‹ Chateaubriand: Essai Médico-PsychologiqueChapitre 6 sur 27 · AS CES · texte numérisé non relu

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hâte d'écrire l'Essai sur les révolutions, qui lui demande beaucoup de travail, d'autant plus que dans la journée il fait des traductions pour gagner un peu d'argent, Un parent. réussit enfin à lui faire tenir une certaine somme. Chateau- Briand écrit beaucoup, notamment son « terrible manuscrit des Natchez, de deux mille trois cent quatre-vingt-treize pages in-folio » 2), Il fait connaissance de Fontanes, qui va rester son meilleur ami, il à une aventure avec une jeune fille de bonne famille, Charlotte Ives, mais se souvient à temps qu'il est marié, La nouvelle de Ja mort de sa mère lui fait faire un retour sur lui-même, et [ui inspire la première idée du Génie du christianisme. Peu à peu, les émigrés rentrent en France, où Napoléon, premier consul, ferme les yeux. Et c'est sous un faux nom et sous la nationalité suisse que Chateaubriand regagne son pays. -

Le poète. — Il se fixe à Paris, Il n'a pas vu sa femme depuis huit ans. Il attendra trois ans pour l'appeler auprès de lui. I publie Atala, en 1801 — ïl à alors trente-quatre ans — c’est un grand succès. Atala, Chäctas, le père Aubry et. Chateaubriand deviennent à Ja mode. Sa gloire l'enivre, tout en l’intimidant : « J'aimai la gloire comme une femme, comme un premier amour. »(%), Il en prendra vite l’habitude, sans cesser d'en apprécier les joies.

Il devient le centre d’un petit groupe formé de Joubert, Fontanes, Chénedollé, Guéneau de Mussy, et surtout de la comtesse de Beaumont, pour qui il éprouve un très grand amour — amour partagé du reste — peut-être le seul de sa vie. Il travaille ferme : « Il en perd le boire et le manger », écrit Mme de Beaumont, qui l’aide en recopiant des citations: et le Génie du christianisme, où est inclus René, parait en 1802 avec un énorme succès. |

Napoléon, qui vient de signer le Concordat, se fait pré-

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senter le poète, et l'envoie, avec le cardinal Fesch, ambassadeur auprès du Saint-Siège. Mme de Beaumont vient le rejoindre à Rome, déjà malade, et meurt dans ses bras. C'est un coup très dur pour Chateaubriand. Il demande son congé de l'ambassade, et, après avoir vendu le peu qu'il possède pour faire élever un monument à la morte, il rentre en France auprès de sa femme, Peu de temps après, Lucile meurt à Saint-Germain, loin de son frère.

L'Empereur le nomme ambassadeur dans le Valais. I va

partir avec sa femme — c'est la première fois qu'il Pemmène — quand il apprend l'exécution du due d'Enghien. Il démissionne, ce qui demande un certain courage, Considéré comme suspect, il se retire dans sa propriété de la Vallée-aux-Loups, qu'il embellit avec amour; puis il se décide à réaliser un projet dont il rêvait depuis longtemps : il va en Orient, il visite la Grèce et Jérusalem (1806). De retour à Paris, il publie en 1809 Les Martyrs, épopée en prose, toute pleine des idées du Génie du christianisme, dont le retentissement est grand, mais le succès discuté. En 1811, il fait paraître l’Itinéraire de Paris à Jérusalem, commence ses Mémoires d'outre-lombe, et entre à l’Académie française. Mais il n'y siégera pas de sitôt, car il refuse de refaire son discours, jugé inacceptable par l'Empereur. ;

Sa gloire ne fait que croître. Il est le centre de toute une cour féminine; les adoratrices se succèdent; il n'aime pas, à vrai dire; il se laisse plutôt aimer, Pendant les dernières années de l'Empire, il est très lié avec la duchesse de Duras : 11 semble que ce qu'il aime en elle, ce soit surtout la haute opinion qu'elle à de ses qualités d'homme politique, car, après la gloire littéraire, il veut maintenant goûter du

pouvoir; avec la chute de l'Empire commence son rôle.

L'homme politique. — La publication de son pamphlet De Buonaparte et des Bourbons, à plus fait pour la Restauration, dira Louis XVII, qu'une armée de cent mille hommes. Dès l'entrée du roi à Paris, Chateaubriand offre ses

PTT à

services. Mme de Duras le fait nommer ambassadeur à Stockolm, mais le retour de Napoléon ne lui laisse pas le temps de rejoindre son poste. Il suit Louis XVII à Gand, où ce dernier le nomme ministre d'Etat. Après les Cent-Jours, il est fait pair de France (1815). II publie La Monarchie selon la Charte, « catéchisme constitutionnel », qui lui vaut d'être rayé de la liste des ministres d'Etat. Sans ressources. il doit faire vendre ses livres à la criée, et la Vallée-aux-Loups. Il se lie avec Villèle, chef de l'opposition royaliste à la Chambre. élective, tandis que lui l’est à la Chambre des pairs.

La même année, auprès de Mme de Staël mourante, il rencontre Mme Récamier, qu'il avait connue douze ans auparavant; comme César, il n’a qu'à se présenter pour vaincre. C’est le début d’une longue liaison, entrecoupée d’infidélités de Chateaubriand, et qui va durer jusqu'à sa mort.

En octobre 1818, il fonde le journal Le Conservateur, grou-

pant autour de lui tous les royalistes constitutionnels et

catholiques. La censure — rétablie en 1820, après l'assassinat du duc de Berry, héritier de la couronne — l'oblige à en suspendre la parution : « À cette première époque de ma polémique, dit-il ®, je culbutai l’ancien ministère, et fis entrer M. de Villèle au pouvoir. » En récompense, il est nommé ambassadeur à Berlin (1821), puis réintégré dans son ministère d'Etat. Mais il démissionna deux mois après pour accompagner dans sa chute le ministère Villèle. Ambassadeur à Londres (1822), il y revoit Charlotte Ives, mariée et mère de famille. Il prend part en qualité de plénipotentiaire au Congrès de Vérone (1822), devient ministre des Affaires étrangères, décide’ sa guerre d'Espagne, « le grand événement politique de ma vie » (9, et finalement est renvoyé le 6 juin 1824 par ce même Villèle, qu'il avait soutenu quatre ans plus tôt, Il prend très mal la chose, et commence une longue campagne de presse, qui se poursuit sous

(4) Mémoires.

Charles X. Entre temps, il publie Les Natchez et Les Arentures du Dernier Abencérage. À la chute de Villèle (1827), nommé ambassadeur à Rome, il s’y emploie à l'élection du successeur du Pape Léon XII, et réussit à faire élire son Pape.

En mai 1828, il vient en France en congé, et rencontre à Cauterets une étrangère de seize ans, qui, depuis deux ans, lui écrivait sans le connaître; il repousse doucement l'offre qu'elle Jui fait de son amour et d'elle-même : « Fleur charmante que je ne veux pas cueillir. »

La formation du ministère Polignac le rappelle brusquement à Paris. Il donne une fois de plus sa démission d’ambassadeur. « J’eus le pressentiment... qu'étant accouru pour défendre les libertés publiques, je serais obligé de défendre la royauté » 6) Au milieu des journées de Ja révolution de juillet, une foule de jeunes gens le portent en triomphe sur leurs épaules jusqu’à la Chambre des pairs. Charles X abdique; et avec la chute de la légitimité, Chateaubriand termine volontairement sa carrière politique, Il envoie sa démission de pair et de ministre d'Etat (10 août 1830) : « Retourné à mes instincts primitifs, je redeviens libre et voyageur; j'achève ma course comme je la commençai. » (6).

La vieillesse. — Qui dit vieillard voit par association d'idées le coin du feu et les pantoufles. Chateaubriand a soixante-deux ans. Il publie une brochure : De la Restauralion el de la Monarchie élective, quatre gros tomes d’histoire : Les Etudes historiques (avril 4831), et part pour Genève (mai 1831) s'il a l'intention de finir ses jours en exil, lié plus de force que de gré à la pauvre Mme de Chateaubriand : « Faute de quelques pistoles, il faut rester en face l’un de l’autre, à se maugréer, à se manger l'âme et le blanc des yeux. » (®). Il rentre à Paris, espérant vendre sa maison de la rue d'Enfer : il s’en faut de peu qu'on ne le mêle à la cons-

(5) Mémoires.

(6) Mémoires.

(7) Mémoires.

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