‹ ChateaubriandChapitre 23 sur 38 · DE BUONAPARTE ET DES DOURBONS · texte numérisé non relu

DE BUONAPARTE ET DES DOURBONS

n'être entrée sur notre territoire., que pour conquérir une paix non moins nécessaire aux peuples coalisés qu'à la France.

Avec une clairvoyance passionnée, Chateaubriand pressentait ce dénoûment fatal ; pendant deux ans , suspendu aux nouvelles de chaque jour, il calculait la marche de la catastrophe imminente. Il préparait pour le jour suprême l'implacable pamphlet, où il déchargerait tous les ressentiments qu'il avait amassés dans son cœur contre le régime impérial.

Ce régime l'étouffait. Sa brochure célèbre : De Huonaparte et des Bourbons, fut comme l'explosion de la joie sauvage avec laquelle il en saluait la chute. Pamphlet cruel et odieux ! Plus tard, Chateaubriand a désavoué en partie la violence de cet anathème jeté à un ennemi vaincu. — Condamnons avec lui ces excès des révolutions et ces haines fanatiques qu'inspire l'esprit de parti. Mais dans les entraînements de la lutte et les fureurs de l'assaut, songe-ton à mesurer ses coups? La passion vous aveugle; le combat vous enivre, il faut vaincre. L'Empereur, il est vrai, était tombé : mais une

grande partie de la France était avec lui, encore debout; mais l'armée, humiliée et affligée par le malheur de son chef, lui restait fidèle au fond du cœur; mais tous les intérêts de la société nouvelle née de 89, et dont l'Empereur, fils lui-même de la Révolution, s'était fait le représentant, s'inquiétaient de l'avenir. Napoléon accablé par les armes de l'étranger, Chateaubriand voulait achever moralement sa défaite. En dressant alors un acte d'accusation contre ses fautes et ses malheurs, il se proposait de désabuser ceux qui en France y restaient encore attachés , il voulait prévenir ainsi les divisions stériles, dissiper des préjugés, et rallier les esprits au seul principe qui put alors sauver la patrie. — C'est sous les auspices de la paix et de là liberté, qu'il montrait l'antique famille des Bourbons s'acheminant vers la France, pour réconcilier le passé et l'avenir, et consacrer par la Charte cette alliance de la vieille monarchie avec la société nouvelle. D'un côté, il y avait des préventions à effacer à l'égard de ces princes exilés, dans lesquels le pays voyait avec défiance les représentants de

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