AVANT-PROPOS, XVII
l'histoire de ses idées. Le très regretté Joseph Texte se proposait d'aborder un jour quelques-unes de ces questions. Celui qui les reprendrait à son compte nous rendrait un très grand service.
On nous en rendrait un autre en essayant de déterminer avec exactitude la part qui revient à Chateaubriand dans la formation de ce qu'on appelait antrefois (( le mal du siècle », et de ce que j'appellerais plus simplement la mélancolie romantique. Elle est assurément très grande, cette part, aussi grande, et peut-être plus, que celle d'un Byron et d'un Gœthe; et qui sait si, à cet égard, l'action de Chateaubriand ne s'est pas fait sentir jusqu'à notre époque, et si tel de nos jeunes pessimistes n'est pas un de ses lointains héritiers, bien plutôt qu'un disciple de Schopenhauer ? Je le croirais volontiers pour ma part. L'auteur de René me paraît être le premier pessimiste véritable qu'ait produit notre littérature, généralement plus tournée vers l'action que vers le rêve, et, partant, peu disposée au pessimisme. Et puisque ce pessimiste a fait école parmi nous, analyser la vraie nature de son pessimisme, en rechercher les origines, en suivre l'influence sur les artistes et les écrivains de son temps et du nôtre, ce ne serait pas seulement préparer une définition plus exacte de son génie, de son œuvre et de son rôle; ce serait contribuer, et puissamment, à l'histoire des idées littéraires et morales au xix^ siècle.
Cette histoire enfin ne serait pas complète, si l'on n'y faisait pas une large place à Chateaubriand considéré comme le principal initiateur du mouvement de renaissance religieuse qui caractérise les premières années du siècle. On a souvent observé que la littérature du xix° siècle était, dans son ensemble, sinon plus religieuse, au moins plus imprégnée de christianisme, je ne dis pas que celle du xvni*', mais que celle même