‹ Chateaubriand: études littérairesChapitre 4 sur 154 · AVANT-PROPOS. VU · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. VU

ni de la gloire que lui a faite la France, le pays où la gloire est si douce et si enivrante, le pays où il fait si bon d'avoir du génie! Nous lui avons donné toutes les louanges que le cœur fait trouver : nous l'avons mis à la tête de tous les écrivains de notre âge, poètes et prosateurs, et au même rang que les plus grands noms de notre littérature; c'est pour lui, et pour lui seul que nous avons changé le sens des mots consacrés, et que nous avons appelé sa prose la plus belle des poésies, et lui le poète du dix-neuvième siècle, tant son beau génie nous paraissait suffire aux deux gloires à la fois! Nous l'avons lu et appris par cœur; nous lui avons fait hommage de toutes nos réputations naissantes ; nous avons déposé à ses pieds toutes nos couronnes, comme d'humbles écoliers aux pieds de leur maître. Nos vanités littéraires, plus vives en ce siècle qu'en aucun autre, n'ont point souffert qu'on nous le montrât du doigt, qu'on nous le reprochât presque comme la source où nous avions pris toutes nos inspirations. Et, dans les jours de troubles politiques, ne l'avons-nous pas pris dans nos bras et porté en triomphe par les rues, comme le prêtre et le roi de la liberté de la pensée? Voilà la gloire que nous lui avons faite....

Celui qui parle ainsi — le croirait-on? — c'est l'auteur des Poètes latins de la Décadence, c'est Désiré Nisard lui môme. Ecoutons la suite de son dithyrambe, que Ton chercherait en vain, je crois, dans la collection de ses œuvres. Je l'emprunte à une Préface qu'il écrivit en 1834 pour un Ilecueil, devenu aujourd'hui rarissime, d'articles publiés sur les Mémoires de Chateaubriand, à la suite des lectures qui en furent faites dans le salon de Mme Récamier. Je ne sache pas de texte qui nous fasse mieux sentir et comme toucher du doigt l'espèce de culte véritable dont René a été l'objet, lui vivant, de la part des hommes de lettres ses contemporains. Nisard n'avait pas assiste aux lectures de l'Abbaye-au-Bois.

Je n'étais pas do la fête, écrit-il, et Je n'ai rien à en raconter. Mais je suis du petit nombre des heureux qui

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