‹ Chateaubriand inéditChapitre 3 sur 6 · août i"s7, avait établi on 178/1 trois « Compagnies · texte numérisé non relu

août i"s7, avait établi on 178/1 trois « Compagnies

des Élèves de la Marine » el leur avait lixé pour résidences les

ports de Brest, Toulon el Rochefort. C'était le premier essai

d'une véritable ùcole navale substituée à l'ancien corps des

gardes-marine ». Ces derniers, disséminés sur les divers vaisseaux de la flotte et faisanl leur apprentissage comme bons à tout faire, n'étaient pas des élèves soumis à une même discipline et réunis en compagnie ou en école.

CHATEAUBRIAND IMJD1T 1~

extraorditiaire en réunissanl souvenl à sa table les Elèves de la Marine afin de les entretenir dans les sentiments honorables dont il est Lui-même pénétré ». Le m juin de la même année, le marquis de Lauriston, ministre de la Maison du Roi, envoie à Clermont- Tonnerre une .Note remise par M. de Villèle le 22 mai en faveur de du Plessis-Parscau (t) : cet officier a 10000 francs de délies donl le ternie est échu, il a trouvé prêteur pour 36oo lianes, et pour le reste il demande un secours : mais, la liste civile étant déjà bien chargée, la Maison du Roi renvoie l'affaire à la Marine comme plus qualifiée pour en décider. Clermont-Tonnerre. qui ne se refusait pas à paver les déjeuners ou dîners pendant lesquels le Commandant des Elèves exerçait sur ceux-ci dans l'intimité de sa table une influence salutaire, lit renouveler en 1820 l'indemnité de 1 200 francs, mais aucune pièce du dossier ne laisse voir ou supposer que le ministre de la Marine ait consenti en 1822 à grever le budget de son ministère des 6 'ioo francs de dettes que la liste civile ne voulait point acquitter: ee refus esl sans doute l'origine de la plainte dont Chateaubriand, à. la date du 28 juin, prie un de ses correspondants de se faire l'interprète auprès de Gler mont-Tonnerre.

On remarquera dans la même lettre une autre plainte, celle-ci portant sur l'ensemble de l'administration centrale de la Marine, administration hostile aux officiers que la Révolution et l'Empire avaient écartés du service. Ici l'explication est dans une lettre (pie du Plessis-Parscau adresse à Charles X le iû mai 1826 pour lui demander, à l'occasion du couronnement pro-

(r) 11 est vraisemblable que cette Note avail été inspirée à Villèle par Chateaubriand ou par Mme de Chateaubriand.

i HATEA1 BRIAND IM'.Dll

chain (39 mai), le grade de contre-amiral : « Une prévention peu fondée, j'ose Le dire, contre la capacité de La plupart des fidèles sujets de votre Majesté qui furent réintégrés dans la Marine à la Instauration, les lit écarter presque tous du service de hum-. Une ordonnance subséquente du 3i octobre [819, semblanl militer contre eux seuls, leur ferma la porte à tout avancement, en exigeant des conditions nom elles qu'on ne leur permit plus de remplir. » Ainsi parlait du Plessis- Parscau en [825. Dès i8i5, nousl'avons vu souhaiter un emploi actif à la mer plutôt que les travaux obscurs d un port de guerre : ce souhait était une preuve de son zèle, mais en haut lieu on jugeait sainement en employant sur terre des officiers qui, au cours de nombreuses années d'exil, avaient perdu l'habitude de la mer et de ses dangers. En effet, les officiers admis à rentrer dans le service à la mer. et (pie le langage courant désigna sous le nom de rentrants, n'avaient pas tardé en général à faire preuve d'une infériorité notoire: tel ce M. de Ghaumareix qui, conduisant au Sénégal la frégate Lu Méduse, causa la perte de ce navire en le laissant buter contre le banc d'Arguin où il s'échoua (2 juillet 1 8 1 6) ; son impéritie, outre qu'elle inspira plus tard à Eugène Sue un de ses romans maritimes, Lu Salamandre 1 [832), valut très vite à la France un chef-d'œuvre qui a fait époque dans l'histoire de la peinture, le Radeau </<■ lu Méduse, par Géricault, exposé au Salon île [819(1), mais en même temps elle ne fut pas sans influence sur cette ordonnance du .'> 1 octobre de la même année, dont du Plessis-Parscau rappelait avec amertume les conséquences à Charles X

(1) Cf. Charles Clément, Géricault, Paris, Didier, 18G8, in-8,

CHATEAUBRIAND INEDIT 2f)

en 1820. Quoi qu il en soit, voici enfin la lettre de Chateaubriand origine de cette exégèse :

Londres, ce 28 juin 1822.

Je suis désolé de répondre si tard à votre lettre du 1 1 juin. Les affaires m'ont accablé. I ne Ambassade de Londres est un grand ministère qui demande, surtout en arrivant, une attention extrême quand on veut faire son métier en conscience. Vous savez que je serai toujours prêï à faire ce qui peut vous être utile. Pour couper court à tout, je vous en- \ ie une lettre pour Corbière. Lisez la, remettez la vous même ou faites la remettre par un tiers. Je vous demande en échange de service de dire à M. de Clermont Tonnerre quand vous le verrez qu'il n'a pas bien traité mon beau frère et que cela m'a lait une extrême peine. Je suis comme vous: je me souviens vivement des bienfaits et des injustices. La vérité est que les burea[u]x de M. de C. T. sont remplis de commis et de chefs de commis qui délestent les officiers de l'ancienne marine et qui sont auteurs de toutes les ordonnances rendues contre eux. Croyez aussi. Monsieur, à mon sincère dévouement dans Tune et dans l'autre fortune.

Du Plessis-Parscau lut maintenu dans son commandement de la Compagnie des Elèves-officiers jusqu'au jour où, épuisé par de « longs et fréquents accès de goutte » (2), il se résigna à demander sa retraite. Il (juitta le service le i5 août 1827 avec le « grade honorifique de contre-amiral » et alla s'établir, non loin de Landerneau, dans son manoir de k<r\ von où il mourut le 11 octobre i83i. Au moment de sa retraite, -nu ami Hyde de Neuville, appelé avec quelques autres notabilités royalistes à certifier de ses services militaires

(1) Original autographe. Collection de Mme Victor Egger.

(2) Lettre au Comte de Chabrol, ministre de la Marine, 10 juillet 1S27

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cl politiques pendant L'émigration el sous L'Empire, L'avait déclaré un o parfail modèle de fidélité e1 de dévouemenl ». Ces mots résumenl toute sa carrière; il> disenl aussi les qualités qui imposèrenl du Plessis- Parscau à L'estime el à L'amitié de Chateaubriand ei qui nous excuseronl d'avoir retenu longtemps sur lui l'attention du Lecteur.

/j. — Les élections de novembre 1822.

L'ambassade de Chateaubriand à Londres ne prit lin que par son entrée dans le Ministère le 28 décembre 1822 après la retraite de M. de Montmorency. Toutefois, dès le s septembre, L'Ambassadeur, nommé plénipotentiaire au Congrès de Vérone, avait quitté l'Angleterre ( 1 ), et il passai! à Paris quelques semaines avant de partir pour l'Italie, lorsqu'une lettre d'un correspondant dont nous essaierons pins loin de trouver le nom le consulta sur la situation politique et sur les élections prochaines : ces élections, fixées au l'S novembre pour les collèges d'arrondissement etau 20 novembre pour les collèges de département, devaient renouveler la deuxième série des députés, el elles allaient donner au ministère de M. de Villèle une majorité plus considérable que jamais en faisant perdre à l'opposition une trentaine de sièges (2). L'auteur de la lettre exprimait L'intention de proposer el de soutenir La candidature de Bertin de Veaux(3) : frère cadet du

(1) Cf. Correspondance générale, I. III. p. 258-259, ''' ^"' moires d'Oulre-Tombe, t. IV. p. 284. — C'est par cireur qus Chateaubriand dans le Congrèsde I érone, ch. xn, a écrit: « Nouquiltâmes Londres') la fin .de septembre [822 » (Œuvres complètes, édition Garnier, t. XII, |>. 33).

Journal des Débats, 27 novembre 1822.

(3) J'écris, connue Chateaubriand dans la lettre ci-dessous.

CHATEAUBRIAND INÉDIT .il

célèbre BertinTaîné, Bertin de Veaux élu une première

fois le \[\ novembre 1820 par le collège départemental de Seine-et-Oisc, pins repoussé parle même collège en octobre 1821, venail d'échouer (10 mai 1822)11 Paris dans le IVe collège d'arrondissement contre M. Gévaudan, cl d ne retrouva le succès (|iie par les élections du 2") février 182 'a dans le IVe arrondissement électoral de Seine-et-Oise. Chateaubriand répond en approuvant les intentions de son correspondant à l'égard de Bertin de Veaux, dont il l'ait un vif éloge ; des encouragements fondés sur l'expérience du passé, puis un appel à l'union, précèdent cette approbation el cet éloge ; et de tout cela Chateaubriand a fait, au courant de la plume, une fort belle lettre politique. Voici cette page, dont le texte seul, à défaut de toute suscription, permettra de dégager quelques données sur le nom du destinataire :

Paris, ce 26 7bre 1822.

Je sui> très fâché, Monsieur, de vous voir si découragé. Tout n'est pas fait sans doute, mais tout se fera. Et certes quand non- combattions dans le Conservateur, si on nous eût dit que les Royalistes arriverôient au degré de puissance où ils sont arrivés, nous n'aurions pas ose le croire. Je sais que de grandes injustices n'ont point encore été réparées. Je sais que des hommes ennemis de la légitimité occupent encore des places qui sont ducs à la Qdèlité {sic): enfin que nous n'avons pas encore tout à fait La Charte et les honnêtes '/eus. Mais nous l'aurons, si nous ne nous divisons pas. Pardonnons nous nos foiblesses et nos défauts les uns aux autres; serrons nos rangs, car les ennemis liai lus ne sont pas encore dispersés. Allons tous aux élection-. I ne bonne chambre des députés achèvera (sic) la victoire. \j> partis ne trioni-

Veaax (et non Vaux), car telle est la véritable orthographe: cf. la Notice de Léon Say sur les frères Berlin dans Le livre du Centenaire du Journal des Débats, Paris, 188g, p. 1 \ et suiv.

CHATEAl liltlAM) IMJUT

phent que par le temps ef la patience. Imitons les Révolutionnaires. Sont ils jamais lassés ? abandonnent-ils le terrain au\ Royalistes parce que tout ne va pas comme ils le voudroient? Votre choix est très bon Monsieur; il faut porter vigoureusement M. Bertin de Veaux. C'est un homme d'une grande capacité, excellent Royaliste, raisonnable et constitutionnel dans le vrai sens du mot. Ces! mon ami particulier; j'en réponds corps pour corps et je le recommande aux Royalistes qui ont conçu quelque estime pour moi.

J'écris, Monsieur, celte lettre à la hâte ayant à peine un moment de libre. Croyez (pie je suis toujours le même, toujours dévoué de corps et d'âme à la cause de la Royauté, et toujours le plus dévoué serviteur Ar< Royalistes.

\ qui la Lettre est-elle adressée P La manière simple et prompte avec Laquelle Chateaubriand, se servanl du pluriel, évoque le souvenir du Conservateur (« Quand nous combattions dans le Conservateur » , etc.), le soin ipi il prend de rappeler, comme à un habitué, la devise inscrite en tête de chaque livraison (La Charte et les honnêtes gens) indiquent un ancien collaborateur de la brillante feuille qui, d'octobre 1818 à mars 1820, sous la direction de Chateaubriand, favorisa si puissamment les progrès du parti royaliste. Mais comment distinguer ce collaborateur, même avec l'aide des listes de rédacteurs dressées par Edmond Biré(3)?

' i le problème devient délicat, d'autant plus que le nom <\c Bertin de Veaux n'y apporte qu'une faible lumière. Ni le Moniteur, organe officiel de la Monarchie, ni les Débats, organe officiel de la famille Bertin, ne laissi ni voir que Bertin de Veaux lit acte de can-

éi) Original autographe. Collection de Mine Victor Egger. Cf. Edmond Biré, édition des Mémoires d'Outre-Tombe, l. IV, p. 490, et Études et Portraits, p. [33-i34 (Étude sur « Eugène de Genoudeel Uphonse de Lamartine »).

didat et obtint des voix dans un des dix-sept départements qui renouvelèrent en novembre 1822 leur représentation : ne cherchons donc pas dans la liste des écrivains du Conservateur celui ou ceux qui. pour des raisons d influence personnelle et locale, auraient été en mesure de lui attirer des suffrages. Du moins l'ébauche de sa candidature dans l'esprit d'un correspondant de Chateaubriand ne peut venir que d'un homme qui n'était point, comme Chateaubriand, « ami particulier » des Bertin, mais qui défendait une politique fort analogue à celle de leur journal.

Cela posé, la lettre, étudiée au point de vue du ton et du style, révélera-t-elle quelque chose de plus ? La courtoisie s y accompagne d'une supériorité qui, sans être de la hauteur, marque la distance. Consulté par un royaliste découragé. Chateaubriand répond poliment et avec sympathie, mais fermement: il ne donne qu'une consultation, ou une leçon, sans dissimuler qu'il écrit « à la hâte, ayant à peine un moment de libre 9 : il ne peut guère écrire ainsi qu'à un homme jeune auquel il ne doit rien. Puis, comme il appelle généralement chacun par son juste titre, l'appellation de « Monsieur » semble montrer que le destinataire n'est ni un ecclésiastique ni un noble.

Oscrai-je maintenant proposer un nom? Oui, mais sous toutes réserves, car je n apporte aucune preuve décisive. Eugène Genoude, ou de Genoude, traducteur de la Bible, ami de jeunesse de Lamartine, futur polémiste de La Gazelle de France, me parait pouvoir être iei l'énigmatique correspondant de Chateaubriand (1). Né en 1792, et le plus jeune des écrivains

(1) Sur Genoude, cf. Edmond Biré, Eludes et Portrait*, p. 0"-i53.

o'| CHATEAUBRIAND INEDIT

du Conservateur, il professai! pour l'auteur du Génie du Christianisme une respectueuse e1 vive admiration : îles sou arrivée à Paris en 1S10, il lui avait été présenté; en 1 81 1 il l'avail félicité de sou entrée à l'Académie française (alors Première Classe de l'Institut), et nous avons le billet pur lequel le nouvel académicien remercia son jeune admirateur, billet donl le ton rappelle fort celui de la lettre de 1822 (i). Très dévoué aux intérêts du Conservateur, Genoude n'avait pu, lorsque Cbaleaubriand en eessa la publication, se résigner à laisser cette feuille périr sans qu'elle ressuscitât sous un autre titre; el ce lut l origine du Défenseur, qui vécut vingt mois. Enfin, dès le 1" novembre 1820 il ;i\;iil fondé L'Etoile, qui dura jusqu'au icr juillet 1827, époque où elle se réunit à La Gazette de France, et qui défendait en 1822, quoiqu'un peu plus à droite, la même politique que le Journal des Débats. Mais quel concours de circonstances, en dehors de la sympathie politique, amenait Genoude à provoquer une candidature de Bertin de Veaux, et dans quel département? C'est ce qui reste obscur; et c'est cette obscurité qui ne permet pas d'affirmer avec certitude qu'il est le destinataire de la lettre de Chateaubriand en date du 22 septembre 1822.

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