‹ ChateaubriandChapitre 18 sur 26 · Ihid., p · texte numérisé non relu

Ihid., p

avait excité de si retentissants orages. Le Chateaubriand de V Itinéraire ne ressemblait en rien au René à'Atala et de René avec lequel on avait voulu l'identifier. C'était un voyageur de libre allure, de joviale humeur, heureux de vivre et de poursuivre, sans autre souci que celui de la poésie et du pittoresque, sa chasse aux belles images, dépensant gaiement au profit de son art les 50 000 francs que son art lui avait permis de mettre à cette superbe fantaisie. « Il appelle V Itinéraire les Mémoires d'une année de sa vie, et c'en est peut-être la meilleure partie, celle qui fut écrite à l'heure la plus sentie et la plus heureuse. Il y a de l'esprit dans V Itinéraire. Cela repose et rafraîchit après tant de solennités *. »

Retrouvant, à bien des années de là, en écrivant ses Mémoires, quelque chose de cette humeur riante; et de cette malicieuse alacrité qui l'animaient pendant son voyage. Chateaubriand, par un caprice dont se scandalise un peu M. Villemain 2, s'est amusé à rapprocher d'un certain nombre de passages de V Itinéraire les extraits, correspondants à leur date, du Journal, beaucoup moins littéraire, de son valet de chambre Julien. Il en résulte des effets de contraste parfois comiques, dont se divertit tout le premier l'auteur de ce parallèle facétieux, de ce commentaire du sublime par le vulgaire, de cette sérénade ironique. Il eût peut-être trouvé la plaisanterie mauvaise venant d'un autre. Mais, venant de

Page 1