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LES MARTYRS

LES VARIANTES DES « MARTYRS '

Mars 1904.

Il est peu probable qu'on nous donne de sitôt une édition critique des Martyrs de Chateaubriand. En attendant cette édition, et pour y suppléer dans une certaine mesure, il a paru bon de recueillir ici toutes les variantes, — assez nombreuses, comme l'on verra, et, pour la plupart, très intéressantes, — que nous présentent les éditions successives du célèbre poème.

A la différence d^Atala et du Génie du Christianisme^ dont nous possédons plusieurs textes différents, — une dizaine pour Atala et sept pour le Génie, — il n'existe, vérification faite, que deux textes différents des Martyrs^ : celui de l'édition

1. Ce travail a été écrit en collaboration avec M. Albert Gschwind.

2. Si Chateaubriand a en somme assez peu remanié son premier texte, c'est sans doute qu'avant de le livrera l'impression il l'avait longuement revu et retouché. « Le travail était de conscience, nous dit-il dans les Mémoires (VOutre-Tomhe (éd.,

princeps, qui a été reproduit dans la 2* édition, et celui de la S*" édition qui a été reproduit dans toutes les éditions ultérieures. Il suffit donc, pour recueillir les variantes de l'ouvrage, de comparer attentivement la 1'® ou la 2* édition à l'une quelconque des autres éditions*.

La 1" édition des Martyrs a paru au mois de mars 1809, chez Le Normant, eu 2 volumes in-8** de xxiv-414 et de 403 pages. En voici le titre exact : les Martyrs^ \ ou \ le Triomphe \ de la Religion chrétienne', \ par | F. A. de Chateaubriand. | Paris, I Le Normant, Imprimeur-Libraire. | 1809. Elle contient une Préface, qui a été reproduite dans la plupart des éditions ultérieures, et un Errata, à la fin du 2® volume; mais elle ne contient ni à^ Examen, ni de Remarques sur les difTérents livres. — Il existe une autre édition originale des Martyrs imprimée à Londres (nous ne croyons pas que ce soit une contrefaçon), et qu'à notre

Biré, t. 111, I». 10) : j'avais consulté des critiques de goût et de savoir, MM. de Fontanes, Bcrtin, Boissonade, Malte-Brun, et je m'étais soumis à leurs raisons. Cent et cent fois, f avais fait, défait et refait la même page. De tous mes écrits, c'est celui où la langue est la plus correcte. » — Boissonade a en effet revu en épreuves les Martyrs et VExamen des Martyrs (voir à ce sujet Boissonade, Critique littéraire sous le premiei' Empire, Paris, Didier, 1863, in-S", t. I, p. Lxvi-Lxvm, et t. II, p. 592, 629, etc.). Et maintenant, qui retrouvera, s'il existe encore, le manuscrit des Martyrs?

1. Pour être tout à fait exact, il faut dire qu'en deux passages, le texte de la 1", et sans doute de la 2® éd., a été conservé dans la 3', et n'a été modifié qu'après cette dernière. On retrouvera ces deux passages plus loin aux livres XVI (l""* éd., t. Il, p. H8; 3** éd., t. 111, p. 63; éd. Ladvocat, t. 111, p. 17; éd. Didot, t. III, p. 476), et au livre XXlll (1" éd., t. Il, p. 340; 3" éd., t. Uï, p. 344; éd. Ladvocat, t. 111, p. 197; éd. Didot, t. III, p. 522).

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connaissance aucun bibliographe n'a signalée : nous l'avons là sous les yeux, et le texte nous en paraît exactement conforme à celui qu'a publié Le Normant. En voici le titre : Les Martyrs \ ou \ le Triomphe \ de la Religion chrétienne, \ Par F. A. de Chateaubriand, | Auteur du | Génie du Christianisme, d'Atala, etc. | A Londres, Pour B.

Dulau* et Co. Soho-Square. | 1809. (Trois vol. in-8° de xxiv-254, 295 et 267 pages). — Enfin, nous avons eu entre les mains une édition des Martyrs, ne portant pas de numéro d'ordre, donc, selon toute vraisemblance, une édition originale aussi, en 3 volumes petit in-18 de xxiv-316, 296 et 294 pages, également chez Le Normant. Elle est datée de 1809. La disposition du titre est de tous points semblable à celui la 1'° édition en deux volumes que nous avons décrite, et le texte en paraît identique. Mais elle est imprimée en caractères différents. A la fin du 3® volume, il y a un Errata, mais différent de celui que nous avons signalé dans l'édition in-8**. Serait-ce une contrefaçon? Ou, bien plutôt. Le Normant n'aurait-il pas mis en vente, — simultanément ou successivement, — deux éditions originales de format différent pour satisfaire aux nombreuses demandes du

\. Dulau est le libraire français émigré à Londres qui avait imprimé les premières feuilles de la première version du Génie du Christianisme (voir à ce sujet les Mémoires d' Outre-Tombe, éd. Biré, t. 11, p. 181, 227, 557). Le livre refondu et réimprimé en France, c'est à Dulau que Chateaubriand s'adressait encore pour en faire une édition anglaise (voir là-dessus G. Pailhès, Chateaubriand^ sa femme et ses amis, Paris, Champion, 1896, in-8, p. 97).

public ' ? Nous inclinerions volontiers à cette dernière hypothèse.

La 2" éditiona paru, d'après M. Kemler S en 1809 également, chez Le Normant, en 3 volumes in-18* Elle n'existe pas à la Bibliothèque Nationale. Nous n'avons pu nous la procurer. Elle doit reproduire sans aucun changement l'édition princeps.

La 3° édition a paru en 1810. En voici le titre : Les Martyrs \ ou \ le Triomphe \ de la Religion chrétienne \ par | F. A. de Chateaubriand | Troisième édition. | Précédée d'un Examen, avec des I Remarques sur chaque livre, et | des frag-

1. « Malgré l'opposition de mes ennemis, écrit Chateaubriand dans la Préface dn la troisième édition^ ou Examen des Martyrs, malgré l'opposition de mes ennemis, malgré les préjugés de toute espèce que l'on a voulu faire naître contre les Martyrs, j'ai encore réussi beaucoup au delà de mon attente : il s'est plus écoulé d'exemplaires de mon dernier ouvrage en quelques mois, qu'il ne s'est vendu d'exemplaires du Génie du Christianisme en plusieurs années. » — Si l'on songe que la première édition du Génie, en o volumes, avait élé tirée à 4000 exemplaires, que, malgré la concurrence de deux éditions contrefaites, l'une allemande et l'autre française, Migneret avait pu mettre en vente, moins de deux ans avant la publication de l'édition originale, quatre autres éditions consécutives, — une sixième édition était mise en vente l'année suivante, en iSOi, —- il nous faudrait croire que le tirage de la i" édition des Martyrs a été singulièrement élevé.

2. René Kerviler, Essai d'une hio-bihliogi^aphie de Chateaubriand et de sa famille, p. 26. — J'imagine que cette seconde édition doit être la réimpression pure et simple, avec un simple changement de titre, de l'édition en 3 volumes in-18 dont nous venons de parler. M. André Maurel, dans l'appendice bibliographique qui suit son Essai sur Chateaubriand, Paris, éditions de la Revue blanche, 1898, in- 12, ne signale pas (p. 217) de 2* édition : il mentionne simplement, entre la 1" éd., en 2 vol. « in-12 » (écrit-il par erreur, au lieu de « in-S" »), et la 3* éd., l'édition non numérotée, en 3 vol. in-i8 que nous avons décrite.

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ments du Voyage de l'auteur | en Grèce et à Jérusalem. I Paris. I Le Normant, Imprimeur- Libraire. I Lyon I Ballanche, père et fils, Libraires. | 1810 (3 volumes in-8« de xxi-404, 380 et 427 pages). On le voit par le simple titre, cette édition n'est pas conforme aux précédentes; de plus, le texte en a été modifié, ainsi qu'en témoigne V Examen S mais pour ne plus varier dans les éditions ultérieures. On y a joint aussi la Préface de la j)remière et de la seconde édition ^

1. Voir notamment la partie de V Examen intitulée Changements faits à cette édition.

2. La 3" édition a du paraître au début de Tannée 1810 : elle coûtait 15 francs. — On sait en quels termes Hofmann, dans le Journal de V Empire {Journal des Débats) avait accueilli la i^" édition. Dans trois articles assez peu connus, croyons-nous, et fort intéressants, que Malte-Brun a consacrés à Vltinéraire {Journal de l'Empire, 4 cl 13 mars et 1*' avril 1811), l'auteur revenait sur les Martyrs à propos de la 3' édition, et les vengeait discrètement (les critiques de son confrère : « ... Ce qui surtout, écrivait Malte-Brun, ce qui surtout jette de l'intérêt sur le pèlerinage de M. de Chateaubriand, c'est le pèlerin lui-môme..., puisque le but de l'auteur, en voyageant, é^ait principalement d'examiner par lui-même les lieux où il voulait placer les scènes de ses Martyrs, et puisque, dans son voyage, il rappelle partout les grandes idées poétiques et morales qui forment la base du Génie du Christianisme,

« Peu d'écrivains, en effet, ont autant de droits à exciter un intérêt général que l'auteur des deux célèbres ouvrages que je viens de nommer... J'ai lu les Martyrs à l'époque où un littérateur consommé, non moins estimable par la diginité de son raractère que recommandable par l'étendue de ses lumières, en lit dans ce même journal un examen sévère, mais dans lequel cependant il n'avait pas manqué de rendre justice aux talents de Tau leur. J'ai relu les Martyrs à l'occasion de Vltinéraire de Jérusalem; et qui ne les relira point? Sans prétendre énoncer une opinion littéraire, oserais-je peindre ici les impressions que celle lecture m'a laissées ; impressions qui ont toujours été les mêmes, et que j'ai toujours avouées.^ U me semble que la critique a eu raison à l'égard des détails qu'elle a relevés, et dont

210 CHATEAUBiilAND.

M. Kcrviler signale une 4^ édition que nous n'avons pas vue, 2 volumes in-8", en 1819 et 1822, chez Le Nonnant également. Nous la supposons conforme, — elle Test certainement pour le texte, — à la précédente.

Mentionnons enfin la Ti* édition qui forme les tomes XVII, XVIII et XVIII bis des Œuvres complètes de M, le Vicomte de Chateaubriand, pair de France y membre de V Académie française, Paris, Ladvocat et Dufey, 182G à 1831, in-8\ Cette édition comprend, outre la Préface de la première et de la seconde édition, une courte Préface nouvelle, Y Examen et les Uemarques, et un extrait de la critique de Dussault. Le texte, encore une fois, n'a pas été modifié.

Toutes les éditions ultérieures reproduisent cette dernière. 3Jais Y Examen et les Remarques n'y figurent pas toujours. Par exemple Tédition Pourrat a bien réimprimé les Remarques, la critique de Dussault, mais non Y Examen,

Il y a enfin un exemplaire peut-être unique de la T" édition dos Martyrs, qui comprend plusieurs passages supprimés ou remaniés au moyen de

quelques-uns ont été heureusement corrigés dans la 3* édition de cet ouvrage; mais il me semble aussi, et je ne crains point de If. dire, «jue ce môme ouvrage, im]>arfait sans doute, comme le sont toutes les (Ruvres de l'homme, vivra autant que la lillé» rature moderne de V Europe chrétienne. * Et après quelques critiques : « Quant à la composition des Martyrs, je conçois l'opinion de l'illustre littérateur qui semble presque la préférer & celle du Télémaque... Le Télémaque serait un morceau d'histoire si les événements étaient vrais; les Martyrs seraient un poème s'ils étaient écrits en vers. » (4 mars 1811.)

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cartons dans le texte courant. L'existence de cet exemplaire nous a été révélée par M. Gabriel Vicaire dans son précieux Manuel de l'amateur de livres au XIX"^ siècle, « Il existe, nous dit M. Gabriel Vicaire, six cartons pour le tome I de l'édition originale des Martyrs. M. Henri Monod, directeur de l'Assistance et de THygiène publiques au ministère de l'Intérieur, qui les possède, a bien voulu m'en signaler l'existence et me communiquer son exemplaire \ »

Avant d'en venir au relevé des variantes proprement dites, nous allons reproduire, d'après M. Vicaire, ces différents cartons de l'édition princeps.

TEXTE PRLMITIF

PREMIERE EDITION PUBLIEE

Tel, dans la vie éternelle, Tel un sucesseur d'Apelles un marbre fameux représeîite a représenté le sommeil d'Enle sommeil d'Endymion... dymion...

Dioclétien a des qualités et non pas des vertus. Son esprit est vaste, son cœur étroit :

tout ce qu'il fait de grand et de petit, découle de Tune ou de l'autre de ces deux sources. Ainsi Ton remarque dans sa vie les choses les plus opposées : Vavarice et la libéralité; V amour des arts et pourtant des goûts obscurs et des inclinations peu royales.

Dioclétien a d'éminentes qualités. Son esprit est vaste, puissant^ hardi; mais son caractère^ trop souvent faible, ne soutient pas le poids de son génie ; tout ce qu'il fait de grand et de petit découle de l'une ou de l'autre de ces deux sources. Ainsi l'on remarque dans sa vie les ac* tions les plus opposées : tan-' tôt cest un prince plein de

1. Gabriel Vicaire, Manuel de V amateur de livres au XIX^ siè' de, Paris, Rouquette, t. 11, p. 284.

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