‹ Chasseurs canadiens [microforme]Chapitre 4 sur 15 · RE PQ · texte numérisé non relu

RE PQ

Perrot, et l'informant des sourdes menées conduites contre la Russie-Libr'"]2 e trappeur en prit connaissance au mois de février 1886, :jugea la situation moins grave que ne le pensaient ses correspondants, et sachant d’ailleurs qu'il ét ait impossible de rien faire contre la mine enfouie sous trois mètres de neige, partit chez les Indiens Castors. Il écrivit à ses ne veux quelques lignes brèves, mais rudementet sincèrement affectueuses, leur donnant rendez-vous, toute affaire cessante, à Barkerville, au commencement de juin 1886.

— Les premiers arrivés attendront les autres, con. cluait le message.

Puis, comme Perrot était homme de précaution et de cœur tout à la fois, il inséra dans la lettre un bon de 1,209 piastres — 6,000 frarcs — payables à vue chez son correspondant à Montréal, avisa prudemment celui-ci, et s'élançca éperdument à travers les 390 kilomètres de neige le séparant des Castors.

On a vu comment, revenu à Kameloups, il consentit à accompagner sir Georges Leslie au Caribou, et de quels incidents ce simple voyage fut traversé.

Depuis longtemps, les jeunes Bois-Brûlés étaient arrivés à Barkerviile, mais voyant leur oncle absent, ils étaieni partis, en attendant, et pour se promener, à une soixantaine de lieues, vers le Nord, au delà de l’Omineca, et du côté de la rivière aux Liards.

On ne saurait soupçonner l’irrésistible besoin de mouvement dont sont possédés ces hommes de la nature, à tel point que le vagabondags en plein air leur est aussi nécessaire que la nourriture elle-même,

Ils finirent cependant par se rencontrer au moment où l’incompréhensible et brutal arrêt d'expulsion venait d’être signifié au grand chef Alexis Bogdanoff, à peine arrivé de San-Francisco 9ù il avait passé l'hiver.

Il y avait de cela huit jours, et, chose bizarre, il sem-

blait que depuis ce temps les affaires se fussent améliorées subitement.

Pas l'ombre de tracasserie de la part de l’administration devenue subitement indifférente, sinon bienveillante, et n’eùût été l’absence du Russe, on se serait cru revenu aux jours d'abondance et de sécurité.

— C'est à penser que nous vous avons porté bonheur, mon oncle, disait un matin François à Perrot surveillant, pour la forme, les ouvriers chinois.

— Peut-être le sage RS ishhess ur aura-t-il reconnu son injustice.

» Mais, j'y songe ! Ce lieutenant-gouverneur est le propre frère de mon mylord...

» Vous savez bien, ce mauvais Anglais toqué dont je vous ai raconté l’histoire.

— D'où vous concluez, mon oncle? demanda Jean.

— Mon milord est de plus inspecteur général des mines, c'est-à-dire tout-puissant ici...

» Comme je lui ai sauvé deux ou trois fois la vie, sans doute se sera-t-il souvenu de la chose.

» Il aura pu intercéder près de son frère, et arrêter, pour commencer, les tracasseries de l'administration,

— C’est possible !

— C'est même probable !

— Vous avez raison! s’écrièrent les trois jeunes gens, tout disposés, dans la loyale crédulité de leur âge, à admettre chez sir Georges Leslie ce sentiment si naturel de reconnaissance. |

Pourquoi pas, d’ailleurs ?

À l'instant même et comme pour donner à leur supposition une sanction formelle et inattendue, un des Chinois employés au postal-office accourait, de Barkerville, sur son mulet qu'il fouettait à tour de bras, avec sa queue de cheveux en guise de cravache.

— For maste’l- Pélot, dit le céleste. abusant des !

comme ses congénères, en tirant une dépêche de sa sacoche de cuir.

Perrot parcourut d’un coup d'œil la dépêche, éclata d’un large rire, donna pour boire une piastre au magot et cria comme un grand enfant :

— Vive la joie !

» Tiens, François, lis à haute voix ce papier qui me donne envie de chanter : « La mère Godichon » !…

— Perrot, esq. Barkerville, Caribou, commenca le jeune homme.

— Esquire!.. moi!... Monsieur Alexis, tout heureux du dénouement, a voulu rire et me gausser.…

» Continue, petit.

» — Affaires arrangées, droits reconnus par son Excellence, et déclarés inattaquables. Continuez travaux comme devant. Je reste quinze jours à Victoria pour renouvellement des concessions, je pars ensuite pour Canada. Serai près de vous 15 août. Confiance. Tout va bien.

» BoGDANOFF. »

— Y n’a pas signé comme d'habitude son petit nom, et mis un mot d’amitié, observe Perrot.

» Mais puisque tout va bien, faut pas se montrer si pointilleux.

— Ainsi, mon oncle, plus besoin de dormir en gendarmes, et de monter la garde le Winchester armé.

— Dame! faut croire.

— Nous aimons mieux ca.

—. Et moi, donc!

» Quelles bonnes parties de chasse, une fois la mise en train achevée.

» Tiens! qué que c’est qu’ça ?.…

— Un homme à cheval, et drôlement fagoté.

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— … Comme l’ancien Pourichinel que le gentleman a cabossé à coups de poing, et culbuté dans le ravin.

C'est en effet un domestique en livrée, dédaigneusement qualifié par Perrot de Polichinelle, qui s’avance au petit trot d’un superbe demi-sang, et croise le Céleste autour de Pavenue.

Il s'arrête devant l'entrée principale couverte d'une véranda, et très rogue, toise de haut Perrot qu'il prend sans doute pour un serviteur de la maison.

Un serviteur sans livrée, peuh !

— Hél... qué que tu veux, toi, l’enflé ? demande rudement Perrot, ennuyé de ce dédaigneux silence.

Le domestique modèle ainsi interpellé dégèle enfin.

— Master Perrot |... une lettre de Son Excellence pour lui.

— Perrot, c'est moi!

» Donne le papier, e* ensauva-toi.. j’t’ai assez vu. »

L'homme fait demi-tour sans qu’un muscle de sa face rasée ait éprouvé la moindre contracture, pendant que Perrot lit la suscription de la lettre, écrite en caractères allongés, dégingandés, ce qu'on est convenu d’appeler une écriture distinguée.

— Master Perrot esquire..…

» Mâtin de sort! dit-il en éclatant de rire, c’est le jour. | » Perrot esquire... c'est écrit |... comme on ignore toujours ce qu’on peut devenir ! »

Les jeunes gens, entendant ce vaste rire, s’approchent et font chorus de confiance.

Perrot a fait sauter l'enveloppe de ses gros doigts malhabiles, et déchiffre à haute voix :

« MonsIEUR PERROT,

» Depuis dix jours, j'ai fait l'impossible pour joindre et tuer un bighorn. Il n’y en à pas, ou les gens em-

ployés par moi sont des maladroits. On m'a dit partout, et j'en suis depuis longtemps convaincu, que vous seul pouviez me faire réussir. Accepteriez-vous quinze cents livres, payables d'avance, pour m'accompagner seulement quinze jours dans les Rocky, et me conduire là où votre infaillible expérience de chasseur doit me faire trouver le gibier convoité par moi,

» Si ces conditions vous agréent, je vous attendrai demain matin, à neuf heures et nous partirons de suite.

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