Revue bleue du 10 mars 1900, p
62 C H ATEAUBRI AND .
dans sa Revue des auiogrnjjhes d'avril 1902 ^ annonçait la mise en vente d'un certain nombre de feuillets du manuscrit des Mémoires d'outre- tombe, quelques-uns autographes, d'autres non autographes, mais revus, datés et signés par Chateaubriand lui-même. L'existence de ces feuillets m'avait été fort aimablement signalée par M. Félix Chambon, bibliothécaire de la Sorbonne. Mme Gharavay a bien voulu me permettre, — et je lui en exprime ici ma respectueuse gratitude, — d'examiner et de copier le précieux manuscrit, et elle m'a autorisé à en reproduire les parties essentielles. Si ces pages n'ont pas encore été vendues, il serait bien à souhaiter que la Bibliothèque Nationale en fît l'acquisition : elle n'est malheureusement pas très riche en manuscrits de Chateaubriand.
Avant d'en venir au long fragment autographe qui a été la cause occasionnelle et finale de ces pages, je crois bon de donner quelques rapides indications sur les autres feuillets détachés qui ont été évidemment recopiés pour l'usage de Chateaubriand par quelque secrétaire. Je n'ai eu le temps d'en collationner qu'un seul, le premier; mais j'ai pu tous les identifier, grâce au texte publié par la Revue des autographes : à part des variantes insignifiantes, et qui, pour la plupart, peuvent fort bien provenir de fautes de lecture ou d'impression, nous avons là le texte courant et définitif des Mémoires.
Le premier fragment comprend trois quarts de page in-4°. Au bas, on lit, de l'écriture du grand écrivain : (( Revu en décembre i 846, Cuateaubriand. » C'est le passage qui dans l'édition Biré (t. II, p. 291-292), commence ainsi : « Maintenant dans la supposition
1. Revue des autographes, avril 1902, p. 15-16; n*** 222, 223, 224, 225, 226, 227, 228. Le fragment autographe forme le n° 222.
que mon nom... » et se termine par : « Elevamini poriœ œiernales, » J'y ai noté ces deux variantes : « Si l'influence de mon travail ne se borne pas.... » [Biré imprime : hornait]\ — «... si le léger symptôme de vie que Ton croit apercevoir se soutenait... » [Biré imprime : s'y.]
Le second fragment, revu et signé, avec cinq mots autographes, le 12 février 1845, forme une page in-4*'. En tête : (( Ambassade de Rome. Trois espèces de matériaux. — Journal de route. » C'est le passage qui, dans l'édition Biré (t. V, p. 1-2), commence par : « Le livre précédent que je viens d'écrire... », et se termine par: «... On aura été délassé de moi ». — J'y note une variante : après les mots : « de Moreau, de Bernadotte », on lit ceci, qui ne figure pas dans l'édition Biré : « de Mme de Krudener ».
Le troisième fragment, revu et signé en décembre 1846, forme une page in- 4*^. On le retrouvera dans rédition Biré (t. II, p. 229-230) : « Vous savez que j'ai... se prit de passion pour l'auteur. » — J'y note une variante : « embarquée au Havre ... » ; Biré imprime : « embarquée furtivement au Havre... »
Le quatrième fragment, revu et signé en décembre 1846, forme trois quarts de page in-4°. On le retrouvera identique dans Biré (t. II, p. 228) : « dans le royaume des ombres... j'abordai la France avec le siècle. » On a imprimé par erreur dans la Revue des autographes « chemises » pour « chimères ».
Le cinquième fragment, revu et signé avec la date autographe, le 22 février 1845, forme une demi-page in-4°. On le retrouvera identique dans l'édition Biré (t. II, p. 187) : « Adieu ; ma cousine de jadis... tout pleins de larmes. »
J'en arrive enfin à la pièce autographe et olographe. La grande écriture tourmentée de Chateaubriand est
si facile à reconnaître, qu'on ne saurait, quoique ces pages ne soient pas signées, en suspecter Tauthenticité. J'en ignore d'ailleurs Texacte provenance, comme j'ignore celle des fragments dont je viens de parler. Le fragment forme un ensemble de huit pages qui se suivent, de format in-8** oblong. C'est un fragment du premier livre des Mémoires, celui où Chateaubriand raconte sa première enfance. Il porte la trace de nombreuses ratures et retouches. Dans la Préface à laquelle je faisais allusion plus haut, Nisard nous dépeignait non sans emphase toute la (( joie » qu'il avait eue à être reçu par Chateaubriand, à lire à ses côtés quelques parties du manuscrit des Mémoires, h le voir travailler sous ses yeux. « Quelquefois, nous dit-il, à la fin des chapitres, je regardais par-dessus mes feuilles Tillustre écrivain appliqué à son minutieux travail de revision, effaçant, puis, après quelque incertitude, écrivant avec lenteur une phrase en surcharge, et Teffaçant à moitié écrite. J'entendais le bruit de sa plume éxarant le papier; j'assistais aux hésitations de son goût; je voyais l'imagination et le goût aux prises *. » La vue de ce fragment autographe nous rend d'une manière assez vivante ce spectacle. Le texte en diffère sensiblement, comme on le verra, du texte courant et définitif des Mémoires-, il se rapproche au contraire beaucoup du texte fourni par le Manuscrit de 1 826 : il en est visiblement la première ébauche; mais entre les deux, — si du moins la copie de 182G est fidèle, — il y a eu une rédaction un peu remaniée, — autographe ou copie, nous ne savons, — et qui a servi à Mme Récamier et à Charles Lenormant dans leur pieux travail de conservation. De toutes façons, on le voit, il n'est pas tout à fait exact de dire que le Manmcrlt de i 826 nous rend