MIRAGE — PRÉSAGES — DIVINATIONS
service et qu'il a faits ses auxiliaires dans le pèlerinage de la vie, il y en a de plus particulièrement utiles, dont il ne saurait se passer dans certaines conditions d'existence.
Tels sont les chameaux (‘) pour les peuples nomades et pasteurs qui vivent dans les régions désertes. | Pour ne parler que du Sahra de l'Algérie, que nos colonnes ont traversé tant de fois en sondant ses mystères, on peut dire que les chameaux y sont en si grande estime, qu'elle approche de la vénération; etil faut reconnaitre que ce sentiment se trouve justifié par
(9 C'est dromadaires qu'il faudrait dire en parlant de l'espèce que l'an . tencontre en Algérie.
Parmi les animaux que l'homme a assujettis à son
les services constants, exceptionnels, que Les chameaux rendent à leurs possesseurs.
C'est grâce à ces excellents animaux que les nomades mènent celte existence si libre, si indépendante, et s’affranchissent de certaines misères qui pèsent sur les citadins, même les plus civilisés.
Certes, il n’est pas facile de convaincre des Francais,
Caravane.
des Anglais, des Allemands et tant d'autres, — qui se croient avec quelque raison à la tête du progrès humanitaire, — qu'il y a un très grand charme dans cette antique existence des Arabes pasteurs.
Cependant rien n’est plus vrai : c’est la conviction de tous les Européens qui ont pu en jouir accidentellement. — Tout en reconnaissant qu’ils ne sont peutêtre pas aptes à la mener toujours, ils comprennent J'attachement passionné qu'elle inspire aux nomades.
qui ne sauraient en être privés sans tomber en nostalgie. |
Combien de fois avons-nous vu de ces Sahariens, amenés par leurs affaires dans le Tell et dans les villes, s'y trouver à la gène, embarrassés de leurs mouvements, se heurter à toutes les défenses et confraintes que les
La rentrée des chameaux
agglomérations humaines accumulent sur d'étroits espaces.
Chaque pas était pour eux un non-sens, un étonnement ou une déception. — Tout les comprimait dans un pareil milieu, aussi bien ce qui devait exciter leur admiration que les choses qui les froissaient, — Et c'élait avec la joie de la délivrance, comme celle qu'éprouve le prisonnier que l'on rend à la liberté, qu'ils reprenaient , radieux, le chemin de l'espace, du pays où l’on respire à pleine poitrine « l'air du bon Dieu, »
Eh bien, cette existence si large, que bien souvent ils préfèrent mourir que de la perdre, les Arabes ne peuvent la mener qu'avec leurs chameaux, seuls véhicules possibles dans le Sahra. — Aussi on comprend que ces indispensables moteurs de la vie au désert soient l’objet d’un culte tout particulier.
Ce sont les chameaux qui portent la tente, les bagages, les provisions, les femmes, les enfants, les vieillards, les éclopés.
C'est grâce à eux que les Arabes vivent dans le pays de la soif, en les envoyant chercher l’eau à des distances de vingt et trente lieues du point où ils ont planté leurs tentes, et peuvent rester ainsi des saisons entières dans les régions de pacage où s’engraissent el foisonnent leurs troupeaux de brebis.
Ce sont les chameaux qui vont chercher le blé et l'orge dans les pays qui en produisent, — qui chargent, dans les ksours, les tissus fabriqués, les dattes, etc., servant au commerce d'échange.
C'est avec eux que les Arabes se dérobent à l'ennemi par de longues marches, et évitent le plus souvent d'en être atteints. Cela faisant, ils donnent leur lait si substantiel pour lalimentation des gens et des chevaux.
Aussi les chameaux sont-ils en grand honneur chez les Arabes. De tout temps les plus grands poètes les ont chantés : — on les retrouve dans les Woallakat (1), dans le poème d’Antar et dans le Coran lui-même. — Mohammed n’avait-il pas une chamelle pour monture favorite? :
l'importance de la race caméline depuis cette époque
(:} Poèmes sacrés qui méritèrent d’être accrochés | d’où vient leur nom) à la Koubba vénérée de la Mecque, pour leur incomparable beauté.
un peu snioiodnd, mais elle a hole ntie, et dans notre Sud il est facile de voir que le mot Ibel (1) ne laisse personne indifférent. C'est une gloire de conquérir les chameaux; c'est une honte de les laisser prendre. EE: 1 =! Les plus braves parmi les guerriers du Sahra s'enor- | gueillissent d’être appelés Fersan-el-Bel, cavaliers des chameaux.
L, C'est effectivement près de ceux-ci que se livrent les
plus rudes combats, soit à l'attaque, soit à la défense. | — Ces scènes de guerre sont rendues plus acharnées encore par la présence des femmes montées dans les
… atâtiches (?), d'où elles excitent les combattants par
leurs louanges où leur improbation.
Quand on dit d'un guerrier : Un tel sauve les cha- . meaux (*), c'est-à-dire les préserve de la prise au jour __ de la poudre, ou les reprend s'ils ont été conquis, — : on a résumé tout ce qui peut être dit sur l'homme le | plus brave.
Khraïin-el-Bel, voleur de chameaux, est aussi un surnom élogieux pour celui qui se livre à cette aventu- reuse entreprise; les chameaux sont toujours gardés en temps de guerre par les cavaliers les plus vigoureux de la tribu.
La poursuite des voleurs est acharnée et meurtrière ; on s'y bat pour tout de bon.
Le chameau est considéré en outre comme Z'ahr (+), c'est-à-dire comme ne communiquant pas la souillure. Lite générique des chameaux, particulièrement un troupeau de 80 à + (*} Palanquins spécialement portés par les chameaux et dans lesquels s8 placent les femmes et les enfants.
- 4 Fldne, Fak-el-Del.
{*) T'ahr, en état de pureté, Ainsi, son urine, st elle atteint les vêle=
Aux funérailles des grands, pendant les quarante ou
Atàtiche.
soixante jours de lamentations publiques qui les sui-
ments de l’homme, ne souille pas, et l'on peut prier avec, sans être obligé
de les laver préalablement.
Les crottins de chameaux sont recueillis comme combustible, ils servent
à faire cuire les aliments; le feu qu’ils donnent a une grande puissance de calor.que.
vent, les chamelles qui ont des petits sont, à l'heure du hazène (!), isolées de ceux-ci par une clôture. —
Atâätiche.
Leurs petits mkr'alils gémissent et appellent, en retour,
(} Le hasène dure deux ou trois heures chaque jour, dans l'après-midi . Toutes les femmes de la tribu ou de la fraction se réunissent dans la tente du mort ; là elles pleurent , se lamentent , et rappellent dans un chant de
deuil les vertus et qualités du défunt. — Cetie cérémonie est présidée par a femme à me du chef déc d'.
les cris plaintifs des chamelles, qui pleurent en même
Chameau de voyage.
temps à grosses larmes.
Les Arabes, en parlant de leurs chameaux, les considèrent comme les meilleurs soutiens de la famille.
« Ce sont nos amis, disent-ils ; ils nous accompagnent et nous aident dans notre
existence sur cette terre. Tous nos actes importants, pérégrinations journalières, longs voyages, fêtes, com-
Chameau de voyage.
bats, fuites, deuil, richesse, — tout cela n'a lieu qu'avec la présence et la coopération des chameaux chéris. »
Ce que je viens de dire du chameau s'applique encore mieux au #ahri, qui est au premier ce que le cheval de selle est au cheval de trait.
Le mahri a même quelques qualités plus développées, telles que la puissance de locomotion et la résistance à la
fatigue : il peut faire pendant plusieurs jours de suite
Kent tente ou trente cinq lieues par vingt-quatre heures. # T0 …æ C'est avec’ le ri que Les Foire affrontent le Le désert et y vivent, comme un constant pen à ne sobriété et d'aventures. | 5
- Enfin, c'est avec les chameaux que nous - msi avons pu nous rendre maitres de la région saharienne, et avons ainsi mis le sceau à notre conquête de l'Algé-
rie, qui n'aurait jamais été complète autrement.
Il y a tout un livre à faire sur les chameaux.
Es LE is
IF TRS MIRAGE
É r MECS
Le mirage a lieu particulièrement dans les grands bas-fonds, très plats, légèrement humides et salants, tels que les chotts, les zagrès, — dans les plateaux du Sahra algérien, tels que ceux du Sersou, — et dans les Tanez-Rouft, plaines immenses entre le Sahra algérien et le Soudan.
Le mirage est produit, je crois, par une condensation vaporeuse de l'air humide.
Cette. condensation, échauffée par le soleil, prend l'apparence nuageuse, et forme d'immenses nappes . blanches qui s'étendent le plus souvent sur tout le … bas-fond ou la plaine que l’on a devant soi. | + Vu à distance d'un point un peu élevé, le mirage ressemble à uñe vaste étendue d'eau dans laquelle des cailloux ou de petits arbustes prennent l'apparence d'îles ou de forêts qui se déplacent et changent d' aspect quand on s'en rapproche.
Le