‹ Chateaubriand: études littérairesChapitre 134 sur 154 · CORRESPONDANCE DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE DE CHATEAUBRIAND

Octobre 1902.

Pourquoi seul, ou presque seul, des grands écrivains français du xix'' siècle, Chateaubriand n'a-t-il encore trouvé personne pour recueillir et pour éditer sa Correspondance! Peut-être le hasard est-il le seul coupable. Peut-être aussi, trop admiré et trop adulé pendant qu'il vivait, lui a-t-on fait trop longtemps expier, par une dédaigneuse ou ironique indifférence, les hommages et l'encens qu'on lui avait autrefois prodigués? On sait l'instructive histoire des variations de Sainte-Beuve à Tégard du grand homme. Peut-être enfin ce génie solitaire et distant, qui n'a laissé pour prendre soin de sa gloire posthume ni veuve, ni enfants, ni amis, ni disciples immédiats, peut-être avait-il en lui un je ne sais quoi qui décourageait par avance la familiarité ou la piété même de ses plus fervents admirateurs...

(Juoi qu'il en soit, c'est un fait que nous avons la Corrt*i^pondanve de Lamartine et celle de Joseph de Maistro, celle de Lamennais et celle de Balzac, celle de (jeorge Sand, celle de Sainte-Beuve ; nous avons déjà, au moins en partie, et nous aurons plus complètement un jour celle de Victor Hugo, celle de Renan et celle de Taine ; et il nous manque toujours celle de Chateaubriand. A en juger pourtant par ce que nous en connaissons actuellement, elle est très considérable * et elle offre pour l'histoire de l'auteur A'Atala et pour Thistoire de son temps un intérêt de tout premier ordre. Quand cette correspondance sera réunie au complet, ce sera sans doute l'une de celles que notre siècle, — je me trompe, le siècle passé, — pourra le mieux opposer aux plus célèbres correspondances des deux derniers siècles ■-.

1. J'évalue à plus d'un millier le nombre de lettres complètes^ iï/ip7nmées, et actuellement connues de Chateaubriand. Si l'on y Joint les lettres qui ne nous sont connues que par fragments, dont Texistcnce nous est révélée par des recueils d'autographes, ou par des publications diverses, et qu*il ne serait sans doute pas impossible de retrouver, on porterait, je crois, aisément ce chilTre à quinze cents. M. Eugène lUtter va nous donner bientôt une édition,— qui sera probablement définitive, — de la Correspondance (le Rousseau. Je doute qu'il y réunisse un nombre aussi considérable de lettres. En tout cas, la meilleure édition que nous ayons encore des Œuvres complètes de Rousseau, et qui date de 18*)3, celle de Iloussiaux (4 vol. in-4% Paris), n'en renferme encore que 834. Et il y a à peine un demi -siècle que Chateaubriand est mort. Sans doute, bien d'autres de ses lettres nous serons révélées peu à peu, La correspondance du grand écrivain avec Ballanche, avec Bonald, avec Mme de Duras, entre autres, nous seraient bien précieuses à connaître.

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