ALFRED DE VIGNY
être moindres, n'en aggravèrent pas moins chacune en son temps les conséquences permanentes.
Pendant plus de quatre ans, auprès de cette malade incurable, Vigny en soigna une autre non moins chère. * Rends ta mère heureuse,' lui avait dit son père en mourant. ' J'ai obéi, put-il se dire en toute justice ; je l'ai rendue heureuse.' En mars 1833, deux attaques d'apoplexie avaient profondément ébranlé * sa calme et forte raison ' ; ' de violentes irritations ' en furent la suite fatale. * Lorsqu'elle grondait, se répétait le fils, c'était la maladie qui grondait .par sa bouche, et je m'en allais de peur de répondre.' Pour l'apaiser et la distraire, il s'ingénia avec elle aussi à lire et à rire. * Tu fais semblant d'être gai et heureux, devinait la mère ; mais tu ne l'es pas, Alfred ; et c'est par bonté que tu te montres ainsi ; je le sais bien, va ! ' Elle ne se trompait pas : durant cette longue maladie, dans le vaste et froid appartement de la rue des Écuries d'Artois transformé en * une sorte d'hôpital,' la détresse veillait. * Une sorte de fierté, avoue Vigny, me donna des forces et me fit relever la tête. Dans ces quatre années d'épreuves, ma vie était entravée de difficultés sans nombre : tout se réunissait contre moi pour me faire résoudre à me séparer de ma mère. Il me fut souvent conseillé de l'envoyer dans une maison de santé ; je refusai : je la logeai chez moi. Ce qu'il a fallu de combinaisons pour consoler les femmes qui la servaient et que sa maladie lui faisait maltraiter, pour empêcher que les dépenses qu'elle causait ne fussent senties et ne vinssent à nuire au bien-être de la famille, était d'une telle