Lectures des Mémoires, Préface
paraît douteux, avait été conservé par l'écrivain, il est tout à fait inadmissible qu'on l'ait livré à Emile de Girardin : celui-ci a dû n'avoir entre les mains qu'une simple copie.
Cette copie n'était pas unique. Il en existe une autre, au moins pour les derniers livres des Mémoires. Cette copie, qu'ont rendue célèbre les découvertes successives de M. Tabbé Bertrîn, appartient aujourd'hui à M. Champion, libraire : elle est, nous dit M. BertVin, l'œuvre d'Hyacinthe Pilorge, l'un des secrétaires de Chateaubriand, et elle comprend, avec une cinquantaine de pages inédites, bien des corrections de la main môme du grand écrivain : cette copie forme quatre gros volumes in-4° reliés ^ et il y a lieu de penser qu'elle représente dans l'ensemble une rédaction au moins un peu antérieure à celle du texte courant.
Ce n'est pas tout. Quand, en 1834, Chateaubriand publia dans la Revue des Deux Mondes sa Préface testamentaire^ il y joignit une petite note qui est de nature à piquer notre curiosité : « Le reste de la Préface, écri-
i. Georges Bertrin, La sincérité religieuffe de Chateaubriand y Paris, LecolTre, 1900, p. 347, note 1. — M. Léon Séché, qui a dû voir (le plus près que moi ce manuscrit, nous donne sur lui les précieux renseignements que voici : « Cette partie des Mémoires ne forme pas moins de six volumes grand in-8" reliés en maroquin vert foncé. Écrits de plusieurs mains et d'une assez belle écriture, ils se composent de feuillets paginés du même chiffre au recto et au verso, sur la plupart desquels on a collé, mais au recto seulement, des papillons de dimensions différentes, au moyen de pains à cacheter. Les papillons sont remplis de surcharges et de ratures de la main de Chateaubriand. Et comme pour ajouter encore à l'authenticité de ce manuscrit, l'illustre écrivain a mis sa signature à la dernière page sous la date du 22 février 1845. Les six volumes de cette partie des Mémoires proviennent de la vente de Mme Charles Lenormant qui en avait hérité de Mme Récamier. C'est malheureusement la seconde partie, c'est-à-dire la moins intéressante... » {Revue bleue du 10 mars 1900, p. 314).
vait-il, s'explique sur ce qu'il y a d'écrit des Mémoires, sur les manuscrits, au nombre de deux, un à Mme de Chateaubriand, un à Mme Récamier * . . . . » — Ces deux manuscrits ont-ils été conservés? Etaient-ils autographes? ou étaient-ce de simples copies? (J'inclinerais pour ma part plutôt vers la seconde hypothèse.) Enfin, quel rapport avaient ils soit avec le texte partiel possédé par M. Champion, soit avec celui qu'a publié la Presse! — Autant ^e questions que nous ne pouvons que poser, et non résoudre.
D'autre part, en 1874, on a publié, sous le titre de Souvenirs d'enfance et de jeunesse de Chateaubriand : manuscrit de J 826*, une copie des trois premiers livres des Mémoires faite en 1826 par Mme Récamier avec , l'aide de Charles Lenormant : ce texte est très différent du texte courant, et M. Edmond Biré est très loin d'en avoir extrait, pour son édition, toutes les variantes intéressantes. (( C'est le premier jet, l'expression spontanée la plus pure et la plus simple de la pensée de son auteur », nous disent les éditeurs; et ils prétendent nous donner a la rédaction primitive » ^ dans ces trois premiers livres. Nous verrons tout à l'heure si cette prétention est de tous points exactement fondée. Ce qui est sûr, c'est que le Manuscrit de 1826, — à supposer même, ce qui est fort possible, qu'il reproduise non pas un autographe, mais une simple copie, — représente une rédaction sensiblement antérieure à toutes celles dont nous avons parlé jusqu'à présent.