‹ Chatterton;Chapitre 10 sur 73 · SA VIE ET SON ŒUVRE XIX · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE XIX

toute besogne, il avait ses raisons intimes ; mais il s'en acquitta avec un sans-gêne si blessant pour Vigny qu'un duel faillit en résulter entre les deux intimes de naguère. Il n'eut point lieu ; mais un irrémédiable éloignement à défaut de rupture s'en suivit. Pour comble de malheur, au succès du Roi s^ amuse Vigny osa opposer les demi-succès de la Maréchale d'Ancre et de Quitte four la peur, puis le délirant triomphe de Chatterton. 'Éperohné jusqu'au sang,' insinue le perfide critique, l'impatient auteur à^Angelo s'empressa d'enlever à son trop heureux rival sa meilleure interprète et sa plus tendre amie. M*"® Dorval. Or, à l'heure même où Hugo et Sainte-Beuve échangeaient sur les prétendues ' bassesses ' du ' fabuleux gentilhomme ' de malveillantes plaisanteries, Vigny, recouvrant enfin, avec son sang-froid perdu, sa dignité quelque peu compromise, concluait son Journal de 1831 par ces nobles paroles : * Je n'ai fait de mal à personne ; je n'ai pas écrit une ligne contre ma conscience ni contre aucun autre être vivant ; cette année a été inoffensive comme les autres années de ma vie,' et il ajoutait à Sainte-Beuve, qu'il ne soupçonnait pas encore: * Hélas ! nous sommes encore bien loin de la vieillesse, mon ami, et déjà s'est rompue par quelques anneaux cette chaîne amicale. Moi, du moins, je n'en ai brisé aucun, et je plains ceux qui se sont séparés.' Aux approches de la gloire s'envolait donc la généreuse amitié des premiers combats ; aux luttes fraternelles succédaient les luttes fratricides ; le beau cénacle d'antan n'était plus qu'un vain nom dont Vigny même allait bientôt nier jusqu'au sens.

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