‹ Chatterton;Chapitre 2 sur 73 · SA VIE ET SON ŒUVRE V · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE V

que peu voltairien, M. de Vigny forcément sédentaire comblait la frêle petite tête blonde, déjà trop naturellement extasiée, de caresses attendries et de longs récits d'un autre âge. Le poète s'est lui-même graphiquement dépeint assis au coin du feu sur les genoux rhumatisants du vieillard * à cheveux blancs,' et prêtant une oreille aussi fidèle qu'attendrie aux funestes péripéties de la Guerre de Sept Ans, aux complaisantes évocations des héros d'antan : * le roi philosophe,' M. de Chevert et M. d'Assas, et à tous les frivoles commérages et à toutes les mesquines intrigues de l'Œil-de-Bœuf, et aux cent prouesses de guerre et aux mille exploits de chasse accomplis par les aïeux. Ainsi, ce qu'en dépit de leurs superficielles boutades sur la vanité de parchemins, du reste, pieusement thésaurises, ces très dignes hobereaux, plus riches de glorieux souvenirs que d'argent, ne manquèrent pas de transmettre à leur unique descendant, ce fut, à défaut du patrimoine ancestral passé pour une poignée d'assignats en des mains roturières, le meilleur legs moral de la vieille noblesse militaire de France, c'est-à-dire la religieuse fierté de la race, avec tous ses inévitables défauts, sans doute, de puéril orgueil et d'aveuglement stérile, mais aussi avec toute sa dignité de tenue, toute sa loyauté de dévouement, tout son raffinement d'héroïsme, bref tout son très noble culte de l'honneur, allât-il jusqu'au point d'honneur.

Malheureusement, de l'aristocratique milieu social où s'étaient engoncés les Vigny, la malléable nature de l'enfant docile reçut une empreinte non moins funeste qu'ineffaçable. En ces vieux salons séditieux

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