nous tombâmes sur une bandede quinze outardes (!) qui piétaient à cent cinquante mètres en avant de nous.

Les deux faucons désignés furent déchaperonnés, élevés sur le poing, et aperçurent bientôt celles-ci, Un seul fut lâché d'abord.

__ Les outardes, en voyant arriver l'oiseau sur elles, se réunirent en un groupe à la façon des bœufs attaqués par un loup; elles firent tête en hérissant leurs colle- rettes, en étalant leurs ailes et en faisant des haut et bas-le-corps comme des coqs de combat.

Chaque fois que le faucon passait.sur elles, elles se rasaient à terre pour se relever ensuite et faire face à . l'agresseur, Voyant que le faucon seul n'osait attaquer __ Srieusement la bande, nous lâchâmes le second. A ce renfort, les outardes, qui se sentirent entre . deux attaques, eurent peur et s'envolèrent dans toutes Jes directions.

{"} L'outarde du Sabra est celle que Buffon din HE 5 tre upée d'a, genre howubara, RE

Le premier faucon lâché, qui avait l’altitude et le vent favorable, profita de sa position pour fondre sur une outarde qui vint à passer au-dessous de lui; il fut assez heureux pour lui casser l'aile droite du premier coup de serre, et l’abattre. Elle n'avait pas touché térre, qu'il l’avait saisie par le cou et tombait avec elle en conservant son avantage, c’est-à-dire le dessus.

Ceci est très important, parce que l’outarde à la vilenie de salir le faucon quand elle l’a sous elle ou à sa portée.

C'est une défense suprême et très efficace que la nature lui a donnée là.

Quand cette défense est employée à propos, le faucon, qui recoit le jet liquide et corrosif, en est aveuglé, ses plumes sont mouillées, et il est obligé de lâcher sa proie.

S'il n'est pas lavé à l'instant avec de l’eau, il est hors de service pour le reste de la saison, la matière lancée par l’outarde ayant la propriété de coller les plumes et de ternir la vue.

Le second faucon fut moins heureux que le premier ; devancé par les outardes, il fit vainement tous ses efforts pour les rejoindre, et n'y put réussir.

Après plus de deux lieues de poursuite, il allait s’égarer quand son maître, Kouider-ben-Legbèche, qui l'avait suivi à distance, arriva assez près pour lui faire entendre le cri de rappel et lui jeter le leurre.

Il le reprit de cette façon et nous rejoignit après notre rentrée aux tentes, fort satisfait d’avoir reconquis son oiseau.

Le vol de l’outarde offre plus d'intérêt encore que celui du lièvre, en raison de l'attaque et de la défense, qui sont plus sérieuses, — et de la rareté de ces ma-

à ten ser. qui ont, avec un superbe plumage,

une chair exquise.

Voilà le récit de notre première journée.

. Le surlendemain, nous primes sept outardes. Ce fut notre plus grand triomphe sur ces superbes gallinacés; mais il fut payé chèrement : la perte de

deux faucons, l'un effrayé par l'aigle, et l'autre en- '

trainé bien loin par la poursuite et égaré.

Pendant quinze jours, nous avons chassé avec des chances diverses, mais toujours avec des captures plus ou moins grandes de lièvres ou d'outardes.

Souvent je fus sollicité par Mahiddine et Kouider de me prononcer sur la valeur de leurs faucons.

Cela arrivait, comme on le devine, toutes les fois - qu'une suite de beaux coups avait été accomplie par les oiseaux de tel ou tel parti; mais je m'en défendis, remettant toujours la sentence décisive à l'issue de la chasse,

Quand elle arriva enfin, je déclarai, dans la réunion des adieux, que Mahiddine et Kouider étaient des fauconniers incomparables, que leurs oiseaux de race étaient les meilleurs que j'avais vus voler; que leurs . biâzes, El-Mokhtar et Abd-el-Kader, quoique ayant des - méthodes différentes pour le dressage, étaient des oiseleurs du premier mérite; enfin que bêtes et gens s'é- … lient admirablement conduits; que nous n'avionsqu'à remercier Dieu de nous avoir préservés d'accidents, et à lui demander de nous donner tous les ans une si bonne saison de chasse.

faire de mécontents en donnant la palme à un parti au détriment de l'autre. | J'eus soin toutefois, en particulier, de nuancer mon

C'était la vérité, et, de plus, je n'aurais pas voulu F

opinion, et je tiens pour assuré que l'amour-propre de mes fauconniers aura su en tirer parti pour se décerner respectivement le premier rang; —#c'est une satisfaction qu'ils n'auront eu garde de se refuser.

En terminant ce récit, j'affirmerai encore que le courre de l’autruche et le vol aux faucons sont les-chasses les plus attrayantes que l'on puisse faire en ce monde,

Elles rajeunissent, disent les adeptes, et je le crois

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Outarde.

sans peine, en raison du plaisir intense qu’elles donnent, en même temps qu'elles poussent au maximum d'action toutes les facultés locomotives.

Les fauconniers ont des chants pour leurs oiseaux de race.

Chaque biâze, du reste, est un peu diseur. — Dans les longues nuits du dressage et pendant la chasse, il

Ou an th'orbi fa arneb el- mikhrouda?

Ou sin ell'eihi Ja oum el -houbara ?

Ma infakoum , la djenah, la kora. CE:

En cha Allah temsou fi yed el-derria! QE Ouihh ! ouihh! Haou ! haou! LA

Ni ut. à lièvre bientôt pris?

Où tomberas-tu, à la mère des outardes ?

ls ne vous sufliront pas, vos ailes et vos pieds!

S'il plait à Dieu, Vos Que ER PRE mes ent

3 pot etc.

Men, y ferrah benat archi?

Men y hammeur oudj khrouti?

Men ibièn khresselet khreili ?

Men, men hemoum denia inessi?

Ouihh ! ete.

Qui donne la joie aux filles de ma tribu ?

Qui rougit la figure de mes frères?

Qui fait paraître les vertus de mes chevaux ?

Qui des maux de ce monde donne l'oubli?

Ouihh! ete.

Theiri! their el-Sahra el-kerim!

Fdhôl Allah el-adhim !

Nechekerek ïa ouldi ala el - daïm.

N'haar maäk, men ïam el- djenna, ida makount naïm! Ouihh ! ouihh! Haou! haou!

C’est mon oiseau, l'oiseau du désert, le généreux !

Présent de Dieu le fort! le très haut!

Je te louerai, Ô mon fils, sans cesse ni répit,

Un jour avec toi est un de ceux du Paradis, si je ne suis en rêve! Ouihh* ouihh! Haou! haou!

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