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qui, en un persistant aveuglement, attire son humeur austère, — non pas, il est vrai, la comédie de Molière et de Regnard, gens trop exubérants pour un froid humoriste, mais celle de Marivaux et surtout de Crébillon fils, esprits moins vigoureux que subtils ; de là, l'ingénieux et même très gracieux acte de Quitte four la Peur. Derrière l'apparente frivolité de ce plus scabreux des marivaudages persiste, il est vrai, l'éternelle gravité de notre idéaliste généreux. ' Une question bien grave, dit-il, est renfermée sous cette forme légère... Le mariage, seul avec lui-même, se retourne et se débat dans ses propres nœuds, et non sans douleur, malgré le sourire apparent du visage et du discours. L'auteur a conclu pour une miséricorde qui ne manque pas de dignité.' Ce joli tour de force accompli, Vigny abandonne aux Comédies et Proverbes de Musset la voie qu'il venait ainsi de rouvrir ; et, s'afïranchissant résolument de toute influence française ou étrangère, il se livre tout entier à ses seules tendances idéalistes : c'est dire que, de romantique par contagion, il redevient classique par tempérament.
Tout ce qu'il retient de ses manifestes contradictoires, c'est qu' * une tragédie est une pensée qui se métamorphose tout à coup en machine... La soirée finie, trois mille intelligences ont été remplies de vos idées. N'est-ce pas une invention merveilleuse? ' Oui, merveilleuse, à coup sûr, pour un pontife réformateur dont l'art dramatique doit être avant tout moyen de prédication sociale. * La cause, ô grand Dieu ! s'écrie-t-il, la cause pendante à votre tribunal, c'est le martyre perpétuel et la perpétuelle immolation
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du Poète. La cause, c'est le droit qu'il aurait de vivre ; la cause, c'est le pain qu'on ne lui donne pas ; la cause, c'est la mort qu'il est forcé de se donner.' Voilà bien, n'est-ce pas ? le * Drame de la Pensée,' plus idéaliste que la tragédie même ! * Une idée qui est l'examen d'une blessure de l'âme, déclare Vigny, doit avoir dans sa forme l'unité la plus complète, la simplicité la plus sévère. S'il existait une intrigue moins compliquée que celle-ci, je la choisirais : c'est l'histoire d'un homme qui a écrit une lettre le matin, et qui attend la réponse jusqu'au soir ; elle arrive et le tue. Ici l'action morale est tout. Elle est dans cette âme livrée à de noires tempêtes ; elle est dans les cœurs de cette jeune femme et de ce vieillard qui assistent à la tourmente.' Ainsi, unité de temps, unité de lieu, unité d'intérêt ; et, partant, simplicité de l'intrigue, suite logique des scènes, concentration des forces dramatiques à la fois sur un caractère dominant, sur une passion maîtresse, sur une crise rapide ; bref, toute la vieille armature de la tragédie classique s'impose par une nécessité interne à l'idéaHsme raisonneur du romantique pénitent ; seuls, le caractère bourgeois des personnages et Tintrusion de l'élément grotesque nous ramènent des sereines hauteurs antiques vers le prosaïque niveau des larmoyantes comédies d'antan. N'était ce double élément bâtard, il ne resterait de vraiment romantique en cette première des pièces à thèse que la thèse elle-même : revendication exaltée des droits du poète.
Les personnages de Chatterton répondent, en eiïet, aussi peu que la * conception ' même aux fastueuses
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promesses à^Othello. Peut-on dire que cette intrigue, ramenée à l'ultime crise d'une * casastrophe,' offre * un large tableau de la vie ' ? Non, puisque le sujet est tout bonnement le troisième épisode de Stello encore plus idéalisé, plus dramatisé, plus faussé que jamais par les exigences de la scène. De même, les personnages, réduits aux conventionnels * rôles ' de types généraux, ne manifestent nullement de réels ' caractères ' individuels : ce ne sont qu'abstractions aussi dénuées de vérité que de vie, toi;tes inventées pour l'unique besoin de la cause. Le Chatterton de Vigny n'a, en effet, rien de commun avec l'actif, rusé, erotique petit poète faussaire de Bristol que révélait déjà la critique contemporaine : il n'est que le symbole romantique du noble et malheureux fils de
* cette fée malfaisante qu'on appelle Poésie.' * Le poète était tout pour moi, avoue l'auteur ; Chatterton n'était qu'un nom d'homme.' A mesure que décroît sa vitalité, croît naturellement le mal intime qui est l'essence même de son être : depuis ses fâcheux accès de blue devils en sa première incarnation de Stello^ cette native, fatale, * incurable maladie du cerveau ' qu'est l'humeur poétique s'est développée en une permanente folie tour à tour exaltée et mélancolique que hantent d'irrésistibles impulsions au suicide. Il a beau sanctifier sa pensée en une pieuse indolence : son inspiration, à la fois ' lyrique et somnambule,' n'est plus qu'un * ridicule ' en même temps qu'une
* infirmité.' L'illusoire activité du rêve a * tué en lui l'action ' ; la poésie a perverti la vie. En vain, son corps avoue-t-il dix-huit printemps ; son âme se
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sent vieille de mille ans. Pour ses yeux hallucinés la Nature n'a plus ni joie ni beauté ; sur son cœur las l'amour n'exerce plus de charme réconfortant ; aussi incapable de s'adapter aux exigences du monde qu'aux devoirs de la société, il est entièrement livré à l'unique contemplation de son être malade ; aussi son marasme désespéré ne voit-il bientôt plus d'autres remèdes à ces affolantes obsessions que la mort. Et il se tue, en effet, tout délirant à la fois d'orgueil et d'impuissance, mais non sans propager autour de lui la contagion de son mal et de son malheur. — Comm^
toujours, la première victime dp ^^ mnrViirln ï^t^rrfnn-Pj
la Charlotte de ce nouveau Werther, ou plutôt, pour ne point quitter son pays d'origine, l'Ophélie de cet Hamlet de la lyre, c'est une âme simple et douce et tendre à l'excès ; c'est Kitty Bell. Sans doute, la gracieuse et quelque peu railleuse petite marchande de buns et de mince-pies, dont la timide charité s'exprimait en Stella par de clandestines aumônes de gâteaux au bohème errant, s'est ici élevée au plus haut rang de riche bourgeoise, qui, — assez étrangement, du reste, — héberge^en son luxueux logis lords et poètes de passage ; mais, toujours vraie * fille d'Éloa,' elle n'en reste pas moins en sa protestante Angleterre une ' angélique Puritaine,' au langage à demi biblique, une plus naïve sœur de la scrupuleuse Paméla, une pieuse cousine de la candide Miranda, incapable d'éprouver pour un pauvre jeune homme mélancolique, poète ou non, d'autre sentiment qu'une platonique affection, bien plus faite, à vrai dire, de pitié instinctive que de sympathie clairvoyante. Telle quelle, en