‹ Chateaubriand: études littérairesChapitre 85 sur 154 · SUR UNE ÉDITION DU (( GÉNIE DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

SUR UNE ÉDITION DU (( GÉNIE DU CHRISTIANISME

Au mois d'avril 1804, la Société typographique de Paris publiait un Abrégé du Génie du Christianisme à Vusage de la jeunesse^ en deux volumes in-12 : suppressions et raccords, déclare Y Avertissement, « il n'y a pas un seul mot dans cet abrégé qui ne soit de la main de l'auteur)).

On se doutait bien, déjà, que Chateaubriand n'avait guère dû travailler lui-même à cette édition, si même il y avait mis la main, et l'on s'accordait à en attribuer la paternité à l'un de* ses amis les plus dévoués, Clausel de Coussergues^ Dans une lettre à un autre de ses amis, Gueneau de Mussy, lettre datée de Rome, 20 décembre 1803, et publiée pour la première fois par Sainte-Beuve ^, Chateaubriand s'exprime en effet ainsi : « Je vous prie de veiller un peu à mes intérêts litté-^ raires; songez que c'est la seule ressource qui va me rester. Migneret a fort bien vendu ses éditions, mais il a confié sa marchandise à des fripons, et j'ai éprouvé cinq banqueroutes. Engagez M. Clausel à commencer le plus tôt possible son édition chrétienne. Si j'en crois ce qu'il m'a mandé, elle se vendra bien, et cela me rendra encore quelque argent. Le monument de madame de Beaumont me coûtera environ 9 000 francs. J'ai vendu tout ce que j'avais pour en payer une partie.... )) Et Sainte Beuve d'ajouter en noter, avec sa malice ordi-

1. Sur Clausel de Goussergues, voir G. Pailhès, Afa^/awe de Chateaubriand : Lettres inédites à M. Clausel de Goussergues, 1888, et E. Biré, au t. II, de son édition des Mémoires d' Outre-Tombe (Paris, Garnier, 1899), l'appendice intitulé les Quatre Clausel.

2. Chateaubriand et son groupe, édition définitive, 1889, t. II, p. 358-361.

naire : « Il s'agit de la petite édition du Génie du Christianismo à l'usage de la jeunesse et des écoles, de Yédition chrélienne, comme si, de l'aveu même de l'auteur, la grande édition ne l'était pas. M. Ciausei la fit eu effet. »

Mais M. Glausel ne la fit pas seul, et il eut, — je ne crois pas que cela soit connu, — pour collaborateurs dans sa tâche M. Emery, l'illustre supérieur de Saint- Sulpice, et Frayssinous en personne. Voici les documents inédits qui mettent ce point hors de doute. J'en dois la communication à l'obligeant et savant bibliothécaire de Saint Sulpice, M. l'abbé E. Levesque, auquel je suis heureux d'exprimer ici ma respectueuse gratitude :

On lit dans les Matériaux [manuscrits) qui ont servi à la Vie de M. Emenj^ (t. IV, p. 923) la note suivante :

M. Emery a donné l'édition de V Abrégé du Génie du Christianisme,

M. de Ghateaubriant [sic] voyait M. Emery, et, avant de partir pour son voyage de Jérusalem, il vint à Issy faire un pèlerinage à Notre-Dame de Toutes-Grâces.

Un peu plus loin, à la page 987, se trouve une relation de M. Glausel de Goussergues (Lettre à M. Faillon, en 1843), où l'on lit ceci :

M. Frayssinous, que je voyais Journellement, et qui connaissait ma liaison particulière avec M. de Ghateaubriant, me dit que je ferais une chose utile si je pouvais obtenir de ce grand écrivain qu'il permît que Ton fît une édition abrégée du Génie du Christianisme 2. Je goûtai fort cette

1. Ces Matériaux forment 13 volumes in-4'*. Us avaient été réunis par M. Faillon qui, occupé de la Vie de M. OUiep, laissa à M. Gosselin le soin d'écrire celle de M. Emery.

2. « Â cette époque (vers 1807), dans la haute société, on savait par cœur de longs passages du Génie du Christianisme, lei

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