‹ Chateaubriand: études littérairesChapitre 70 sur 154 · et 2" éd. : le [supei^be] reptile · texte numérisé non relu

et 2" éd. : le [supei^be] reptile

[tout à coup] en spirale, aplatit sa tête, enfle ses joues, contracte ses lèvres, découvre ses dents empoisonnées et sa gueule sanglante.

Sa double langue brandit comme deux flammes; ses yeux sont des charbons ardents. Son corps, gonflé de rage, s'abaisse et s'élève comme les soufflets d'une forge. Sa peau dilatée devient terne et écailleuse, et sa queue, dont il sort un bruit sinistre, oscille avec tant de rapidité, quelle ressemble à une légère vapeur.

Alors le Canadien commence à jouer sur sa flûte.

Le serpent fait un mouvement de surprise et retire la tôte en arrière [ ; il ferme peu à peu sa (jueiile enflammée]. A mesure que Veffet magique le frappe, ses yeux perdent leur âpreté; les vi- Id ration s de sa queue se ra-

ses joues, contracte ses lèvres, découvre ses dents empoisonnées et sa gueule sanglante ; il brandit sa double langue ^ comme deux flammes; ses yeux sont deux charbons ardents ; son corps gonflé de rage, s'abaisse et s'élève comme les soufflets d'une forge ; sa peau dilatée devient terne et écailleuse; et sa queue, dont il sort un bruit sinistre, oscille avec tant de rapidité, qu'elle ressemble h une légère vapeur.

Alors le Canadien commence à jouer sur sa flûte; le serpentfaitun mouvement de surprise, et retire sa tête en arrière. A mesure qu'il est frappé de l'effet magique, ses yeux perdent leur âpreté, les vibrations de sa queue se ralentissent, et le bruit qu'elle fait entendre s'af-

1. f", 2", 4' et 5" éd. : Sa double langue brandit comme deux flammes... — La correction a dû être ici suggérée à Chateaubriand par Boissonade. Celui-ci écrivait à Chateaubriand, le 18 mars 1808, une lettre que j'ai publiée dans la Revue d'histoire littéraire de la France du 15 avril 1898, et dans laquelle, lui soumettant diverses observations grammaticales au sujet d'une nouvelle édition du Génie du Christianisme, il lui disait : « Dans ce beau récit du serpent enchanté par la flûte d'un Canadien, je crois que le mot brandit ne peut pas être neutre, et la phrase : « Sa double langue brandit comme deux flammes » n'est pas assez correcte. » — 11 me paraît moins sûr qu'à Boissonade que, même dans sa première version, Chateaubriand ait employé brandit au sens neutre; et c'est peut-être pourquoi il n'a corrigé sa phrase qu'en 1816.

lentissent, elle bruit qu'elle fait entendre s'aiïaiblit et mcurl par dccjr^. Moins perpendiculaire sur sa ligne spirale, les orbes du serpent charmé s'élargissent, et viennent tour à tour se poser sur la terre, en cercles concentriques. Les nuances d'azur, de vert, de blanc et d'or reprennent leur éclat sur sa peau frémissante; et, tournant légèrement la tête, il demeure immobile dans l'attitude de l'attention et du plaisir.

Dans ce moment, le Canadien marche quelques pas, en tirant de sa llûte des sons lents et monotones. Le reptile baissant son cou nuancé, entr'ouvre avec sa tête les herbes fines, et se met à ramper sur les traces du musicien qui l'entraîne ; s'arrêtant lorsqu'il s'arrête et recommençant à le suivre aussitôt qu'il commence à s'éloigner. Il fut ainsi conduit hors de notre camp, au milieu d'une foule de spectateurs, tant sauvages qu'Européens, qui en croyaient à peine leurs yeux. A cette

faiblit et meurt peu à peu.

Moins perpendiculaires sur leur ligne spirale, les orbes du serpent charmé * s'élargissent, et viennent tour à tour se poser sur la terre en cercles concentriques. Les nuances d'azur, de vert, de blanc et d'or reprennent leur éclat sur sa peau frémissante ; et, tournant légèrement la tête, il demeure immobile dans l'attitude de l'attention et du plaisir.

Dans ce moment, le Canadien marche quelques pas, en tirant de sa flûte des sons doux 2 et monotones; le reptile baisse son cou nuancé, entr'ouvre avec sa tête les herbes fines, et se met à ramper sur les traces du musicien qui l'entraîne, s'arrêlant lorqu'il s'arrête, et recommençant à le suivre quand il commence ^ à s'éloigner. 11 fut ainsi conduit hors de notre camp, au milieu d'une foule de spectateurs, tant sauvages qu'Européens, qui en croyaient à peine leurs yeux ♦ : à cette

1. r% 'i*" et 4" éd. : du serpent charmé [par degrés] s'élargissent...

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