‹ Chateaubriand, sa vie et ses œuvres: étude littéraire et moraleChapitre 9 sur 41 · ATALA · texte numérisé non relu

ATALA

Atala^ comme nous l'avons dit, avait précédé de quelque temps la publication du Génie du Christianisme^ qu'elle annonçait. La France entière se passionne pour cette fille du désert, errant à travers les solitudes avec le prisonnier qu'elle a délivré, et mourant pour ne pas succomber à la passion qui la dévore; elle suit avec émotion ces deux fugitifs au fond des savanes et des forêts où gronde la tempête, moins tumultueuse encore que les orages de leur propre cœur; elle admire les sauvages grandeurs de cette nature majestueuse des tropiques, où l'écrivain a encadré son récit; elle reste comme éblouie par cette langue toute renouvelée, qui se déploie avec tant d'ampleur et de magnificence. Une poésie toute neuve y brillait à ses yeux, moins neuve cependant ^^lle ne semblait d'abord; car dans la fille de Lopez on pouvait reconnaître une sœur de Faimable Virginie de Bernardin de Saint - Pierre.

Pour moi, je ne doute pas que cette touchante églogue, qui avait charmé les dernières années du xviii® siècle, n'ait contribué à éveil*

1er la vocation poétique de Chateaubriand. Il me semble que c'est en la lisant, que le jeune homme a dû s'écrier : Ed anche îo son pitloreî C'est avec adoration que dans son Gcnle du Christianisme il parle de la simplicité touchante, de la candeur exquise et de la beauté antique de ce petit chef-d'œuvre '. Et lui aussi il avait voulu peindre les amours de deux enfants de la nature au désert. Mais, en s'inspirant dans ^lala des souvenirs de Virginie^ il y déploie toute l'originalité de son merveilleux talent. Ce n'est plus l'angélique pastorale de Bernardin, où l'on voit l'amour ingénu naître et se développer à l'abri de l'amitié fraternelle, dans toutes ses grâces naïves,*ses troubles inconnus, ses pudiques alarmes, ses doux et tristes sourires, ses malaises charmants, et où la passion, jusque dans les scènes pathétiques et déchirantes par lesquelles le roman s'achève, reste enveloppée d'une pureté idéale et vraiment divine. Si l'auteur A'Jtala cependant a moins de candeur, il a bien plus d'éclat, de puissance et de flamme. Dans son roman

» II* pari., liv. III, chap. vu.

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