MIRAGE
Quand il se trouve des animaux dans la partie affec tée au mirage, ils prennent aussi des proportions gigantesques et fantastiques.
Des chameaux que j'ai aperçus une fois à environ trois cents mêtres m'ont semblé avoir des membres de dix mètres de hauteur, et un corps gros en proportion.
Ils semblaient marcher dans l’eau, qu’on aurait juré voir se déplacer par le mouvement de leurs jambes.
Dans les Tanez-Rouft surtout (1), — m'a raconté Cheikh-Atman des Touareg, — les effets du mirage sont prodigieux, parce qu'ils s’exercent sur des plaines sans fin et planes comme une glace : — un crottin de chameau semble être une grande tente; des brins de drine ou de végétaux de la grosseur du doigt prennent l'apparence d'arbres immenses couchés ou debout sur le sol.
Les animaux qui vivent dans la région où le mirage se produit ne s'y trompent pas; ils n’en subissent pas l'attraction, et je n'ai pas remarqué qu'elle s’exercât sur ceux qui ne le voient qu'accidentellement.
Je crois, au contraire, que les animaux ont un instinct qui les prémunit contre les effets du mirage et les tentations qu’il peut donner.
L'homme seul, — soit par le fait de son manque de compréhension de certains effets naturels, soit par celui d'une imagination qui aime à rêver l'impossible, — est soumis à l’action attractive du mirage.
Il lui plait de croire ou de supposer qu'il a là, devant lui, des lacs, des îles, des forêts, parce qu'il se trouve dans une zone et soumis à une température où toutes ces choses lui seraient utiles et agréables.
(*)} Immenses plaines très unies, dans le centre du grand désert central de l’Afrique.
+ "der hetheoit des scènes ou des choses : que l'on ê aimerait à voir réellement. | Aussi, tout en ne croyant pas à la réalité des effets du mirage, on est puissamment séduit par les tableaux qu'il représente, et on s'abandonne à l'illusion. Combien de fois j'ai rêvé, en contemplant des effets de mirage, que j'étais l’auteur de la transformation qui s'opérait sur une région que je savais être torride et improductive ! + Je produisais à ma guise des lacs, des rivières; Je créais des cités, des ports, des canaux; — je couvrais - le sol de forêts, de riches moissons, de troupeaux; — et, chose bizarre, qui aidait à la continuation et à la puissance de mes illusions, le mirage semblait être à mes ordres et produire, par le fait de ma volonté , les créations que j'imaginais.
Hélas ! c'est le cas de le dire, — autant en empoñtait le vent; un souflle de Borée me rendait à la réa- Mais j'avoue que j'ai trouvé tant de charme aux * sensations que donne le mirage, que je m'y suis soumis toutes les fois que j'en ai eu l'occasion.