RÉFLEXIONS POLITIQUES
crise des Cent-jours n'avait fait qu'exaspérer encore davantage les défiances et partager plus profondément la patrie en deux camps ennemis. Irrité de cette tentative désastreuse de réaction, le pays, avec sa mobilité passionnée, n'était que trop entraîné déjà à désavouer les principes et les hommes qu'il avait suivis depuis vingt- cinq ans ; et la Chambre, qu'il envoyait à l'appel de l'auteur de la Charte, inquiétait le Roi lui-même par la ferveur de son royalisme. On eût dit. qu'elle était chargée par la colère publique de venger la nation du régime précédent. Ces fanatiques ne croyaient pas que la réconciliation fût possible entre la Révolution et la Monarchie restaurée ; et leur rancune obstinée apprenait ainsi aux libéraux à ne rien attendre à leur tour de cette Restauration. — Certes il eût été digne du grand esprit de Chateaubriand de travailler à dissiper ces mutuels ombrages. Sa raison lui montre ce beau rôle ; mais la passion trouble sa raison et aveugle son patriotisme. Il ne veut nul pacte avec les hommes engagés dans les intérêts ou les doctrines de la Révolution; et il a le tort
d'envelopper dans sa prévention contre ces implacables adversaires toute la France libérale d'alors, qui ne demandait qu'à se rallier autour de la monarchie constitutionnelle ; il ne craint pas de blesser ainsi par l'intolérance de ses opinions des dissidents, avec lesquels une sage politique commandait de transiger.
On regrette plus encore de sentir le souffle de ces passions contemporaines dans l'importante brochure qu'il publia en 1 8 1 6 sur la Monarchie selon la Charte, et où il expose d'ailleurs avec une grande autorité l'esprit et les principes du Gouvernement Constitutionnel, dont il fallait alors enseigner la pratique à la France. On voit parfaitement en effet dans cette espèce de Manuel politique tout le mécanisme de ce gouvernement, avec le jeu de tous ses rouages et de tous ses leviers. Au sommet, le Roi, limité dans ses droits sans doute, mais inviolable ; entre le Souverain et la dation, des Ministres responsables; et enfin la Nation elle-même représentée tout ensemble dans sa tradition et dans la mobilité de ses intérêts par ses deux Chambres, où le vote des