‹ Chasses de l'Algérie et notes sur les Arabes du SudChapitre 6 sur 31 · MA PREMIÈRE CHASSE AU LION · texte numérisé non relu

MA PREMIÈRE CHASSE AU LION

temps il s'élanca vers nous du milieu de son fourré, en couchant sous son élan de jeunes chénes de la grosseur du bras, comme s'ils n'eussent été que des roseaux !…

ain,

D'un bond il ne pouvait franchir noire rocher,

Bien nous prit, et nous ne fûmes pas longtemps à le reconnaitre, d'être placés assez haut pour que, de ses premiers bonds, il ne pût nous atteindre.

Il nous aurait certes fait un mauvais parti, malgré

le mot. — Ce que je ressentis élait une sorte d'horripilation , une surexcitation nerveuse, qui doublait mes facultés plutôt que de les amoiudnr.

quelques balles qu'il recut d’une décharge presque générale, mais qui n’eurent d'autre effet que de le rendre plus furieux!

La hauteur de notre rocher était trop grande pour qu'il parvint à la franchir; il le tenta néanmoins à plusieurs reprises par des sauts prodigieux, en poussant des rugissements qui agacaient nos nerfs et vibraient fortement en nous (*).

J'avais réservé mon feu ainsi que Ek-Mokhtar, ce qui nous permit, après les efforts que le fier animal fit pour arriver jusqu'à nous, de le bien viser et de le tirer au bas de l’escarpement, dans un moment où il s’apprétait à un nouvel assaut.

La balle d'El-Mokhtar lui entra par le poitrail, longea les côtes sous l'épaule droite et sortit par le flanc, ne lui faisant ainsi qu'un séton. La mienne, qui avait été » tirée au front, n'eut pas cette destination, par suite d’un de ses brusques mouvements de tête; elle pénétra dans la gueule, cassa une grosse dent du bas et sortit par la joue en entamant la mâchoire inférieure.

Ces deux nouvelles blessures portèrent au comble son exaspération; de sa queue qui sifflait dans l'air, il se battait les flancs avec rage, ses pattes de devant arrachaient des racines d'arbre et des pierres qu'elles faisaient voler en arrière comme lancées par une fronde.

Ce commencement d'action n'avait pas encore duré deux minutes, lorsque, voyant qu’il ne pouvait nous joindre, le lion sembla prendre un parti et se mit à fuir vers notre droite; nous le pensions du moins, et j'en fis la remarque à El-Mokhtar.

(*) Les Arabes disent que le lion rugit dans le ventre de ceux qui l’attaquent. Cela nous sembia vrai, tant les vibrations de celte voix pu:ssente nous pénétraient. x

Placés à cent cinquante mètres de nous sur un piton: élevé, ils virent le lion qui nous tournait ;

arbres, — voilà le lion! il vous arrive, — il vient vous du côté droit. »

Effectivement, à peine étions-nous juchés sur nos chênes, dont la plupart, peu élevés, ployaient sous notre poids, que nous le vimes apparaître, nous cherchant des yeux.

traction, lançait une écume sanglante, ses yeux injectés . semblaient jeter des lueurs rouges. Sa longue crinière . noire, hérissée et rabattue sur son front, le faisait paraitre énorme. Sa queue, foueltant autour de lui,

abattait les branches des arbres.

ait un des plus grands lions que l'on ait jamais

vus, et, dans l'action, il nous parut démesurément ong et haut.

Il aurait pu nous cueillir sur nos arbres comme des pommes mûres, s'il l'eût voulu.

Rien qu'en se dressant sur ses pattes de derrière, il ou it atteindre le plus haut perché d'entre nous; le lion ne | Hp pas comme la panthère,

nous crièrent : — « O les gens! — vite les arbres, —

Il était effrayant d'aspect; sa gueule, à chaque con-

t8 LES CHASSES DE L'ALGÉRIE.

li se contenta de courir d’un arbre à l’autre dans la

direction des coups de fusil et des cris qui les accom-.

pagnaient.

Nous avions fini par nous griser au bruit de la poudre

et aux rugissements de notre brave adversaire; c'était à qui l'interpellerait le plus fort, et Dieu sait comment,

surtout quand il allait vers un arbre qui recélait un

des nôtres ; — les cris redoublaient alors, afin d'attirer

ailleurs son attention. Nous faisions de même quand il . allait vers nos chevaux, qui se cabraient et hennis- .

saient de frayeur.

Le combat dura ainsi pendant un quart d'heure; nous, tirant sur le lion quand nous l'apercevions à découvert, entre les arbres; lui, courant dens toutes les directions vers les appels et les coups de fusil, qui des. moment en moment lui causaient de nouvelles bles-

sures...

Enfin, s'étant une fois plus rapproché de moi en me. prêtant le flanc gauche, je lui tirai ma troisième balle.

qui l’atteignit au cœur. Il s'affaissa sur ce coup qui fut salué des plus bruyantes acclamations!!!..

Le croyant mort, nous descendimes de nos arbres pour aller le contempler de près, sans attendre, comme

nous le disait El-Mokhtar, que son sang se fût refroidi.

À peine avions-nous fait quelques pas vers lui, que dans un suprême effort de sa violente agonie il se re. leva sur ses pattes et fit deux ou trois pas comme pour .

s'élancer sur nous.

Nos fusils étaient déchargés, une lutte corps à corps dans ce moment nous tentait moins que jamais. Instinctivement nous fimes volte-face et courûmes vers .

nos arbres tutélaires. Ceux qui en étaient les plus.

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