XXXIV ALFRED DE VIGNY
en somme qu'un autre Cinq-Mars porté sur la scène. ' Si Tait est une fable, dit le théoricien, il doit être une fable philosophique... Au centre du cercle que décrit cette composition, un regard sûr peut entrevoir la Destinée, contre laquelle nous luttons toujours, mais qui l'emporte sur nous, dès que le Caractère s'affaiblit... Autour de cette idée, le pouvoir souverain dans les mains d'une femme ; l'incapacité d'une cour à manier les affaires publiques ; la cruauté polie des favoris ; les besoins et les afflictions des peuples sous leurs règnes. Ensuite les tortures du remords politique ; puis celles de l'adultère frappé, au milieu de ses joies, des mêmes peines qu'il donnait sans scrupule ; et, après tout, la pitié que tous méritent.' Voilà certes bien des choses, et de belles choses même, auxquelles le bon Will n'avait guère songé, et pour cause : raisonnant peu, il n'en créait que plus Ubrement. Qu'arriva-t-il au philosophe égaré sur la scène ? C'est que, lente au départ, compliquée en son mécanisme, lourde de froide rhétorique et de faux pathétique, toute encombrée d'une remuante foule bigarrée, sa grande machine de guerre, en dépit de quelques héroïques personnages et de quelques nobles efforts tragiques, succomba après quelques assauts ; il ne nous en reste plus guère que le souvenir d'une œuvre, plus bravante que forte, plus curieuse qu'émouvante, qui garde entre le Henri III de Dumas et la Marion Delorme de Hugo un honorable rang chronologique. — Dès le lendemain de cet éphémère succès, Vigny échappe à la malencontreuse influence de Shakespeare et re\-ient vers notre tradition classique ; c'est la comédie