‹ Chatterton;Chapitre 13 sur 73 · XXIV ALFRED DE VIGNY · texte numérisé non relu

XXIV ALFRED DE VIGNY

né des choses, le stoïcisme né de l'homme. Si le mal est au-dessus de nous, autour de nous, en nousmême, qu'importe, pourvu que vaillante soit notre volonté et claire notre intelligence ? Ce mal universel, dominons-le, méprisons-le, subissons-le fièrement : même écrasés par lui, fût-il d'origine divine, nous valons mieux que lui ; contre tous les stupides assauts de la fatalité prévaut Torgueil puissant.

Sans doute, malgré toute leur portée morale, en dépit des fortes descriptions imagées de l'un et des pathétiques visions hallucinées de l'autre, ces deux poèmes, le dernier surtout, n'en restent pas moins en leur pénible exécution manifestement médiocres ; Moïse (1822), au contraire, est un pur chef-d'œuvre, une de ces magistrales créations que la perfection de la forme comme l'originalité du fond sauveront à jamais de l'oubli. Le pire des malheurs, y proclame Vigny, c'est la grandeur ; eh ! oui ; quoi qu'en disent les vieux préjugés vulgaires, il n'est pire malédiction pour la créature que la prédilection même du Créateur : car, être l'élu de Dieu, c'est être l'exclu des hommes; heureux donc les médiocres, comme le prêchent à l'envi l'Évangile et la science : car à eux seuls appartiennent, en même temps que l'idéal royaume des cieux, les matérielles jouissances de la terre ; le * sage parmi les sages ' voit * tarir ses espérances,' le puissant parmi les puissants n'inspire que ' l'effroi ' :

Pour dormir sur un sein mon front est trop pesant... Et, quand j'ouvre les bras, on tombe à mes genoux... O Seigneur, j'ai vécu puissant et solitaire : Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre.

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