SU S
inspira le personnage de Bianca — la duchesse de Duras qui lui fit faire ses premières armes politiques, Mme de Cottens, et bien d’autres, connues ou inconnues de nous. rencontrées au hasard des voyages et des Cours, certaines même qu'il n'avait jamais vues et qui s’enhardissaient à lui écrire, toutes l'ont aimé. Mais trois femmes émergent, qui ont joué un rôle important dans sa vie : sa femme, Pauline de Beaumont et la célèbre Mme Récamier.
Céleste Buisson de la Vigne avait dix-huit ans et cinq à six cent mille francs de fortune quand elle devint la femme du poète, C'est Lucile qui avait fait le mariage. Chateaubriand ne l’aimait pas, mais il avait besoin d'argent pour aller rejoindre l’armée des émigrés : « On me maria afin de me procurer le moyen d'aller me faire {uer au soutien d’une cause que je n'aimais pas», dit-il dans un passage des Mémoires, qui ne dut pas faire un très grand plaisir à sa femme quand il en fit des lectures publiques. Il continue, du reste, par des reproches à peine déguisés : « Mme de Chateaubriand m'admire sans avoir au deux lignes de mes
ouvrages... Mme de Chateaubriand est meilleure que moi,
bien que d’un commerce moins facile... Quel bonheur a-t-elle
goûté reconnaît-il tout de même — pour prix d’une alfection qui ne s’est jamais démentie ? » Et, en ellet, toute sa vie, la pauvre Mme de Chateaubriand fut une compagne fidèle, souvent délaissée, froissée dans son amour-propre, mais toujours prête à revenir au moindre appel, faisant même bon ménage avec les amies de son mari, et se laissant tyranniser par Lucile, Elle a passionnément aimé son mari; en quels termes touchants elle en parle dans son Journal : « M. de Chateaubriand est à la messe; j'ai peur quelquefois de le voir s'envoler vers le ciel, car en vérité il est trop parfait pour habiter cette terre, et trop pur pour être atteint par la mort.» C'est un amour à la fois naïf et aveugle; du reste, il lui fallut bien être volontairement aveugle, et si elle déclarait hautement ne pas avoir lu deux lignes des