CHAPITRE PREMIER
Chateaubriand songe à écrire l'Histoire. — Son Discours de réception à l'Académie. — Son découragement dans les dernières années de l'Empire. — Sa brochure de Buonaparle et des Bourbons. — Réflexions politiques. — La Monarchie selon la Charte.
On sait les adieux que le poète des Martyrs adressait, dans l'admirable début du dernier Livre, à la Muse, compagne de sa jeunesse : « O Muse, disait-il, qui daignas me soutenir « dans une carrière aussi longue que péril- « leuse, retourne maintenant aux célestes de- « meures ! J'aperçois les bornes de la course ; « je vais descendre du char, et, pour chanter « l'hymne des morts, je n'ai plus besoin de ton « secours... Je ne dirai plus les amours et les « songes séduisants des hommes : il faut quit-
« ter la lyre avec la jeunesse. Adieu, consola- « trice de mes jours, toi qui partageas mes « plaisirs, et bien plus souvent mes douleurs ! k Puis-je me séparer de toi sans répandre des « larmes ?... OMuse, je n'oublierai point tes « leçons, je ne laisserai point tomber mon « cœur des régions élevées où tu l'as placé. « Les talents de l'esprit, que tu dispenses, s'af- « faiblissent par le cours des ans : la voix perd « sa fraîcheur, les doigts se glacent sur le « luth; mais les nobles sentiments que tu ins- « pires peuvent rester} quand tes autres dons « ont disparu. Fidèle compagne de ma vie, en « remontant dans les Cieux, laisse-moi l'indé- « pendance et la vertu. Qu'elles viennent, ces « Vierges austères, qu'elles viennent fermer « pour moi le livre de la Poésie, et m'ouvrir a les pages de l'Histoire. J'ai consacré l'âge « des illusions à la riante peinture du men- « songe; j'emploierai l'âge des regrets au ta- « bleau sévère de la vérité. »
Le dessein du poète était donc alors, en prenant congé de la Muse, d'employer son âge mùr à écrire l'Histoire. Les événements, il est