M. Paul Albert
DE Lescure. — Chateaubriand. 13
subi l'influence du milieu, de l'air ambiant, de la mode régnante, à laquelle les plus grands, les }3lus fprts, les plus fiers n'échappent pas entièrement. De là certainement quelques défauts, quelques affectations, parfois puériles, d'archaïsme ou de néologisme. De là aussi d'heureuses inspirations, et de ces effets, de ces beautés qu'on ne trouve qu'à la condition de les chercher longtemps. Une épreuve qui n'a pas été décisive a été faite sur les trois premiers livres des Mémoires^ publiés d'après leur rédaction primitive, sur un manuscrit de 1826, et comparés avec le texte définitif, publié en 1849 *.
Parfois on peut regretter les retouches; plus souvent on est obligé de reconnaître qu'elles n'ont été ni inutiles ni malheureuses. C'est l'avis de M. de Loménie ^.
Au fond, les défenseurs des deux thèses adverses que nous venons de résumer et de discuter ne sont pas aussi loin de s'entendre qu'il le semblerait au premier abord. Il ne s'agit après tout entre eux que de la mesure, que du degré dans le blâme ou dans la louange. M. de Loménie conclut en ces termes :
Le monument posthume de Chateaubriand ne vivra pas seulement comme une œuvre d'art puissante et originale, malgré ses inégalités et ses bizarreries ; il vivra aussi comme expression d'un caractère qu'on peut aimer plus ou moins, mais dont on ne saurait contester la puissance et l'origina-
1. Esquisse d'un maître. Souvenirs d'enfance et de jeunesse de Chateaubriand, manuscrit de 1826, suivi d'une étude par Charles Lenormant, membre de l'Institut, 1874.
2. Esquisses historiques et littéraires, par Louis de Loménie, de l'Académie française, 1879.
Ulé.n ne vivra pas seulement à cause de l'immense talent de lecnvam mais encore parce qu'il est souvent emprein
que rend une grande âme.
Ce jugement, auqiiel nous adhérons, n'est pas trop contredit par celui de Sainte-Beuve. Les Mémoires sont peu aimables en effet, et ]à est le
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C'est le même critique qui a dit ailleurs : (^es Mémoires, après tout, sont sa grande œuvre, celle où
Enfin c'est au même critique que nous devons la communication d une lettre qui contient sur les Mé~ mocres une appréciation d une vivacité familière mais expressive, où, la part faite au blâme, il en reste une assez belle faite à l'éloge et même à l'admiration.
Et pourtant, malgré l'affectation générale du stvle rmi repond à celle du caractère, malgré L recherche dj Lsse szmphc.te malgré labus du néologisme, malgré out ce qui me depla.t dans cette œuvre, je retrouve à chaque instan des beautés de formes grandes, simples, fraîches, de certaines pages qui sont du plus grand maître de ce siècle et qu aucun de nous, freluquets formés à son école, ne pournons jamais écrire en faisant de notre mieux. ^
Cette lettre est de George Sand.