‹ Chateaubriand: études littérairesChapitre 11 sur 154 · AVANT-PROPOS. XV · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XV

exacte de toute sa correspondance; ni édition critique de ses Confessions; ni ennn une édition de ses œuvres qui les comprenne toutes et qui réponde aux exigences de la critique moderne. » A quelques nuances près, nous pourrions tenir le môme langage pour Chateaubriand. A certains égards même, nous sommes moins bien partagés que pour Rousseau, puisque, — chose paradoxale et presque scandaleuse, — personne encore, depuis plus d'un demi- siècle qu'il est mort, ne s'est avisé de rassembler la volumineuse, la très belle correspondance de René. Or, comment bien parler de lui, comment raconter sa vie, si l'on n'a pas sous les yeux la plupart des lettres qu'il a écrites? — En second lieu, pour écrire sur Chateaubriand la vaste étude d'ensemble à laquelle il aurait tant de droits, il nous faudrait plusieurs études particulières, je ne dis pas des articles, mais des livres, dont le moindre pourrait remplir plusieurs années d'actif labeur. Je n'ai pas la prétention d'en faire ici le dénombrement complet. Mais il ne sera sans doute pas superflu d'en indiquer les plus pressants et les plus indispensables.

Quand Chateaubriand donc aura trouvé un Beuchot, un Desnoireterres et un Bengesco, je veux dire un éditeur, un biographe et un bibliographe dignes d'être comparés à ceux de Voltaire, — les utiles travaux de M.Kerviler ne peuvent être que provisoires, et ceux de MM. Pailhés et Biré, qui seront continués et se rejoindront, je l'espère bien, quelque jour, sont encore trop fragmentaires, — il faudra souhaiter que des critiques avisés se partagent les principales portions de son héritage. Sans parler des études spéciales dont chacun de ses livres pourra et devra peut être être l'objet, nous aurions grand besoin, — le travail est d'ailleurs en préparation, — pour bien connaître et pour apprécier pleinement en lui l'écrivain, d'un livre sur la Langue et le

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style de Chateaubriand, Deux autres ouvrages, non moins utiles, pourraient être consacrés l'un à Chateaubriand homme politique, l'autre à Chateaubriand historien. Ce dernier sujet est entièrement neuf, et il devrait bien tenter quelque historien de profession.

Ces diverses questions ont — ou paraissent avoir — un intérêt surtout historique* En voici d'autres où l'intérêt historique se double d'un intérêt presque d*actualité.

Aujourd'hui, en effet, où l'on se préocupe, avec beaucoup de raison, des rapports et des échanges des littératures modernes entre elles, il y aurait lieu d'étudier de près ce que Chateaubriand a dû à nos voisins, et ce qu'il leur a peut-être donné. Il est certain, pour nous en tenir à ce seul aspect du problème, qu'il leur doit beaucoup, et qu'il a été, au début du xix^ siècle, entre les littérature» étrangères et la nôtre, un intermédiaire presque aussi puissant que Mme de Staël elle-même. Il savait assez peu d'allemand, il est vrai, et ne pouvait lire Gœthe dans le texte; mais l'italien et l'espagnol même lui étaient familiers ; surtout, il connaissait très bien l'anglais : V Essai sur les révolutions est émaillé d'anglicismes; on ne saurait assez dire ce que les M artyj'S doivent QiU Paradis perdu, dont Chateaubriand donna en 1836 une traduction d'ailleurs médiocre; et il a beau, dans l'un de ses premiers articles au Mercure (en mars 1801), critiquer très vivement Young, il l'imite et s'en inspire plus d'une fois dans le Géiiie du Christianisme, Il y aurait un bien intéressant chapitre d'histoire littéraire à écrire sur les origines anglaises de la pensée de Chateaubriand. C'est, ne l'oublions pas, en Angleterre, où il resta sept ans, qu'eut lieu pour lui la crise religieuse : il s'agirait donc de savoir avec précision quelles influences « livresques » ou autres il y a subies, et s'il faut en tenir compte pour

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