PRO
il avait le nez aquilin, les lèvres minces et pâles... Son élat habituel était une tristesse profonde, que l'âge augmenta, et un silence dont il ne sortait que par des emportements..… Hautain aux Etats de Bretagne avec les gentilshommes, dur avec ses vassaux à Combourg, despotique et menaçant dans son intérieur, ce qu'on sentait en le voyant, c'était la crainte. »@), Il fut un éducateur dur et intransigeant
« J'avais une répugnance pour certains mets, on me forçait d'en manger... Pour le feu, même rigueur : il ne m'était pas permis d'approcher de la cheminée. Il y a loin de ces parents sévères aux gâte-enfants d'aujourd'hui » 3), constate mélancoliquement son fils, Il présenta sur ses vieux jours plusieurs
attaques de paralysie
« son bras gauche avait un mouvement convulsif qu'il était obligé de contenir avec sa main droite » (® — ef mourut d'apoplexie.
Sa mère, Pauline-Suzanne de Bedée, annihilée par son terrible mari, devenait à son tour, hors de sa présence, un tyran domestique, malgré toutes ses vertus : « Avec de l’ordre, ses enfants étaient tenus sans ordre; avec de la générosité, elle avait l'apparence de l’avarice; avec de la douceur d'âme, elle srondait toujours : mon père était la terreur des domestiques, ma mère le fléau. » 5). Elle eut dix enfants, dont les quatre premiers ne vécurent que quelques mois, ce qui, associé à l'hémorragie cérébrale dont mourut son mari, pourrait éveiller en nous l’idée de spécilicité, Mise en prison sur ses vieux jours par la Révolution, elle mourut en 1798.
Son frère aîné, Jean-Baptiste, fut guillotiné en 1793. Parmi ses quatre sœurs, Julie mourut un mois après sa mère, à peine âgée de trente-trois ans, les deux autres vécurent sans
histoire, la dernière fut Lucile,
(2) Mémoires.
(3) Mémoires, (4) Mémoires.
(5) Mémoires.
ne
« Lucile était grande, et d'une beauté remarquable et sérieuse. Son visage pâle était accompagné de longs cheveux noirs; elle attachait souvent au ciel ou promenait autour d'elle des regards pleins de tristesse ou de feu » : ainsi la revoit Chateaubriand quand il écrit ses Mémoires. Plus loin, il l’appellera : « Fleur flottant sur l’abîme. » Toute sa vie elle fut une âme un peu hagarde, instable, désorientée, mais qui revenait toujours se fixer sur l’image de son frère cadet.
Toute jeune, elle avait présenté une scoliose, pour laquelle on lui faisait porter un corset en fer. À quinze ans, elle avait déjà des accès de pensées noires; elle parlait d'entrer en relsion, elle prétendait avoir des rêves prophétiques, elle écrivait des poésies, tristes bien entendu — ce fut elle qui éveilla la vocation littéraire de son frère. « Tout, dira-t-il, fui était souci, chagrin, blessure. » (6),
Au sortir de la prison, où, pendant la Révolution, elle fut enfermée avec sa mère et la femme de son frère, elle épousa un vieillard, M. de Caud; mais elle le quitta après trois mois de mariage, épouvantée par les ardeurs renaissantes de son vieux mari, qui, du reste, ne tarda pas à mourir.
Veuve, elle ne se fixa nulle part, tournant autour de son frère, mais n'osant pas rester définitivement auprès de lui, et se rabattant, faute de pouvoir l’accaparer, sur les femmes qui le touchaïent de plus près : Mme de Beaumont, et surtout Mme de Chateaubriand, sur qui elle finit par exercer une véritable tyrannie. Elle était violente, impérieuse; les idées de persécution qui la tourmentaient depuis sa jeunesse l’assaillaient de plus en plus, en même temps peut-être que l’image qu'elle se faisait de son personnage fatal et tour. menté l’encourageait dans sa mélancolie. « Le cœur de Lucile ne pouvait battre que dans un air fait exprès pour elle, » G).
(6) Mémoires.
(7) Mémoires.