‹ Chateaubriand: études littérairesChapitre 51 sur 154 · FRAGMENTS PERDUS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS PERDUS

DU

Retrouvera-t-on jamais et parviendra-t-on à reconstituer intégralement les « deux éditions manquées » du Génie du Christianisme y dont Chateaubriand, dans sa Préface de 1802, nous signale tout à la fois l'existence et la destruction? Il à paru du moins intéressant de rassembler ici les morceaux que, de 1800 à 1802, Chateaubriand en laissait habilement insérer ou en publiait lui-même dans les « papiers publics ». Nous n'avons jusqu'ici retrouvé de ces pages perdues que dans le Mercure de France, le Paris de Peltier, et la Bibliothèque française. En plaçant en face l'un de l'autre le texte primitif et le texte définitif (celui de l'édition de 1828), nous avons voulu permettre au lecteur de constater d'un coup d'œil les progrès,- ou du moins les changements de pensée et de style que vingthuit ou vingt-neuf ans de vie et d'expérience littéraires ont introduits dans l'œuvre du grand artiste. Nous avons marqué en italiques les divergences des deux textes; nous avons mis entre cro-

chets dans le premier texte les passages qui ont été ultérieurement retranchés. Nous avons rejeté en note les variantes des diverses éditions intermédiaires. De la sorte, on aura comme les premiers linéaments d'une très fragmentaire édition critique du Génie du Christianisme,

Nous avons adopté , pour classer ces divers fragments, l'ordre chronologique — de la publication — lequel est ici, comme presque toujours, le plus logique et le plus instructif tout ensemble.

Les deux plus anciens morceaux que nous connaissions sont contenus dans une lettre de Chateaubriand à Fontanes, datée du 25 octobre 1799, et publiée pour la première fois, mais incomplètement, par Sainte-Beuve dans une article du Moniteur du 16 avril 1854. Sainte-Beuve en a donné le texte complet dans le premier volume de Chateaubriand et son groupe littéraire, en 1860, et en l'accompagnant de rapides, mais intéressants commentaires. « Il est curieux, écrivait-il à propos des deux citations faites par Chateaubriand de son livre futur, il est curieux de comparer cette première version avec le texte imprimé du Génie du Christianisme; on y voit au net de quel genre de corrections l'auteur fut redevable à ses amis de Paris. » Sainte-Beuve a raison; et avant d'en venir aux fragments qui ont été un peu plus tard insérés dans les journaux de l'époque, j'ai cru qu'il y avait

lieu de réunir ici les éléments d'une comparaison plus complète et plus poussée que celle qu'a esquissée Sainte-Beuve.

Rappelons tout d'abord en quels termes Chateaubriand, dans sa lettre, amorce la première citation :

« Puisque je vous ai entretenu, disait-il à Fontanes, de morts et de tombeaux au commencement de cette lettre, je vous citerai quelque chose de mon ouvrage à ce sujet. C'est dans la septième partie où, après en avoir passé en revue les tombeaux chez tous les peuples anciens et modernes, j'arrive aux Tombeaux chrétiens *. Je parle de cette fausse sagesse qui fit transporter les cendres de nos pères hors de l'anceinte des villes, sous je ne sais quel prétexte de santé; je dis :

LETTRE À FONTANES (25 octobre 1799).

[Un peuple est parvenu au moment de sa dissolution lorsqu'on y entend sans cesse répéter ces maximes horribles :

Que m'importe après ma mort où on me jette; qu'on fasse

Quon nous croie ^ : c'est lorsqu'on ^ vient à toucher à ces bases fondamentales de l'édifice, que les royaumes trop remués s'écroulent *. Encore si l'on s'était contenté de

1. D'après une précédente lettre à Fontanes (voir le chapitre précédent), ce sujet devait être traité dans la sixième partie.

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