‹ Château-GaillardChapitre 3 sur 11 · IM · texte numérisé non relu

IM

Pauvre vieux Hérouard!... 11 ne vivait plus que dans ses bureaux, à l’heure des affaires. De. dix heures à quatre, soutenu par une sorte de fièvre quotidienne, il donnait des ordres, combinait des plans, allait et venait d’un commis à l’autre, recevait les visiteurs. Le reste du temps, cassé, l’œil morne, le masque stupide, les mouvements automatiques, il se traînait comme une ombre dans la vie. Qui pourrait dire l’angoisse qu’il sentait tous les jours, au coup de quatre heures, quand la caisse faite et les affaires de la Bourse du jour réglées, il voyait ses commis, un à un, fermer leurs pupitres et gagner la porte? Il se promenait alors de long en large dans ses bureaux déserts, comme une âme en peine , jusqu’à ce qu’un domestique vînt le prendre pour l’habiller, le taire dîner, le conduire au théâtre, et lui faire gagner ainsi l’heure du sommeil.

« Il a une permission de dix heures du Père I^chaise » disaient entr’eux ses employés. Tous les jours pendant la bourse il revient ; et toutes les nuits il re- 'tourïie à son caveau de famille.

Hélas !... peut-être!

Certes, si M. Hérouard avait voulu se venger de Château-Gaillard, le ruiner et le déshonorer cent fois il l’aurait pu. Mais jamais celte idée n’était venue au malheureux. Le coup reçu avait été trop soudain, et trop terrible. La victime était restée étourdie. Et puis à quoi bon ? Quelle vengeance eût égalé le mal ? • Quelle vengeance eût vengé? H n’y en avait point. Des efforts de Titan n’eussent pas produit une revanche équivalente à la catastrophe accomplie, eh une

UIATDAlj-r.AII.LAUI)

heure, par ChAleau-Gaillard, dans la maison Hérouard.

Mais cette fois la vengeance venait s’offrir ; elle se faisait solliciteuse. Il aurait fallu résister à ses prières...

— Combien avez- vous d’actions des mines d’Archiennes? demanda-t-il à Corniquet.

— Une.

— Hum ! cela ne vous donne pas seulement \^roit d’entrée à l’assemblée générale ! Il vous faudrait une soix;antaine d’actions.

Corniquet bondit. — Aïe! dit-il, tout mon bien y passerait, et ‘plus encore ! S’il faut se ruiner pour n’être point volé je ne m’étonne plus...

— Qùe tant de gens mènent grande vie aux dépens des gogos? — Mais un homme actif, entreprenant, pourrait se les procurer sans bourse délier ces soixante actions là.

' — Et comment? Ma foi! s’il ne faut payer que de sa peine...

— Allons! moi je vous y aiderai, reprit Hérouard. Sachez d’abord l’époque de l’assemblée générale...

— Dans vingt jours.

— Vous n’avez que le temps de vous mettre en règle ; car il faut'déposer vos actions, quinze jours avant l’assemblée, au siège de la société. Maintenant une fois ayant voix au chapitre, ce se» affaire à vous de voir les livres... et de vous demander s’il y a lieu d’engager d'autres actionnaires dans votre parti...

— Suffit ! Corniquet saura faire valoir ses droits, et montrera un peu, à M. le baron, s’il est fait pour être berné ! s’écria le méridional, d’un ton qui ne laissait

Page 1