l"^", 2" et 4® éd. : qui traitait «wm un sujet
6. Ici. la note que voici dans toutes les éditions : « Plat,, De lege^ lia, IH ; « Comme le médecin qui, pour sauver le malade, mêle à des breuvages flatteurs les remèdes propres à le guérir, et jette au contraire des drogues amères dans les aliments qui
FRAGMENTS PERDUS DU « GÉNIE » PRIMITIF. i79
charmants, d'après Platon et Lucrèce :
Sai, cbe là corre ii mondo ovc pia ver$i Di sue dolcezze il lusinghier Parnaeso, etc.
« Là il n'y a pas de poésie « Là il n'y a point de
où il n'y a point de men- poésie où il n'y a point de
terie », dit Plutarque [dans menterie, » dit Plutarque*.
son traité de la manière de ^^^^^^ ^^ Christianisme,
lire les poètes], seconde partie, livre I,
(Œuvres complètes de C ha- chap. v ; édition Pour-
teaubriand, éd. Furne, rat, t. I, p. 265-266.)
t. XII, p. 617-618.)
On pourra maintenant se rendre plus nettement compte de la nature des corrections et des retouches que Chateaubriand a fait subir à son livre, et de l'intérêt que pourrait offrir une édition critique complète d'Atata et de René, mais surtout du Génie du Christianisme,
lui sont nuisibles, etc. » Lucrèce : Ac veluli pueris aôsinthia tetra medentes, etc.
« Si l'on disait que le Tasse a aussi invoqué lavérité, nous répondrions qu'il ne l'a pas fait comme [M. de] Voltaire. Lavérité du Tasse est une inuse, un ange, je ne sais quoi jeté dans le vague, quelque chose qui n'a pas de nom, un être chrétien^ et non pas la vérité directement personnifiée, comme celle de la Henriade. »
1. l""* éd. (en note) : « Dans son traité de la manière de lire les poètes. »
16 octobre 1903.
Dans un intéressant article de la Revue de Paris *, du 1" février 1903, M. Antoine Albalat, étudiant les Corrections de Chateaubriand^ a cité et ingénieusement commenté une page, d'ailleurs célèbre, du Génie du Christianisme^ que le grand écrivain avait lui-même empruntée à son Essai sur les Révolutions, Ce livre curieux, ce livre « étonnant », comme l'appelait, paraît-il, Armand Carrel, a ainsi fourni à Chateaubriand plus d'un trait, plus d'un « motif » de ses futurs ouvrages, et ce n'est pas seulement dans le Génie ^ dans Atala et René, c'est jusque dans les Martyrs que Ton pourrait suivre et reconnaître les traces de sa première œuvre : on trouve déjà dans VEssai un premier crayon de Velléda*. Le livre se terminait par un chapitre
1. Recueilli dans le Travail du style enseigné par les corrections manuscrites des grands écrivains, Paris, A. Colin, 1903.
2. « Plein d'une horreur religieuse, avec le Gaulois à la chevelure bouclée, aux larges bracha, à la tunique courte et serrée
intitulé : Nuit chez les sauvages de P Amérique ^ et c'est de ce chapitre, l'un des plus beaux horsd'œuvre de cet ouvrage où on ne les compte plus, que Chateaubriand a extrait l'admirable page descriptive à laquelle nous faisions allusion tout à l'heure. Il ne s'en était point caché, du reste, et c'est lui-même qui a pris soin d'inviter ses lecteurs à la comparaison qu'a esquissée M. Albalat. Quand, en 1826, il réimprima, — pour le réfuter, — son Essai sur les Révolutions^ parvenu au passage qui nous occupe, il joignit à son texte primitif la note suivante : « Ici commence la description d'une nuit que l'on retrouve dans le Génie du Christianisme, liv. V, chap. xn, intitulé : Deux Perspectives de la nature. On peut, en comparant les deux descriptions, voir ce que le goût m'a fait changer ou retrancher dans mon second travail. » Et M. Albalat, prenant Chateaubriand au mot, s'est contenté d'opposer l'un à l'autre le texte de V Essai au texte tel qu'il le trouvait dans la première édition du Génie, Il ignorait sans doute, — à Dieu ne plaise que je lui en fasse un reproche! — ^
par la ceinture de cuir, on se plaît à assister, dans un bois de vieux chênes, autour d'une grande pierre, aux mystères redoutables de Teutatès; la jeune fille, à l'air sauvage et aux yeux bleus, est auprès; ses pieds sont nus, une longue robe la dessine; le manteau de canevas se suspend à ses épaules; sa tête s'enveloppe du kerchef, dont les extrémités, ramenées autour de son sein et passant sous ses bras, flottent au IoIq derrière elle... » {Essai sur les Révolutions, édition princeps, Londres, 1797, t. 1, p. 220-221.) — « VEssai historique, a dit Chateaubriand à deux reprises dans ses notes de 1826, comme les Nalchez, est la mine d'où j'ai tiré la plupart des matériaux employés dans mes autres écrits. »
que le texte primitif, dans l'intervalle, avait été modifié à deux reprises, et que le texte même de 1802 a subi, dans les éditions ultérieures du Génie, deux remaniements successifs : de telle sorte que, en deux ouvrages, nous n'avons pas moins de six versions différentes du même passage. Je ne crois pas qu'il y ait, dans l'œuvre tout entière de Chateaubriand, de page qui nous permette de mieux suivre, presque année par année, et, notons-le, à l'époque décisive de la formation de son génie / d'écrivain, les scrupules, les procédés et les progrès \ de cet incomparable artiste.
Quand il publia pour la première fois ce morceau en 1797, il avait, à n'en pas douter, — et c'est bien pour cela qu'il Tavait placé à la fin de son livre, — compté sur l'effet qu'il produirait pour lui conquérir la sympathie et l'attention de ses lecteurs. Son attente ne fut pas entièrement déçue. Dans une note qu'il écrivait, peu après la publication de V Essaie sur un exemplaire qui nous a été heureusement conservé*. Chateaubriand
1. Cet exemplaire qu'on est convenu d'appeler, je ne sais trop pourquoi, 1' « exemplaire confidentiel », avait été acquis par Sainte-Beuve, qui en a usé à plus d'une reprise contre Chateaubriand. A la mort de Sainte-Beuve, il a été racheté par la famille du grand écrivain. Mais toutes les notes manuscrites en ont été reproduites dans l'édition in-S" deVEssai qu'a publiée la librairie Garnier. — Il n'est pas vrai, comme on va le répétant partout, que VEssai siw les révolutions ait été publié sous l'anonyme. En voici le titre exact : Essai \ historique^ politique et \ moral, sur les \ Révolutions \ anciennes et modernes, \ considérées I dans leurs rapports \ avec \ la Uévolution françoise. \ par François-adoustk CHATEAUBRIAND. | Dédié à tous les Partis, \ Experti invicem sumus Ego ac Fortuna, \ Tacite | A Londres | : Se trouve
s'exprimait ainsi : « Toute cette nuit est connue des gens de lettres de Paris : on Ta fort applaudie. Reste à savoir ce que le public en pensera. Mais le public! Combien faut-il de sots pour former un public? disait Chamfort. » — Est-ce ici une allusion à des lectures que Chateaubriand aurait faites de ce fragment à son retour d'Amérique, ou à des lettres ou articles de journaux qu'il aurait reçus après la publication de son livre? Je ne sais. En tout cas, le seul article français contemporain que je connaisse sur V Essai mentionne ces pages avec de grands éloges :
« L'auteur, écrit le journaliste anonyme, l'auteur sort de temps en temps de son cadre et présente à son lecteur, comme points de repos, des morceaux qui ne tiennent pas immédiatement à son sujet. Dans ces espèces de hors-d' œuvre, il raconte des faits qu'il a recueillis dans ses voyages, ou les sensations qu'il y a éprouvées, ainsi que dans le chapitre intitulé : Nuit chez les sauvages d'Amérique, tableau délicieux de ce qui lui arriva en traversant les nations indiennes pour aller visiter la fameuse cataracte de Niagara ^ . »
chez J. DebolTe; à Hambourg, chez J.F. | Fauche; à Paris, chez LeMiere. | 1797.
1. Le Républicain français du 8 messidor an V (26 juin 1797). — D'après une lettre fort peu connue de Chateaubriand, que Pellier a insérée dans son Paris (10 juillet 1797), et que Ton retrouvera plus loin, une Ueviie anglaise, la Montliiy Review, aurait « comparé son stylo à celui de Bernardin de Saint-Pierre ». Ajoutons que l'auteur de l'article en question aurait pu, semble-t-il, faire porter sur un point très précis la comparaison entre les deux écrivains, si, comme je le crois, cette Nuit chez les sauvages de
Chateaubriand n*avait sans doute pas besoin des éloges du rédacteur du Républicain français pour se persuader à lui-même que sa Nuit américaine n'était point d'un écrivain méprisable; et quand, un an plus tard, dans la ferveur de son retour à la foi chrétienne, il conçut l'idée de son Génie du Christianisme^ ce dut être, j'imagine, l'un des premiers morceaux qu'il songea à insérer dans l'œuvre nouvelle. De fait, nous le retrouvons, — déjà très modifié, — parmi les « variantes de l'édition de Londres », telles du moins qu'elles nous ont été conservées dans l'une des éditions du Génie du Christianisme^ l'édition Furne.
Mais Chateaubriand, une fois rentré en France, n'était pas homme à attendre paisiblement dans Tombre et le silence que son livre fût achevé et que la gloire vînt d'elle-même le trouver. En fait,
V Amérique a été inspirée à Chateaubriand par une autre « nuit » de Bernardin. Voici cette page de Paul et Virginie (éd. Garnier, Paris, 1878, in-16, p. 119) : j'y souligne au passage les réminiscences que me paraît olîrir le texte, qu'on lira plus loin, de Chateaubriand : Il faisait une de ces nuits délicieuses, si communes entre les tropiques, et dont le plus habile pinceau ne rendrait pas la beauté. La lune paraissait au milieu du firmament, entourée d'un rideau de nuages^ que ses rayons dissipaient par degrés. Sa lumière se répandait insensiblement sur les montagnes de l'île, et sur les pitons, qui brillaient d'un vert argenté. Les vents retenaient leurs haleines. On entendait dans les bois, au fond des vallées, au haut des rochers, de petits cris, de doux murmures d*oiseaux qui se caressaient dans leurs nids, réjouis parla clarté de la nuit et la tranquillité de l'air. Tous, jusqu'aux insectes, bruissaient sous l'herbe. Les étoiles étincelaient au ciel, et se réfléchissaient au sein de la mer, qui répétait leurs images tremblantes. «. — « Oh! moi, disait Bernardin, la nature ne m'a donné qu'un tout petit pinceau, mais M. de Chateaubriand a une brosse. »
le Génie du Christianisme a été l'un des livres les plus habilements « lancés » du siècle qui vient de finir. En attendant que son œuvre pût se produire au grand jour avec tous ses avantages, Chateaubriand laissait entretenir autour d'elle une rumeur flatteuse, faite de demi-indiscrétions, de soùsentendus admiratifs, d'adroites réticences, bref, de tout ce qui était susceptible de préparer favorablement Topinion, de provoquer l'impatience et d'at-f tiser la curiosité. Lui-même, nous l'avons vu, communiquait aux journaux quelques fragments de son livre futur. Or, l'un de ces fragments est précisément la Nuit chez les sauvages d^ Amérique qui a paru dans la Bibliothèque française^ ouvrage périodique rédigé par Ch. Pougens, en messidor an IX (juillet 1801). Le journaliste vient de rendre compte d'une parodie à'Atala^ intitulée Alala, ou les habitants du désert, parodie d'Atala, ornée de figurées de rhétorique^ et il ajoute : « Je n'ai point dit mon opinion personnelle sur l'ouvrage de F. -A. Chateaubriand... Je serai d'ailleurs plus sûr de plaire à la plupart de mes lecteurs, en transcrivant ici un fragment de F.-A. Chateaubriand. — Ce morceau, qui n'est connu que d'un très petit nombre de personnes, consolera celles qui n'aiment point les parodies, et plaira sans doute aux amis temporaires d'Atala, » Et il cite tout au long, sans en indiquer la provenance, le dernier chapitre de V Essai sur les Révohitions; seul, le dernier paragraphe : « Bienfaisants sauvages ! vous qui m'avez donné l'hospitalité... » est supprimé. Le morceau
tout entier porte pour titre : Nuit chez les sauvages d'Amérique. Le texte s'en rapproche davantage du texte de V Essai que de celui du Génie du Christianisme. Quelques-unes des variantes paraissent être des fautes d'impression ou de lecture. Mais la plupart d'entre elles ont bien l'air de provenir de Chateaubriand lui-même. Je croirais assez volontiers qu'elles nous offrent un texte déjà remanié sans doute, mais un peu antérieur à celui qui figure dans l'édition anglaise du Génie du Christianisme. Nous reproduisons en face l'un de l'autre, dans leurs parties communes, les deux versions de V Essai et du Génie (édition de Londres), et nous rejetons en note les variantes que nous présente le texte de la Bibliothèque française.
a ESSAI SUR LES RÉVOLUTIONS »
(Édition de Londres, 1797, t. II, p. 676-678).
La lune Malt an plus haut point du ciel :on voyait, çà et là, dans de grands intervalles épurés, scintiller mille étoiles.
Tantôt la lune reposait sur un groupe de nuages, qui ressemblait à la cime de hautes montagnes* couronnées de neige : peu à peu ces nues s'allongeaient, se déroulaient en zones diaphanes et onduleuses de satin blanc, ou se transformaient
(Variantes de l'édition de Londres [1799-1800] dans Œuvres complètes de Chateaubriand, édition Fume, t. XII, p. 600).
La lune monta peu à peu au zénith du ciel ; tantôt elle reposait sur un groupe de nues, qui ressemblait à la cime des hautes montagnes couronnées de neiges, tantôt elle s'enveloppait dans ces mêmes nues, qui se déroulaient en zones diaphanes de satin blanc, ou se transformaient en légers flocons d'écume. Quelquefois un voile uniforme s'étendait sur la