‹ Chateaubriand: Essai Médico-PsychologiqueChapitre 19 sur 27 · BI RES · texte numérisé non relu

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paroles du martyr : «Je suis chrétien. » (N), Dans le Génie du chrislianisme, l’auteur cherche autant à se convaincre qu'à persuader le lecteur : « Notre âme demande éternellement... l'univers entier ne la satisfait point... elle ne se plonge dans la Divinité que parce que cette divinité est pleine de ténèbres. » On l’a accusé de pratiquer la religion Surtout pour la galerie, pour compléter son rôle d'honime bien pensant. Il semble qu'au contraire il ait cru sincèrement et qu'il y ait trouvé un réel réconfort, malgré ses luttes et ses doutes : «Je crois en Dieu aussi fermement qu'en ma propre existence; je crois au christianisme comme vérité toujours, comme religion divine tant que je puis. J'y crois vingt-quatre heures, puis le diable vient qui me replonge dans un grand doute que je suis tout occupé à débrouiller »(#), Car son âme est instable : son tonus psychique subit des hauts et des bas, ses sautes d'humeur sont Îréquentes, il passe de l’enthousiasme à l'abattement, On peut déceler en lui une certaine féminilité, si fréquente chez les hommes de génie, et qui n'ôte rien, du reste, à leur virilité très marquée la plupart du temps: «Il n'y a jamais eu d'être à la fois plus chimérique et plus positif que moi, de plus ardent et de plus glacé : androgyne bizarre, pétri des sangs divers de ma mère et de mon père » 60); ef encore : « Si j'avais pétri mon limon, peut-être me fussé-Je créé femme, en passion d'elles; ou si je m'étais fait homme, je me serais octroyé d’abord la beauté. » D, Cette féminilité serait imputable à l'instabilité thyroïdienne (L. Lévy, Le Lempérament el ses troubles), que nous avons déjà mise en relief dans le chapitre précédent.

Nous voyons ainsi se rejoindre le moral et le physique pour former ce tout complexe : la personnalité de Chateau. briand. Tous ces traits de son caractère, qui découlent les

(48) Mémoires.

(49) D’après Sainte-Beuve, in Madame Récamier et ses amis. (50) Mémoires.

(51) Mémoires.

HEC A: RUE uns des autres, qui s'interpénètrent, qui s'influencent mutueliement, nous apparaissent contradictoires, variables, dans un état d'équilibre toujours prêt à se détruire pour se recréer. On comprend qu'il était facile de porter sur lui des jugements injustes et de lui faire cette réputation d'homme et d'écrivain artificiel qui s'attache encore à Jui. On na voulu voir en lui que l’homme du système; il est certain qu'il avait une part dans sa personnalité, mais moins grande qu'on ne l’a cru, Ce perpéjuel besoin de mouvement, d'évasion, c'est à son enfance libre au bord de la mer, dans Îles bois et les champs de Combourg, qui le lui a donné. Il y avait en lui une partie animale, un homme primitif que la vie artificielle de la société n'a pas réussi à étoulfer : «Avais-je désiré la place de M. de Villèle en allant seul et caché me promener au fond du bois de Boulogne ? Ce fut cette vie étrange qui me perdit, J’avais la simplicité de rester tel que le ciel m'avait fait, et parce que je n'avais envie de rien, on crut que je voulais tout. » 62), Les hommes négligent trop l'instinct au profit de l'intelligence. Ce qui fait la vérité et la force d’une personnalité comme celle de Chateaubriand, c’est qu'elle prend ses racines aux sources mêmes de la vie,

(52) Mémoires.

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