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de doute ni sur sa résolution, ni sur l’âpreté qu’il n'.ettrait à faire ^a besogne.
Et voilà comment un mois après, Château-Gaillard, en pleine prospérité, fut atteint par un procès désastreux qui devait le précipiter du Capitole à la roche Tarpéienne.
En assemblée générale, Corniquet avait réclamé l'examen des livres, et dénoncé un inventaire frauduleux et des dividendes fictifs. On apprenait, d’ailleurs, que les mines d’Archiennes rendaient peu ou point ; et que l’exploitation en serait plus coûteuse que profitable; De là, procès intenté par les principaux actionnaires — et débâcle financière.
Château-Gaillard n’avait pas commis la faute dé rester directeur apparent de l’entreprise. Depuis longtemps, il avait placé au poste de la responsabilité son ami Baudrillet. Le nom de Château- Gaillard ne retentit donc pas dans tous lesjournaux de France, n’intervint donc pas dans des débats qui furent un des scan- > dates de l’époque. Mais, sur l’asphalte du boulevard, il n’y avait pas un passant qui ne sût que Baudrillet était l’homme de paille de Château-Gaillard. .
Celui-ci d’abord essaya de payer d’audace ; mais on ji était pas alors, comme on l’a été depuis, accoutumé à certaines impudences.. Un mot, jeté par des collègues dans son oreille, au détour d’un couloir, lui fit entendre que sa démission était impérieusement exigée par l’opinion... Dans les salons officiels on lui tourna le dos; les amis qui le tutoyaient, la veille, ne le reconnaissaient plus quand ils le rencontraient. Bref, l)i'is sans vert par ce Corniquet imprévu, il se’sentit
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rouler au fond de l’abime, sans pouvoir se prendre à rien pour se retenir.
La partie, quelque bien engagée qu’elle eût été, se trouvait perdue.
Alors, toute cette brillante existence fut comme un château de cartes qui s’écroula. Il n’y eut plus ni appartement somptueux, ni laquais ni voiture...
Mais peuh! qu’était-ce que tout cela! Il y eut en re- ' vanche, impossibilité de se montrer, soit à la Bourse, soit chez Tortoni, soit au club, soit dans les théâtres fashionables; nulle part, enfin, où fréquentait le a tout Paris 3» dont Cbâleau-Gaillard faisait auparavant partie. 11 fallut descendre de deux ou trois milieux sociaux, dans ce Paris où tant de cercles superposés CO existent sans se mêler, où tant de « mondes > divers ont leurs usages; leur code tacitement accepté, leurs cafés, leurs restaurants^ leurs théâtres...
Et puis, autant il était facile de se procurer dix mille francs auparavant, autant il devenait difficile de se procurer deux cents francs maintenant.
Le journal, placé aussi sous la raison sociale Baudrillet et G'* avait été vendu, par suite de la faillite générale, et pour donner satisfaction aux pauvres actionnaires, que l’issue du procès laissait en même tempstriomphants et ruinés.
Cette époque de la vie de Château-Gaillard est restée assez obscure. Quelques-uns ont prétendu que Valdeuil, tout en cessant des relations ostensibles, lui envoyait quelque argent. D’autres, que de concert avec son ex-gérant responsable, il usa successivement de
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tous les procédés connus et inconnus , dont usent à Paris, pour vivre , les gens qui n’ont pas de moyens d’existence avouables : du crédit, de l’emprunt, de l’usure, de la lettre de change, du -billet de complaisance... du jeu!...
Mais Château-Gaillard savait, par expérience, le danger dé ce dernier moyen. Il ne voulait, à aucun prix d’qilleurs, tomber dans la bohème... ni se faire des compagnons de misère et d’intrigiie de bas étage, qu’il aurait fallu plus tard remorquer... car il commençait à savoir la vie, et n’ignorait pas de quel poids est le lest de certains passés et de certains entourages. Il se disait, aussi, que le procès des mines d’Archiennes, bien qu’il eut fait grande esclandre, serait oublié dans un temps donné, ou du moins que les faits s’estomperaient par la perspective, en s’éloignant, et en lais-> sant le premier plan à d’autres scandales. Il comptait bien enfin reprendre sa place dans l’empyrée pàrisien.
C’est pourquoi il cachait sa vie en attendant l’occasion de remonter en selle.
Il sentit alors de quelle utilité pouvait être la petite maison du faubourg Saint-Germain, et regretta Charlotte, qui, si hunjble et si inconnue dans cette retraite, pouvait lui faire une femme de charge accomplie.
Avant de l’aller reprendre à son couvent — il ne doutait pas, hélas! d’y réussir au premier appel, — pourtant, il hésita. C’était toujours embarrasser son avenir de quelque chose... si peu que fut Charlotte I Toutefois, comme il en avait un besoin actuel, et que l’em-
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barras n’était que pour l’avenir, il alla reparler d’amour à la soe«r converse.
D’amour?... Elle eut pourtant la clairvoyance de ne pas se laisser prendre à celte comédie, ou le cou‘ rage de résister. Un pressentiment peut-être l’avertissait qu’elle devait rester à l’humble port où elle trouvait la paix; et puis, le mortel amour qu’elle avait ressenti pour l’homme funeste qui la rappelait s’éteignait, sans doute, étoufTé enfin par le remords.
Cette résistance inattendue étonna Jean, puis l’irrita. Eh ! quoi? cette femme n’était donc pas sà chose? Une pouvaitdonc pas, à songré.enuseret en abuser? Il faisait un signe, et elle ne* laissait pas là, immé diatement, sa coiffe de chanvre et sa robe de serge noire ?
La douleur, la solitude, le service dur du couvent avaient bien changé Charlotte. Ah! que loin il y avait de la nonne au visage flétri, à la taille lourde et aux mains noueuses, à la jeune mère de Mario Lehallier, assise sous les berceaux de roses de Saint-Symphorien!
Toute jeune encore par les années, elle était vieillie par la souffrance et par cet abandon d’elle -même qui saisit les femmes de provincç, dès qu’elles n'ont plus dans la vie un intérêt d’amour. Donc, elle n’était plus séduisante. Pourtant, par cela seul qu’elle ne répondait pas au premier appel, Château-Gaillard eut pour elle un regain de désir.
Cette cornette de toile, il eut envie de la jeter au vent, et de dérouler, d’une main hardie, les cheveux enroulés dedans; cette robe de serge, il pensa la dé-
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chirer pour voir si, dessous, le cœur frémissant de sa maîtresse ne battait plus.
Charlotte pâlit sous un certain regard qui la traversa, de part en part, comme un trait. Pourtant elle répondit :
— Laissez- moi, Jean, je ne veux pas vous suivre!
Et, pour l’entraîner, il fallut que le séducteur descendît jusqu’à dire ;
— Charlotte, je suis malheureux, et j’ai besoin de vous!
Alors elle quitta le toit protecteur qui l’abritait, l’humble costume qui jetait, sur sa coupable vie, comme un voile d’oubli et de respect, et dit : — Allons!
Quelques jours après, elle avait réinstallé, dans la maisonnette de la rue Rousselet Saint-Germain, le ménage interlope des années précédentes. Comprenant la gêne de Jean, elle se fit sa gouvernante, et, moyennant la plus modique dépense, organisa une existence possible dans une retraite sûre.
Château-Gaillard , bien entendu, avait réservé toute sa liberté, et ne disait rien de sa vie extérieure.
Selon ses convenances, il rentrait ou ne rentrait pas
au logis! Pour Charlotte, il avait « des affaires ; » pour
les connaissances qu’il rencontrait, cà etlà, < il demeurait à la campagne » et ne se trouvait à Paris que par occasion. Et, par ainsi, il demeurait dans une indépendance absolue et à l’abri de toutes les investigations de la curiosité.
Une année s’écoula, dure et longue ! une seconde commença, plus pénible encore. Quelquefois Jean paraissait se trouver dans une aisance relative ; par d’autres périodes il semblait besogneux et ennuyé. Quefaisait-il? Je le répète, on ne pouvait guère former que des conjectures. A Paris, d’ailleurs, qui donc s’occupe des gens qui veulent disparaître?
C’était encore dans le monde de la galanterie que Jean de Château- Gaillard faisait, de temps en temps, des apparitions depuis ses revers On le vit* même assez souvent, en compagnie d’une lorette alors assez en évidence, parce qu’elle passait pour moins bête et plus corrompue que ses pareilles Château- Gaillard acheva sa réputation et la lança délinitivement.
Elle se faisait, appeler madame de Saint-Didier, n’était point jolie, partait de fort bas s’il fallait en croire ceux qui l’avaient vue, décoiffant à Mabille, son danseu r
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du bout de sa bottine, et tirait toute sa valeur d’une certaine façon impertinente, qu’elle avait, de porter les modes. Quand on vit Château-Gaillard, toujours' élégant malgré la misère, attaché au char de la Saint-Didier, elle en prit une sorte de valeur, et quand, un peu ■plus tard, on se fut raconté, à l’oreille, une aventure singulière qui mit le monde des cercles en émoi, et jeta la consternation dans celui des salons, elle se trouva célèbre, d’une célébrité qui a survécu à lajeunesse et duré jusqu’à nos jours.
Je crois avoir dit qué Château-Gaillard songeait au mariage, alors que de Pézenas un désastre imprévu fondit sur lui. En vue, comme il était, Une devait donc point se permettre d’éclatantes amours. Sa situation de député; ses ambitions d’homme politique, lui commandaient d’autre part d’être dandy. De là une vie d’homme à bonnes fortunes, en même temps cachée et connue. On ne prononçait point de noms; mais on savait, j’entends, on tenait pour possible, et même probable, que, parmi les belles et les enviées, il trouvait peu de cruelles.
En effet, Jean, qui savait d’ailleurs combien sont utiles, à l’homme qui veut parvenir, les relations de femmes, avait été aimable pour deux ou trois belles dames, mariées, et mises en vedette, autant par la position de leurs maris, que par leur beauté. L’une était comtesse, de bon aloi. L’autre, femme d’un collègue à la chambre ; une troisième tenait à la cour.
Eh! bien, on raconta, vers le printemps de 1847, que ces dames, depuis longtemps tranquillisées sur les suites d’une liaison' assez ignorée en son temps, avaient
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■successivement reçu de la Saint-Didier , une sommation d’avoir à racheter, entre ses mains, leurs lettres, pour une somme fort ronde...
Les maris ne surent rien, les amis et amies nièrent, les indifférents ajoutèrent une demi-douzaine de noms à ceux qu’avait véritablement compromis la Saint- Didier... et toutes les femmes du monde, qui avaient laissé de doux billets aux mains de brillants jeunes gens, furent en proie à une angoisse mortelle.
— Faut-il que ce Château-Gaillard soit fou, pour lais^r la clé sur son secrétaire, quand il reçoit des créatures de cette espèce‘1 s’écrièrent les uns.
— Faut-il qu’il ait été amoureux... disaient les autres. Il n’y a que ces filles pour faire tourner la tète aux hommes ! <
— C’est peut-être la Saint-Didier qui aura été amoureuse de Château-Gaillard, murmura un jour le vieux Hérouard ; à moins que tous deux ne se soient associés pour l’affaire. . .
Mais le vieux Hérouard radotait. Aussi ne prenaiton pas garde à ce qull disait.
Il mourut, d’ailleurs, k peu de temps de là.
Quand l’hiver de 1847 arriva, Jean ne savait plus de quel bois faire flèche. Il avait épuisé toutes ses ressources, et se trouvait sous le coup de lettres de * change exigibles. D’autre part, il commençait à perdre patience et à être dévoré de la rage de sortir de sa situation interlope, et d’en finir avec la gêne et les expédients. •
Pour comble de malheur , l’affaire Teste , Cubières et Pellaprat qui éclata vers cette' époque, loin de faire