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LES COLLECTIONS D’ANATOMIE COMPARÉE

Monsieur le Ministre,

Nommé par vous professeur d’anatomie comparée au Muséum d’histoire naturelle, je me trouvais par cette situation appelé à diriger, à conserver et à augmenter une collection d’anatomie qui, même dans son état actuel assez peu satisfaisant, compte parmi les plus considérables de l’Europe. Je n’ai pas à en rappeler ici l’histoire. Née d’un morcellement de l’ancien Cabinet du Roi, enrichie de bonne heure de pièces précieuses provenant des cabinets des émigrés et des couvents, ainsi que d’autres pièces rapportées de Hollande et d’Italie par les armées de la République, la galerie d’anatomie comparée du Muséum fut installée dès l’origine par Cuvier dans les locaux qu’elle occupe encore, locaux devenus tout à fait insuffisants et dont la disposition antique ne remplit aucune des conditions reconnues aujourd’hui comme indispensables pour une bonne exposition et un bon entretien des pièces anatomiques.

De nouveaux bâtiments, dont les belles proportions font le plus grand honneur â l’architecte \ s’élèvent en ce moment au Muséum pour recevoir les collections. C’est donc à brève échéance un remaniement complet de la collection d’anatomie comparée qui se prépare; et vous avez pensé, Monsieur le Ministre, qu’il pourrait être avantageux de faire étudier dans les collections pareilles à

1 M. André.

l’étranger les meilleures dispositions à adopter, les perfectionnements nouveaux à introduire dans la préparation ou le classement des pièces exposées au public, dans l’organisation du personnel , du laboratoire et des ateliers que suppose toujours derrière elle une collection importante, toutes les mesures, en un mot, les plus propres à augmenter et à conserver intactes pour nos successeurs les richesses scientifiques et les objets naturels qui tendent (on en a des exemples nombreux) à devenir chaque jour plus rares \ ou même à disparaître entièrement 2 de la planète.

Vous avez bien voulu, Monsieur le Ministre, me confier, sur ma demande, une mission pour cet objet : j’ai 1 honneur de vous

en rendre compte.

Le temps me faisait défaut pour étudier dans 1 espace des vacances toutes les collections européennes d’anatomie. D’ailleurs plusieurs m’étaient déjà connues. Je crus devoir porter spécialement mon attention sur celles du centre de l’Allemagne et des pays limitrophes. J’ai successivement visite Zurich, Tubingue, Munich, Würzburg, Giessen, Goettingue, Francfort- su r-le-Mein (qui n’est point ville d’université, mais qui possède une collection importante), Leipzig, Prague, Breslau, Berlin, Leyde et Gand.

Un voyage plus complet ne m’aurait sans doute fourni aucune donnée nouvelle. Je me suis rapidement convaincu, en effet (comme on pouvait d’ailleurs le prévoir), que les mêmes dispositions générales, la même organisation se répétaient a peu près partout; en sorte qu’après avoir visité de grandes universités comme Leipzig et Munich, qui sont aujourdhui avec Stiasbouig les centres les plus importants pour les études biologiques, et de petites universités comme Giessen, Tubingue, ou 1 enseignement de la biologie et de la médecine est concentré dans les mains d’un petit nombre de professeurs, j’avais tous les éléments de 1 étude spéciale que je m’étais proposée : celle de l’organisation des collections, aussi bien que des laboratoires d’anatomie comparée. J’ai cru devoir, en effet, étendre mon attention sur ce qui touchait d’un peu moins près au but spécial de mes informations : collections d’anatomie pathologique, installation des couis d histologie, entretien des animaux necessaires aux expériences, etc.

Pendant les vacances, je ne pouvais espérer trouver les profes-

1 Certaines Baleines , 1 Aptéryx .

2 Le Dodo, le Solitaire de file Rodrigue, etc.

seurs à leuf poste. Partout où je les ai rencontrés, je n’ai eu qu’à me féliciter de la cordialité empressée avec laquelle j’ai été reçu. Je dois ici tout particulièrement adresser mes remerciements à MM. les professeurs Semper (Würzburg), Leuekart (Leipzig), Eckhart (Giessen), Eimer (Tubingue), Rüdinger (Munich), Hasse (Breslau) , Plateau (Gand). Je ne puis oublier non plus M. du Bois- Reymond (Berlin) qui, apprenant que je visitais son institut, m’a fait prier de me présenter à lui.

J’ai divisé ce rapport en deux parties. Dans la première, j’essaye de condenser le résultat de mes observations et j’indique le profit qu’il me paraît convenable d’en faire pour l’amélioration de la collection d’anatomie du Muséum et de l’enseignement dont je suis chargé. La seconde partie n’est qu’un dossier de pièces justificatives : ce sont les notes mêmes prises au cours de mon voyage, après mes visites aux instituts et aux collections.

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