‹ Chasses de l'Algérie et notes sur les Arabes du SudChapitre 4 sur 31 · AVE · texte numérisé non relu

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Liou de !

tte extrémité ? pécher à la ligne? Le e ne mord pas!

Allons, cette fois, il faut en prendre son parti, et, Fons tuer le temps à défaut de bêtes, je vais me raconter mes chasses d'autrefois.

grand de parler de quelques-uns de mes compagnons de chasse, braves Bédouins pour la plupart, que Coo-

per aurait immortalisés s'il avait pu les avoir pour types de ses livres, comme CEil-de- - Faucon, le Cerf- 4 Chgezowk, ete.

Un ‘yaura dans mes récits aucune péripétie inventée coup. Leur mérite, s'ils en ont, leur viendra de à rigoureuse exactitude. | C'est, du reste, l'essentiel quand le sujet traité est intéressant par lui-même. Ceci dit et sans plus es cop j ‘entre en matière.

“ue quoi qu'o ‘on en dise. J'ai passé où ans dans e pays de la province d'Alger où il y en a le plus, et lai constaté qu'il n’en a pas été tué plus de trois ou e en moyenne par année.

ni dans la zone boisée (!) et accidentée prise entre

D dessus, de 180 lieues carrées, comprend le territoire de quatorze qui sont : les Beni-Chaïb, Bethyas, Khrobbazas, Beni- Fen, Ouladahia , Beni- Hayane, Oulad - Ayade, Beni-Mahrez, Beni - Soumeur, ; Blal-Cheragas, Matmatas, Haraouat et Deni-Zou-Zoug.

Cette résolution me procurera, outre le ptaité de : me remémorer de bonnes émotions, celui non moins

le Ouarsenis à l'ouest, le pic de Taza à l’est, le Djebel- Ennedate au sud et la plaine du Chélif au nord, que se tiennent, pour le plus grand nombre, les lions et les panthères de la partie centrale de l'Algérie.

Dans cette grande superficie, vivent et se meuvent, autant que cela peut s’apprécier, une douzaine de lions et panthères, y compris ceux que l'on désigne sous le nom de ZBerranis, étrangers, qui viennent accidentellement du Dir-Guezoul, du Djebel-Dira et du Zakkar.

La gent léonine est ainsi composée de deux tiers environ d'indigènes, à demeure dans le pays, et d'un tiers de vagabonds.

Il faut croire que la reproduction de ces intéressants animaux ne dépasse pas la destruction qui s'en fait, … car, au lieu d'augmenter, ils diminuent.

On peut prédire à coup sûr que, dans une wingtaine … d'années, si on ne s’avise d'assurer la conservation de | l'espèce par la défense de tuer les adultes au moment de la reproduction, il n’en restera que de bien rares spécimens, qui finiront même par disparaitre tout à fait.

Et ce serait grand dommage, à mon avis!

Ce noble roi des animaux, ce type du courage, de la force et de la magnanimité, ne doit pas disparaitre, : comme un simple ruminant, d'un pays où nous l’avons encore à notre portée. Non, il ne le faut pas! ne serait- » ce que pour conserver comme sujet de comparaison, et à pour la plus grande émulation du genre humain, cette énergique et puissante bête. 3

N'y aurait-il pas encore opportunité de ménager à. nos arrière-neveux, sous prétexte de chasses et d’aventures périlleuses, quelques émotions propres à former #

HÈRE CHASSE au LION.

) e organisations batailleuses et destroc-

Je livre ces réflexions à la sagesse des penseurs de | notre époque qui ont tant à faire, et reprends le fil de 4 mon récit : 54

LA Ces quelques lions, disséminés sur un si grand pays, 4 pourraient y vivre inapercus, S'ils ne prenaient à tâche 10 - de se révéler par leurs déprédations. Mais la consom- 4 ‘mation qu'ils font, surtout en hiver, de bœufs, de va- 5: ches, de moutons, de brebis, quelquefois de chevaux, met bientôt en émoi les tribus dont les troupeaux sont soumis à cette onéreuse contribution.

] n'est bruit alors que de bœufs cassés, de moutons engloutis! Les récits s'accroissent et se propagent . comme l’histoire de l'homme qui a pondu ua œuf! Les Arabes ne s'abordent plus dans les marchés, les tiams{) . et les djemäas, qu'en se racontant les orgies du lion. HS. La plupart des tribus arabes se contentent de gloser sur les méfaits du seigneur à la grosse lêle, espérant par cette conduite pleine d'abnégation et de prudence toucher sa générosité, le détourner de leurs troupeaux ; - et de fait, il semble y avoir quelque fondement dans celle espérance, qui n'est pas toujours pe: comme je le dirai plus tard.

D'autrestribus, au contraire, quand le lion se montre ellés, le traquent et le combattent jusqu'à ce que mort s'ensuive.

a Re tribu des Beni-Mahrez est une de ces dernières,

Depuis un témps immémorial, elle est en délicatesse avec les lions; sa situation en est la principale cause.

Placée entre le Djebel-Ennedate et le Djebel-R'ilass, les deux grands repaires de ce massif montagneux, les lions passent forcément sur son territoire en allant de l'un à l’autre, et se sustentent à ses dépens.

J'ai fait un relevé de la moyenne des bestiaux mangés en onze ans par les lions et panthères aux Beni-Mabrez; J'ai trouvé ces chiffres eh moyenne par année :

Chevaux, juments ou poulains . . . US Bœufs ou vaches. ‘:;: 5 es 1420 Moutons ou brebis :,::,° 7% 24140228 Lt'UR

Soit une valeur decinq mille francs environ, prélevée sur une tribu qui ne compte pas plus de cent tentes.

On peut dire généralement qu'il n’y a chez les Arabes que les gens qui sont par trop agacés de la perte de leurs bestiaux qui combattent le lion.

Chez les Européens, c’est autre chose : ceux qui sont chasseurs sont entraînés par ce que l’on peut appeler la vocation de tout tuer.

C'est une monomanie, comme celle de certains naturalistes de tout collectionner.

Tant qu'il manque une peau à l’un, une plante ou un insecte à l’autre, leur bonheur n’est pas complet.

Le chassur veut pouvoir dire : « J’ai tué de toutes les bêtes possibles! » :

Le naturaliste veut pouvoir se glorifier que pas un échantillon des genres qu’il collectionne ne lui a échappé.

Et, pour atteindre ce résultat si désiré, tous deux sont capables de tout!

| J'avais D nenci à es. l'âge de douze ans:

beaucoup de bêtes déjà avaient été mes victimes, mais

je n'avais pas encore eu l’occasion de m'attaquer aux liohs. Une longue résidence à Téniet-el-Häd, située sur le-territoire des Beni-Mahrez, devait me la fournir.

4 Je n'étais pas à mon poste depuis quinze jours, que à __ j'entendais parler des lions, de leur proximité, de leurs

| ravages, etc.

L'idée que je pourrais en tuer me vint alors et me donna un frisson de. joie, je pense; mais cette idée ne put de sitôt s'exécuter.

Très occupé, à mon début, de l'organisation du pays, et aux nombreuses expéditions dans le Ouarsenis, le Dabraet les hauts plateaux dont Téniet-el-Häd était la base d'opérations, je ne fus un peu libre de mon temps que vers le commencement de 1846.

C'est à cette époque que je me mis en relations avec un personnage important des Beni-Mahrez, nommé El- * Mokhtar-bel-Arbi: il était frère de mon chaouch et alors caïd de sa tribu,

Lorsque je fis sa connaissance, il avait déjà tué qua-

| torze lions et trois panthères.

Cela était de notoriété publique et m'avait été affirmé

par tous les Arabes du cercle; car je n'avais jamais pu

obtenir de ce trop modeste Nemrod de me parler longuement de ses chasses, de me dire le chiffre exact de ses victimes.

Quand je le poussais trop sur ce point, il finissait {à l'encontre de ce qui a lieu dans les narrations des chasseurs) par m'avouer à peine la moitié de ses triomphes.

Il agissait ainsi, du reste, envers tous ceux qui le mettaient sur ce sujet, et prétextait une affaire quelconque pour rompre l'entretien, si on faisait mine de le prolonger.

J'ai su depuis que la crainte du mauvais œil (!) lui faisait employer ce subterfuge, ou cette extrême ré= serve, comme on voudra. :

Quoi qu'il en soit, El-Mokhtar tuait proprement les lions et les panthères, tout seul. :

Son procédé était très simple : il suivait leurs traces sur le sol détrempé par la pluie ou couvert de neige, il les abordait dans leurs repaires, et là, à la distance de quelques pas, il leur envoyait, avec un vieux fusil dont personne n'aurait donné dix francs, une balle si sûre que la plupart du temps la bête ne s'en relevait pas.

Je veux anticiper sur mes souvenirs pour raconter un trait qui fera encore mieux connaître cet intrépide Bédouin.

Un jour que nous avions suivi en vain, pendant toute une journée, les traces d’une panthère, nous vimes celle-ci, à l'approche de la nuit, pénétrer dans une caverne sous un gros rocher, à une centaine de pas de nous.

Nous y allâmes aussitôt, et notre première idée fut de faire du feu à l’orifice de la caverne pour enfumer la bête et l'obliger à sortir.

Pendant que je tenais mon fusil braqué à l'ouverture,

(*) La croyance à l'influence du mauvais œil est très accréditée chez les Arabes. Ceux qui possèdent quelque chose d’enviable moralement où physiquement cherchent à s’en préserver en cachant ou en dissimulant le plus possible ce qui peut être convoité par autrui, l'usage veut, quand on a à

louer chez quelqu'un une qualité ou une possession quelconque, d'ajouter : « Que Dieu bénisse et préserve du mauvais œil ! »

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