LETTRE SUR LÀ CAMPAGNE ROMAINE
l Italie, mais surtout la Lettre éloquente qu'il adressa à Fontanes sur la Campagne romaine, achèvent admirablement cette Poétique.
Assurément personne, avant Chateaubriand, si ce n'est peut-être le Poussin et Claude Lorrain, n'avait su nous peindre avec tant de suavité et d'éclat la beauté des lignes de l'horizon romain et la limpidité de la lumière ^personne n'avait jeté avec plus de vérité pittoresque sur
« fameux, n'ont pu vivre cependant au-delà du peu de jours assignés « à notre obscurité. Ainsi les ruines jettent une grande moralité au « milieu des scènes de la nature : quand elles sont placées dans un « tableau, en vain on cherche à porter les yeux autre part : ils re- « viennent toujours s'attacher sur elles. Et pourquoi les ouvrages des « hommes ne passeraient-ils pas, quand le soleil, qui les éclaire, « doit lui-même tomber de sa voûte? Celui qui le plaça dans les « cieux est le seul souverain, dont l'empire ne connaisse point de « ruines. (Génie du Christ., IIIe part., liv. V, chap. m.)
1 Je ne citerai rien de cette lettre si connue. Mais je ne saurais dire combien je fus frappé de la vérité et de la beauté de cette description, en contemplant moi-même un soir du haut du Pincio le coucher du soleil à l'horizon romain. « J'ai souvent remonté le Tibre « à Ponte-Molé, pour jouir de cette grande scène de la fin du jour. « Les sommets des montagnes de la Sabine apparaissent alors de « lapis-lazuli et d'or pâle, tandis que leurs bases et leurs flancs sont « noyés dans une vapeur d'une teinte violette ou purpurine. Quel- « quefois de beaux nuages, comme des chars légers, portés sur le ■• vent du soir avec une grâce inimitable, font comprendre l'appa- « rition des habitants de l'Olympe sous ce ciel mythologique : quel- « quefois l'antique Rome semble avoir étendu dans l'Occident toute « la pourpre de ses consuls et de ses Césars, sous les derniers pas du « Dieu du jour. » (OEuvres complètes, t. VII, p. 239.)
les débris des monuments d'autrefois la verdure éternellement rajeunie et souriante, et n'avait su varier avec plus d'art ce mélancolique contraste des ruines et delanature, de la vie et de la mort. Mais là surtout où il ext^IleTc'est à sentir et à rendre le sublime austère et l'éloquente tristesse de la campagne romaine. Goethe, un peu avant lui, avait visité Rome en artiste de génie, et en avait joui avec ivresse. Mais il n'avait pas compris la morne majesté de cette Niobé des nations, couronnée des ruines de sa grandeur passée, et gardant dans la solitude son veuvage éternel. Pour lui Rome n'était guère qu'un musée ; mais pour Chateaubriand, c'est en même temps un tombeau. Sa Lettre respire la désolation sublime empreinte sur ce désert qui l'entoure; il repeuple cette solitude de ses souvenirs, et, pour célébrer les grandeurs romaines, il trouve une parole qui les égale. Ma /'estait Romœ par îngeniutn.
On regrette que les autres Lettres de Chateaubriand sur l'Italie ne soient que des notes que l'écrivain ait négligé d'achever. On vou-