‹ Chasses de l'Algérie et notes sur les Arabes du SudChapitre 29 sur 31 · FAUNE ET · texte numérisé non relu

FAUNE ET

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246 CANARDVILLE.

gnet droit; il la tenait à pleine main avec la poignée d’alfa dans laquelle elle se trouvait blottie, et la frottait avec vigueur sur le sol rugueux, lui usant ainsi la tête pour l'empêcher de mordre. Ce fut l'affaire d’un moment, après quoi il ouvrit la main et jeta à mes pieds le corps décapité de l’affreux reptile.

Sans cette subite résolution de frotter à terre avec force la tête de la vipère au moment où il s'était aperçu qu'il la tenait à la main, Si-Aïssa aurait infailliblement été mordu; et Dieu sait ce qui serait advenu d’une pareille morsure, dans cette partie de l’avant-bras où abondent les muscles et les veines! J'en avais la sueur au front. « N’as-tu rien? lui dis-je. Non, me répondit-il; elle n’a pas eu le temps de se reconnaître. Louanges à Dieu, qui m'a préservé! Allons! mets-toi à l'affût; voilà ton buisson arrangé. Je vais t'amener les gazelles. »

J'admirai cet homme, dont l'émotion était à peine sensible après ce danger, et je n’osai lui dire que cet affût ne me plaisait guère. Je m'y placai néanmoins; mais, pendant que Bas-de-Cuir rabattait les gazelles, j'étais inquiet. Je me retournais souvent pour voir si la compagne du céraste, que je supposais près de moi, ne venait pas de mon côté.

J'ai toujours eu une grande répulsion pour les

complète ou partielle. Une cautérisation énergique et instantanée peut seule éviter ces accidents.

Les Arabes du Sud en sont tellement convaincus, que quelques-uns ont assez d'énergie pour faire l’ablation de la partie qui entoure l'endroit où ont pénétré les crocs du reptile.

J'ai vu, à Laghouat, un cavalier des Larbâs, qui, ayant été mordu par une vipère, s'était enlevé, avec son couteau à raser, la partie charnue du mollet droit. Il boitait légèrement, mais il aimait encore mieux cela et vivre.

Quand l’ablation n’est pas suffisante, on y ajoute la cautérisation par de la poudre que l’on verse sur la-plaie et à laquelle on met le feu.

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ë ot ER donc que j'étais loin d'être us: | j'attribue à mon agitation l’insuccès de cette embus- cade : les gazelles ne voulurent pas m'approcher:; elles s'enfuirent, malgré les efforts de Si-Aïssa. «C'est un -mauvais endroit, me dit-il en me rejoignant, allons ail. leurs. » J'étais bien de son avis, et ne me fis point prier.

Pauvre Bas-de-Cuir! comme j'ai plaisir à m'en sou venir! Il a été pour beaucoup dans mes succès de

chasse du Sersou. Avec lui, il y avait toujours de l'ori- ginal et de l'imprévu. Notre passion commune établis-

sait entre nous la meilleure entente, je puis même dire une affection véritable. Il complétait Canardville, et quand il fut entré dans notre intimité, il n'y avait

… point de bonnes parties sans lui.

Une des plus grandes chasses que nous fimes dans la région des plateaux eut lieu l'automne suivant pour la célébration de la Saint-Hubert.

Partis de Canardville le 22 octobre, en compagnie de Bas-de-Cuir, de nos compagnons de chasse à courre L nebituels, les fils et neveux du bach-agha Ameur-ben- Ferhat, le caïd des Doui-Hasseni, celui des Beni- Maïda, mon fidèle El-Mebrouk et une vingtaine d'autres cavaliers, nous fûmes jusqu'à Taguine, en passant par . les bons endroits connus, entre autres à l'Oued-Ourg, où nous trouvions toujours autant de pêche que de

ï chasse.

Voici les chiffres du gibier tué dans cette mémorable | tournée :

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248 CANARDVILLE, j Reports ire 61 pièces.

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Nous étions soixante personnes environ. Pendant dix jours, nous avons vécu de gibier, et en avons. rapporté plus qu’il n’en fallait pour notre grand repas.

Dès l'année 1847, nous célébrions religieusement la Saint-Hubert à Téniet-el-Häd.

Quinze jours avant le 3 novembre, on faisait circuler un tableau-liste, sur lequel signaient tous ceux qui voulaient y prendre part. Ce tableau, qui était composé par le plus habile artiste de la confrérie, représentait les principaux épisodes de chasse de l’année, avec ornementation d'accessoires et d’attributs à la fantaisie de l’auteur.

J'ai conservé la plupart de ces tableaux, qui font collection depuis 1850 jusqu'en 1857. Les signatures et les faits qui y sont représentés me remémorent mes compagnons de ce temps-là, des chefs ele: dont beaucoup ne sont plus de ce monde :

mt à 0

; CANARDVILLE. 219 Parmi ceux-ci, les maréchaux Bugeaud, Pélissier,

Bosquet ;

Vipère cornue

Les généraux Rivet, de Pontevès, Carbuccia, Thomas, Cler, Cassaignolles, Yusuf;

250 CANARDVILLE.

Mon vieil ami Kennedy, mort en 1864 colonel et commandeur de la Légion d'honneur.

Parmi les généraux actuels qui ont chassé à Canard-

ville il ne reste guère que le général de Fénelon, qui pourrait se rappeler certaine traque au lièvre en compagnie de notre bien regretté général Rivet, le brouet saharien du vieux Rahal, et surtout cette fameuse course de trente lieues en huit heures que nous fimes, de Canardville aux Beni-Zoug-Zoug , à la poursuite du chérif" Bou-Touala, à travers un pays boisé et montagneux ;

Le général Bataille, qui ne peut avoir oublié nos chasses à la gazelle dans le Sersou, et nos bonnes stations à Lapinbourg.

Je veux, du reste, pour n'omettre personne, mettre à la fin de ce chapitre les noms inscrits sur les tableaux de nos Saint-Hubert. Maître Paul, après moi, aura plaisir à les lire.

Tous ceux qui prenaient part à ces fêtes n'étaient

(*} Cherif, noble, nom que les Arabes donnent aux descendants de Fatma, la fille de leur prophète Mohamed. Par extension, ce nom de chérif a été souvent donné aux agitateurs qui ont voulu se faire passer pour le moul-elsaa, le maître de l’heure, le prédestiné envoyé par Dieu pour anéantir et expulser les chrétiens de l’Algérie, selon les prophéties accréditées chez les Arabes.

Un de ces plus célèbres agitateurs a été Bou-Maza, l'homme à la chèvre. Mais combien d’autres, sous le nom indiqué dans les prophélies de Mohamed-ben-Abdalla, ont troublé l'Algérie en causant des insurrections partielles qu'il fallait vite étouffer sous peine de les voir grandir comme ces incendies qui ont à leur portée des matières inflammables à dévorer !

Le rôle de ces chérifs est tombé en discrédit , aucun n’ayant réussi jus= qu’à ce jour à amoindrir notre domination en Algérie.

Mais il ne faut pas se hâter de conclure qu’il ne sera plus joué à l'avenir,

11 tentera encore bien des têtes exaltées, et trouvera, dans certaines circonstances, bien des adhérents. Ne pas perdre de vue cette éventualité sera sage de notre part.

CANARDVILLE.

sseurs, mais pour la circonstance chacun en La ait le titre et les allures.

7 était de tradition de ne consommer, dans ces ca | | grands repas, que du gibier tué par tous les adhérents. Huit jours avant, on se partageait les tâches, — qui | allait à la grosse bête, qui au marais, qui au gibier ordinaire, Enfin les simples mazettes elles-mémes fai- saient acte de bonne volonté en récoltant dans les | champs de environs quelques douzaines d'alouettes, de bees-fins, des champignons, du cresson, de la | chicorée, et en pêchant dans la rivière des barbeaux et des crabes. Ainsi, depuis le potage jusqu'au rôt, le repas de Saint-Hubert était le produit de la coopération de tous.

Il n’en avait que plus d’attraits dans une localité où il

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L'hous aurait été difficile de trouver autrement les mets

. d’un festin.

. Voici un de nos menus; il donnera une idée de la manière dont nous nous traitions en festoyant notre grand patron.

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